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Reprise de la journée du 5 octobre

Valérie LE CHEVALIER
Valérie Le Chevalier au centre. © CCBF 2019

Assises du réseau de la CCBF

Reprise de la journée de samedi 5 octobre (20h30-22h)

 

  1. Je peux témoigner que lorsque la CCBF se réunit, ce n’est pas pour se regarder le nombril ou s’autocélébrer. Même si certains moments ont été consacrés à partager des expériences internes au réseau (Enquête sur le cléricalisme, experiments à Lyon, Toulouse, Le Mans) l’essentiel est ailleurs. Paule Zellitch, dans son discours d’ouverture a souligné que « Jésus n’a pas cherché des personnes comme lui mais des interlocuteurs qui ont du désir ». Cette journée a donc été tournée vers d’autres à qui elle a offert un espace de partage hospitalier. Que ce soit Anne-Sophie Hourdeaux et Chris Delepierre ou Gabriel Ringlet, que d’enthousiasme, de créativité et d’intelligence ! Bien sûr, nous ne sommes pas des Bisounours et la question de l’Évangile nous taraude, surtout dans une Église qui n’est pas toujours hospitalière. La notion de « tiers lieu » m’a interpellée car tout en attestant qu’à l’intérieur du périmètre ecclésial il y a des territoires réservés et qu’il faut se battre pour trouver sa place, elle prête le flanc à une ecclésiologie territoriale problématique. S’il y a un territoire – l’Église ? mais que met-on derrière ce mot ? – avec des 1/3 lieux, quels sont les 2/3 autres ? Le diocèse, les paroisses, les milieux associatifs catholiques ? Et dans ce schème, que deviennent nos maisons, le monde de l’entreprise, la CCBF… ? Si la formule « 1/3 lieux » est parlante et séduisante, elle comporte des aspects problématiques qui méritent un travail d’éclaircissement. Cette formule cherche à introduire une rationalité « quantitative » alors qu’elle ne tient pas la réalité des forces en présence.

  2. L’institution ecclésiale est dure et génère des souffrances. Faut-il revenir sur ce point ? Beaucoup d’entre nous ici, pourraient en témoigner. Une certaine colère est ressortie aujourd’hui, emprunte de fatigue et de déception. Pourtant, que de place accordée dans les échanges d’aujourd’hui, à ces hommes en noir malgré le fait que ceux qui concentrent un maximum de pouvoir et en abusent, sont une poignée… Alors faisons un rêve : que le pape François décide cette nuit que le sacrement de l’ordre, trop problématique, doive disparaître. Bonne nouvelle ? Comment chacun d’entre nous réagirait ? C’est ici ma 2e question : quelle Église rêvons-nous finalement ? Quelle nouvelle configuration rendrait possible cette utopie ? Que ferions-nous de plus, de mieux dans cette hypothèse ?

  3. Gabriel Ringlet a ouvert des brèches insoupçonnées en expliquant que l’art de célébrer est paradoxalement, un espace de grande liberté et de créativité, où chacun peut œuvrer, dans son quotidien, pour donner du souffle et du sens au monde, et ceci, sans aucune demande d’autorisation institutionnelle. Personne ne peut empêcher ni interdire de célébrer la vie, la mort, l’épreuve, la joie… Ma 3e question concerne ce rapport à l’autorité et in fine, à la liberté du peuple de Dieu et à son sensus fidei. Le concile Vatican II peut ici être une précieuse ressource, pas seulement par ses contenus mais surtout par « la manière de procéder » des pères conciliaires. Pour la première fois depuis des siècles, l’Église est devenue un lieu où l’on pouvait ne pas être d’accord et exiger le débat interne dans le but de faire émerger un consensus. Aujourd’hui, votre assemblée a été un lieu de débat, d’échanges. Y aurait-il un modèle à inventer ici ?

  4. J’ai vu et entendu aujourd’hui des vies partagées, des espérances et des peines. C’est important, vital de pouvoir partager la chair de notre foi dans toutes ses dimensions, de pouvoir pleurer ensemble, faire sortir la plainte qui habite nos cœurs. Je m’interroge sur ces communautés chrétiennes focalisées sur l’action de grâce et le discernement des « fruits » et du positif, où les parts d’ombre sont minorées voir spiritualisées, laissant ainsi bien des blessés de l’Église dans leur sillage. La CCBF peut être une caisse de résonnance prophétique de ces cris. Cependant, en revenant à François Roustang évoqué par Paule à l’ouverture de la journée, il est un moment où la plainte menace de prendre une place trop grande -et même si elle peut être une étape indispensable. Il devient vital de la déposer et de l’abandonner sans regret. C’est le sens de la demande que Jésus adresse au paralytique, à la piscine de Bethzatha (Jn 5, 6) : « Veux-tu être guéri ? » Question absurde ? Pas sûr lorsqu’on sait que l’homme vit avec son handicap depuis 38 ans. Que faire sans lui ? Comment rêver une vie debout ? Ma dernière question est la suivante et je me la pose aussi : quand déciderons-nous que le moment favorable est venu pour abandonner nos plaintes et nos regrets ecclésiaux ? Quels seront les signes de ce kairos ? Ici, un profond travail sur le récit de l’Exode pourrait être un chemin collectif à entreprendre. Et pourquoi ne pas inventer une célébration de la fin de la plainte lorsque le temps de cette fin sera venu ?

 

Valérie Le Chevalier

 

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