Vous êtes ici

Première partie : Quelle église demain ?

CCBF

Assises 2019 CCBF

Première partie : Quelle église demain ?

Chris Delepierre, Anne-Sophie Hourdeaux

Chris Delepierre est consultant en développement (blog : http://blog.chrisdelepierre.fr ), Anne-Sophie Hourdeaux est journaliste à La Voix du Nord.

Une interview de Arnaud Join-Lambert, professeur de théologie à Louvain nous introduit à cette thématique : https://www.youtube.com/watch?v=3GLvYT0y6d8

Chris Delepierre et Anne-Sophie Hourdeaux nous ont laissé le support de présentation qu’ils avaient utilisé pour leur intervention, complétant ce résumé : https://baptises.fr/sites/default/files/rubriques/eglise-liquide/l_eglise-liquide_vers_des_formes_nouvelles.pdf


Quelle église demain ? Chris Delepierre

Je suis un optimiste offensif. Le monde chrétien traverse une crise, mais c’est celle de toutes les grandes institutions. La bonne nouvelle, c’est que la fin d’un monde n’est pas la fin du monde et que demain est déjà là. Une germination d’initiatives pousse, des audacieux innovent : nous sommes dans un changement de civilisation. Dans le Nord, on vit une troisème révolution industrielle, et c’est le même phénomène qu’on a vécu avec le synode interdiocésain de Lille qui nous a ouverts à un mouvement de conversion des acteurs traditionnels vers des formes nouvelles, signes de notre temps.


Quelles sont les clés de lecture d’un monde complexe ? Le sociologue Zigmund Bauman, dans les années 1990, a pris la liquidité comme une métaphore de notre société. Une évolution effrénée et complexe, un état de changement permanent : on passe brutalement des hiérarchies rigides des institutions à une organisation décentralisée où la place de l’individu est beaucoup plus forte. On entre dans la transversalité, on passe des rapports de force aux rapports de flux, du vertical à l’horizontal : « Surfer la vie » écrit Joël de Rosnay. Société basée sur les réseaux plutôt que sur des institutions. D’où fluidification de la société, des lieux, de l’école (rapport au temps, au savoir, au professeur), du management… et de l’Église qui devient accompagnateur spirituel, voire facilitateur…


C’est quoi une Église liquide ? Pourquoi une Église liquide ?

C’est la pensée de théologiens anglo-saxons : « Liquid church » de Peter Ward, Leonard Sweet.

À l’instar d’une société liquide, Arnaud Join-Lambert la caractérise par :

  • une activité spirituelle plutôt que la gestion d’une structure ;
  • un décentrement de l’office dominical vers d’autres formes d’activités ;
  • une part croissante de recommençants par rapport aux habitués de toujours ;
  • un passage limité dans le temps, du changement, des mouvements…

L’accent est mis sur les relations, des moments qui font Église, plus que l’organisation sociale, les structures ou les bâtiments : festival de musique, mouvement, réseau…

Traditionnellement, la paroisse solide ce serait « tout pour tous en un seul lieu », une église club. Il manque le « par tous ». Le problème est bien : ceux qui n’y viennent pas. Il faut ouvrir la place à d’authentiques expressions spirituelles. Parlons d’entreprenariat ecclésial : comment comme baptisé je peux annoncer l’Évangile ? Le prêtre facilitateur, dans une qualité de paroisse, avec synodalité et écoute réciproque.

En Angleterre on imagine des expressions nouvelles liées à la culture contemporaine, tournées d’abord vers ceux qui ne vont pas à l’église.


Petit tour d’horizon d’expériences diverses d’ouverture vécues dans le Nord

Anne-Sophie Hourdeaux

Elles sont décrites dans le support de présentation et se développent sur 5 thèmes :

1 - Art et culture :

  • Église de Gosnay : une unité d’art sacré réalisée par un artiste contemporain ;
  • Centre d’art sacré contemporain (Lille) ;
  • La musique : une comédie musicale sur une congrégation religieuse – La chorale des Petits Bonheurs (avec Diacona 2013) ;
  • L’art sacré avec des personnes handicapées.

2 - Solidarité :

  • Accueil de chrétiens irakiens ;
  • Food Truck de Magdala : un food truck sur un campus étudiant ;
  • Comptoir de Cana : bar ouvert en mars 2015 avec l’appui de la pastorale jeunes du diocèse – start up d’Église – une Église qui innove.

3 - Loisirs : le monde du jeu

  • Escape game ! à Marseille – La cité de l’Évangile

4 - Écologie :

  • Label église verte ;
  • Projet de Nantes : Église botanique

5 - Convivialité :

  • TOP (table partagée paroissiale) bistro, dîners « Saint Valentin » ;
  • Réseau international église ouverte « eglise-ouverte.be » 


Quelques conclusions : Les points communs

  • Il est intéressant de regarder les lieux désacralisés ;
  • Beaucoup d’initiatives, café, co working, l’Église botanique etc. ;
  • Les attentes des jeunes : une génération dépassant les oppositions tradition/ progressisme.
  • Se laisser transformer pour ceux ou celles auprès desquels nous sommes envoyés.


« Créer un nouveau modèle, l’ancien deviendra obsolète. » Mais plus on fluidifie les formes, plus il faut consolider le fond.

 

Débat


1 - Dans les exemples d’expériences à caractère ponctuel, comment passer de l’horizontal au vertical, au transcendantal ? de l’horizontal au liturgique ? comment se fait le passage vers des lieux pérennes ?

Réponse : Ces lieux de rencontre permettent de proposer la grande variété de ce qui peut exister dans le diocèse. Pour passer au liturgique, on peut faire des liturgies horizontales : que nous célébrions ensemble !


2 - Les « jeunes »

Les quadra brillent par leur absence : mais c’est une génération qui a besoin d’action, pas de discussion ou de conférences qui ne mobilisent personne.

Le souci de ces quadra, c’est de transmettre à leurs enfants : ne pas proposer la messe, qui les ennuie profondément, à moins qu’elle ne soit conduite par eux et avec eux, mais plutôt des actions de solidarité.

Jeunes : faire des actions non pas « pour » les jeunes, mais « avec » les jeunes. Leur faire confiance, leur proposer des responsabilités, et même se laisser perturber.


3 - Les dogmes à remettre en question, plus adaptés au langage contemporain ?

Pour les jeunes, c’est la recherche de sens d’abord, une quête de spiritualité. Nous devons accepter d’en finir avec les termes du catéchisme. Il y a un vrai travail à faire pour un langage de la foi contemporain.

Face à ces expériences de rencontre, les théologiens travaillent, on a besoin d’eux pour assurer une évolution de fond, et donner leur sens à ces expériences diverses.


4 - Les changements de l’institution

On peut faire des choses, plus on fera de choses innovantes, plus il y aura un effet de contamination. Essayer de trouver un cadre pour expérimenter : ainsi le diocèse de Lille a créé un service nouveau « innovation, expérimentation ».


5 - Image de l’Église

La manif pour tous a marqué l’image de l’Église : un vrai enjeu de communication pour promouvoir d’autres images de l’Église, plus complexes. À nous de témoigner qu’on est libre par rapport à l’institution : c’est la force du slogan « Ni partir, ni se taire ».

Mot-clefs: 
assises-2019
Ajouter un commentaire