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Marcel CHAPRON

Marcel CHAPRON
Né en
1930
Diocèse/ordre :
Bayeux-Lisieux
Date de l'interview :
Juin 2013
N0_ordre: 
1

On te propose d’abord de te présenter.
Marcel Chapron, né le 16 janvier 1930, baptisé 8 jours après.
École primaire à Grainville-Langannarie où j’ai eu une institutrice débutante de 19 ans – avec qui je suis resté en relations jusqu’à sa mort à 90 ans – qui m’a dit depuis, « j’avais toujours pensé que tu deviendrais prêtre ».
Ensuite, le collège St Joseph, à Caen. En 1941, pendant la guerre, les bâtiments de l’institution sont occupés, le collège est réparti dans toute la ville. J’ai passé mon Brevet Élémentaire, examen qui avait l’avantage de donner des choses pratiques pour un paysan. J’y ai passé 4 ans.
En 1945, au travail à la ferme.
Mon frère aîné, qui avait 4 ans de plus que moi, avait beaucoup regretté, toute sa vie, de ne pas avoir poursuivi ses études. Il avait des capacités intellectuelles que je n’avais pas. Mon jeune frère était imbattable en calcul mental pour calculer le prix des engrais, etc…

Papa avait été prisonnier en 14 et en était revenu marqué. Mes parents se sont mariés en 1921, maman avait 19 ans. Ils ont perdu 3 petits enfants, nous restions à 4 dont ma petite sœur née en mai 1944 et c’est l’exode avec un bébé. Quand nous sommes revenus, la ferme était endommagée, mais la famille au complet.
Papa était attentif : en 39, l’année où on a eu la fièvre aphteuse, puis la grêle qui a haché les champs, il est rentré et a dit : « Cette année on ne récoltera rien, mais il faut qu’on commence par avoir ce qu’il faut pour payer les employés ».
J’ai pris des cours agricoles par correspondance, dans la marge d’un des devoirs sur le logement des ouvriers où j’avais mis que les employés avaient eu une chambre quand la loi l’avait obligé, le professeur écrit : « C’était normal, non ? », avec cette nuance que dans une chambre sans chauffage, ils avaient beaucoup plus froid qu’avec les animaux.
Ma mère avait conservé toutes les images de communion, les menus … C’est sans doute l’origine de mes petits papiers.
Puis mon régiment. C’est là que j’ai découvert un certain nombre de choses : On était des jeunes de l’Ouest. J’étais passé maréchal des logis, instructeur. Un contingent de 250 soldats arrive, 10 seulement avaient le certificat, beaucoup savaient à peine lire et une dizaine étaient des illettrés totaux ! J’ai fait la découverte d’un vide humain, il n’y avait que le bas matériel qui comptait.

Quelle a été ta formation religieuse ?
J’étais jeune paysan. J’ai eu la chance d’être contacté par la JAC en 55 / 56. Ca a été une grande époque ; on a appris, les jeunes, à prendre des initiatives.
Au régiment, le premier dimanche, tout le monde à la messe, ça fait une sortie, et on me demande d’être enfant de chœur. J’ai fait la connaissance de l’aumônier. Quand je me posais la question de mon avenir, il dira : « Essaye ! Si tu es fait pour être prêtre, tu le verras bien. Si tu n’es pas fait pour ça, on te le dira.». Ça a été équilibrant pour moi.
On avait une ambiance religieuse à la maison plus traditionnelle.

Quelles ont été tes motivations de devenir prêtre ?
A 28 ans, mon jeune frère est au régiment et il est revenu absolument émerveillé par un week-end avec des jeunes de la Mission de France. Il en avait rapporté le thème : « Comment croiront-ils s’il n’y a personne pour le leur annoncer ? », phrase que j’ai reprise le jour de mon ordination et pour mes 50 ans de sacerdoce.
Cette image est très importante pour moi, elle représente mon espérance et ma vie de prêtre : la ferme et les différentes paroisses où je suis passé.
Notre cousin est devenu missionnaire au Brésil et a repris mon image et à la place du tracteur, il a mis une favela.

Comment tu es passé de la réflexion de ton frère à ton désir de devenir prêtre ?
Il y a eu un désir de ne pas être inutile, avec quelque chose de Jésus-Christ que je ne savais pas au moment, pas forcément un déclic. L’influence de mon aumônier de régiment, mais… quitter la ferme, le pays… et si ça ne va pas jusqu’au bout ?

Après tu as été formé à Bayeux ?
J’ai été formé à Bayeux : 6 mois aux vocations tardives, un tout petit peu de latin avec les Pères de l’Église, en même temps que de l’histoire de l’Église, de la théologie, de l’histoire sainte.
Aux vocations tardives, on me donne une version à traduire, un texte de Tite Live ! J’ignorais même qu’il existait un latin classique !
Puis 5 ans au grand séminaire de Bayeux. On était une trentaine, c’était déjà un petit nombre.
Cette phrase de mon formateur : « Ne perdez pas votre temps avec le latin, ça ne vous servira à rien ».
J’ai cherché et invité des copains pour venir parler du monde rural parce que les études que nous faisions étaient déconnectées du monde réel : en philo : « l’essence et l’existence », je pensais à l’essence de mon tracteur.
Chaque fois que je faisais un devoir de philo, je me demandais comment j’expliquerais ça à mes copains d’enfance. Ça m’a valu beaucoup d’observations : « Vous n’avez pas le langage théologique ! »

Par rapport à l’Évangile as-tu un texte préféré ?
Le texte du reniement de Pierre. Je voudrais qu’on n’oublie pas l’une des choses les plus lourdes : la gestion des échecs. Pierre était sûr de lui. Dans l’évangile de Marc, chaque fois que Pierre raconte son reniement, Marc dit, au présent, « il pleure ». Et il y a le retour : « Pierre, m’aime-tu ? ».

Y-a-t-il d’autres souvenirs marquants ?
Au séminaire, on avait eu une grand-messe à la cathédrale le jour de la Toussaint et l’évêque vient nous voir au séminaire. C’était la première fois ! Certains séminaristes n’ont pas compris l’importance de ce geste : « qu’est-ce qu’il vient faire là ? »
Il m’a demandé ce que j’ai pensé de la cérémonie. Je lui ai dit : « Si mes copains avaient été là, ils auraient bien rigolé ». J’ai été très étonné quand les autres m’ont dit : « on ne parle pas comme ça à un évêque ! Il faut que tu t’écrases ! Tu vas te faire foutre à la porte ! » : Je ne suis jamais écrasé !

Quand on était au séminaire, la famille n’existait pratiquement plus. Pendant notre première année de prêtre on devait rentrer au séminaire une fois par mois pour partager nos expériences. Le dimanche soir, avec mes 3 copains, on mangeait chez mes parents. Ça a fait des histoires avec le séminaire, mais mon père n’a pas cédé. Je reste convaincu que si on a tenu bon tous les 4, c’est, en partie, grâce à cette chaleur familiale, et mes confrères en parlent encore.

Nous avions vécu en JAC des choses étonnantes, des fêtes de la jeunesse, un jeu scénique « le monde nous appartient » : on l’affirmait devant 3 à 400 personnes. On n’avait peur de rien.

Quels ont été tes différents engagements dans l’Église ?
J’ai été ordonné en 63. Nous avons été 4 à être ordonnés la même année. J’ai été prêtre en 10 endroits. J’ai essayé de faire le moins mal possible le culte. Mais ça n’a jamais été à travers les choses du culte que j’ai pu trouver ma raison de vivre. C’était dans le contact avec les familles, les mouvements chrétiens, les groupes.
J’ai toujours eu le souci du contact. Je suis arrivé aux vocations tardives en janvier 58. En février, on nous a emmenés au Mont St Michel : j’ai écrit 30 cartes à mes copains de jeunesse et je les ai toujours associés chaque fois qu’il y avait des ordres mineurs. C’était le début de mon courrier et de mes petites images. Je ne pourrais pas arrêter.
À Jort, il y avait eu quelque chose d’unique : il y avait 3 lieux de culte : à chaque fois qu’il y a eu une célébration, il y avait un petit groupe d’un village qui venait. Mais, un jour, une famille pauvre est venue et a fait une lecture mais à la sortie de la messe, personne ne lui a dit bonjour, quelle tristesse !

Pour toi, avec ton vécu, qu’est-ce qu’être prêtre ?
Le seul prêtre c’est Jésus Christ. Lui seul fait le pont entre les hommes et Dieu. Si nous avons un petit peu d’existence, c’est uniquement dans ce sens-là.
François notre pape l’a dit il y a quelques temps : « J’entends François, François, mais ce n’est pas François qui sauve le monde, François c’est le ministre. Faut dire Jésus, Jésus ». Jésus est le seul et unique prêtre.
Quand on va faire la fête pour mon jubilé, je voudrais qu’on n’oublie pas que c’est la fête à Jésus.

Le prêtre est ordonné pour être au service des baptisés qui participent à la dignité de prêtres, de prophètes et de rois. Attention aux plus petits, ceux qui ne savent pas, qui pensent que « ce n’est pas fait pour eux ».
À la fête de notre Jubilé, chez les petites sœurs des pauvres, mes copains étaient contents, pas moi. Je me sentais isolé. Je ne peux pas me concevoir comme prêtre si je ne suis pas entouré de gens, jamais tout seul !
Il y a eu l’année sacerdotale ! On a mis en exergue uniquement le ministère sacerdotal. On a complètement occulté le sacerdoce commun des fidèles. J’ai hurlé pendant un an ! Qu’est-ce qu’on est si on est tout seul ? On n’est rien du tout !

L’Église que j’aime, c’est l’Église de Jésus-Christ. J’ai mis longtemps à découvrir que c’était ma mère. Elle m’a mis au monde dans la foi. C’est une réalité mystérieuse.

Qu’est-ce qui est important ?
Il y a un mot qui n’existe pas dans le dictionnaire et qui pour moi est fondamental c’est : comment aider les gens à se « désisoler » ? Un humain tout seul il ne vaut pas cher, mais un chrétien tout seul, il est foutu ! Et il n’est surtout plus chrétien ! Le travail d’Église est nécessairement un travail en commun.
On a organisé quelque chose pour moi à Jort pour mon jubilé. J’en ai fait part à mes amis. C’était important pour moi. J’y ai revu un ancien militant de la SMN, avec qui j’avais fait de l’ACO, que je n’avais pas revu depuis 35 ans. J’ai pu appeler 95% des gens par leur nom.
Dans le monde actuel, on dit facilement « ils ne veulent pas ». A-t-on suffisamment pris conscience de l’isolement de certains ?

Parfois, mon habitude de courrier et de petits mots déplaît à mes confrères ; leurs réactions sont parfois à la limite de la violence et mes interventions sont mal reçues. Pourtant, j’ai envoyé une image du pape et mon aide-ménagère, Béatrice, m’a dit : « j’en ai déjà trouvé à trois endroits de vos images ».
           
Beaucoup des gens qui seront dans l’église vendredi pour mon jubilé n’y mettent jamais les pieds, mais, chaque matin quand je vais ouvrir l’église il y a des bougies qui flambent, je rencontre des gens qui me disent : « je prie, tous les jours ». L’Église c’est cet ensemble mystérieux de gens qui sont un peu nourris d’une parole. Parmi tout ce monde-là, lesquels ont le plus la foi ? Comment on le mesure ? Un athée qui aime sa femme, ma lecture c’est que Dieu est à l’œuvre en lui. Ces gens-là, on ne les voit pas dans le bâtiment église. Je regrette qu’on ne leur ait pas dit l’importance de leur vie, qu’ils n’aient pas saisi l’utilité de se nourrir de l’Eucharistie.

À la préparation au mariage, quand les foyers racontaient leur histoire, j’ai appris beaucoup de choses.
J’ai accompagné la JAC, JOC, l’ACO, le CMR, le MCR, la Vie montante, l’ACI récemment. Toujours, un des éléments les plus fondamentaux est d’écouter les gens parler de ce qu’ils vivent, de ce qu’ils sont.

Et Vatican II ?
Quand j’ai fait mon séminaire, ça commençait à s’ouvrir. J’ai fait mon séminaire sous 3 papes.
Quand le Concile a commencé, c’était une ouverture, une respiration. Je souhaitais ardemment cette libération, cette liberté, cette initiative et je n’en suis pas sorti.
On entendait parler de Vatican II au séminaire. On avait entendu la façon dont certains cardinaux faisaient frein.

Comment ça s’est traduit pour toi ?
Je ne savais pas ce que c’est que l’Église : le curé de mon village avait fêté ses 40 ans de sacerdoce. Jeune prêtre, il ne m’avait pas proposé de venir à l’autel, j’étais resté dans l’assemblée.
Le mot « Église », dans toute sa force ne m’est apparu qu’après.

Le n°1 de « Gaudium et Spes » demeure pour moi quelque chose d’absolument fondamental, avec cette incise, à la 4ème ligne : « des pauvres surtout et de tous ceux qui souffrent ». Ce sont les textes que j’ai retenus pour mon image de jubilé.
S’il n’y avait pas eu Vatican II, dans quel beau pétrin on serait.
Nous n’avons pas suffisamment pris la dimension des résistances.

Pour toi, qu’est-ce qui a marché ? Et des exemples de freins ?
C’est en route avec d’un côté des avancées et de l’autre côté des craintes.
Des avancées : dans bien des endroits, l’accompagnement des familles en deuil ou des baptêmes par des équipes même si après, on ne les suit pas. Pour les inhumations, les familles s’investissent beaucoup. Je regrette qu’on ne leur dise pas assez : « l’Église, c’est vous, c’est nous, ensemble ». Pour l’occasion, ils viennent mais ils n’ont pas de continuité.
Les freins que les fidèles ressentent par rapport à certains prêtres surtout par rapport aux sacrements (baptême).

Parmi tout ce qui change dans la société, qu’est ce qui a le plus changé ?
J’ai vu le monde changer : mine de Potigny, création de la Guérinière, village de Colombelles, la SMN. À ce moment-là, je ne savais pas que je deviendrais prêtre dans tous ces endroits.

J’ai vu la raréfaction des prêtres.
J’ai vu les changements du monde rural : quand j’y suis revenu, après avoir été 30 ans en ville, je n’ai rien reconnu.
Le téléphone et la voiture sont très utiles, mais ils isolent les gens.
Pour l’inhumation d’une jeune fille, j’avais demandé à rencontrer ses amis. Je leur ai demandé de venir autour de l’autel. Ils étaient tous là, à 25, ils n’ont rien dit, ils étaient là. C’était important.

Dans le monde moderne, on ne sait pas gérer les échecs, humains, professionnels, familiaux : quand on en est encore à épingler les divorcés, les homos… pour mon Jubilé, je demande le texte du reniement de St Pierre. On sera contraints d’apprendre à gérer ce qui paraît ingérable.
           
Ce qui change : les communications, la maîtrise de son corps par la femme, le choix qu’on peut faire, la difficulté de prendre un engagement qui tienne, on sait ce qui se passe dans le monde entier et on a du mal à voir ce qui se passe tout près.

En tant que prêtre : le pape François m’apprend la simplicité : il demande aux nonces de choisir des évêques proches des gens ; le pire qui puisse arriver à un humain c’est de « compter pour du beurre ».

Et dans l’Église ?
Dans l’Église, aujourd’hui, on insiste sur la catéchisation : c’est une jambe. Il manque la deuxième : la vie dans les mouvements pour les enfants.
On insiste énormément sur le culte. J’ai hurlé quand j’ai entendu le cardinal Vingt-Trois parler sur le sujet.
Nos évêques épuisent les 5% de pratiquants sur les trucs de culte ! Comment redécouvrir la saveur de la Parole de Dieu ?

Nous rêvons de remplir les églises : Jésus n’a pas voulu remplir le temple. L’Eucharistie, c’est un sommet ; Mais, comme en montagne, 95% des chrétiens sont en route et n’atteindront jamais le sommet de la célébration eucharistique dans toute sa force, ils sont sur la route.

J’ai du mal avec les JMJ, mais si les jeunes un jour, un moment donné, une heure, ont vécu une joie… J’’ai été un peu déformé par les mouvements où on apprenait à continuer à tenir le coup ensemble. Un feu d’épines, c’est formidable, mais ça ne dure pas longtemps, il a bien chauffé, mais… Comment aider ceux qui vont aller aux JMJ ? Quel contact dans leur paroisse ? C’est le même problème pour les baptisés adultes.

Je suis malheureux qu’on ne permette pas à des petits groupes d’animer la prière pour les autres dans une petite commune, peut-être pas le dimanche... J’en ai parlé à l’évêque, mais il n’écoute pas. Il faut absolument que j’arrive à le lui dire !
Pourtant, j’ai vu, en allant en cure, il y a 10 ans une petite affiche à l’église : « Chaque mercredi, à 18 heures, célébration communautaire de la Parole de Dieu ». J’ai laissé un mot et une dame m’a répondu : « c’est le mercredi pour réserver le dimanche pour la messe » (à 25 km).
On a laissé tomber la notion de « sacerdoce commun des fidèles » et nos évêques ont peur, peur du pouvoir qu’ils pourraient ne plus avoir.

On épuise nos forces ! Il ne se crée rien qui soit vivant et joyeux au plan local ! On continue de dire « Rassemblez-vous au canton ».
J’ai essayé à Jort, un rassemblement, une fois par trimestre pour les 25 clochers : personne ne bouge…
Il y a des freins par rapport à certains prêtres que les fidèles ressentent comme bloqués.

La gestion des sacrements, c’est le problème du distributeur automatique : 2 fois, je n’ai pas accepté un baptême au nom des normes officielles. Je ne recommencerais pas, mais je n’ai jamais passé autant de temps qu’avec ces deux familles.

Une de mes angoisses pour l’Église c’est : comment ceux qui vivent d’amour vont-ils arriver à penser qu’ils sont porteurs de quelque chose de Dieu si nous, on n’y croit pas assez fort ? Jésus était sur la route, il n’a pas choisi ceux qu’il voulait rencontrer, Jésus était porteur de quelque chose : « qu’est-ce que c’est que cet homme-là ? ». Ça demandera un long, long apprentissage de notre part à nous. Apporter une espérance.

Le rassemblement du dimanche est nécessaire, mais il y en a pour qui, dans le climat actuel ce ne sera jamais possible. Par climat actuel, j’entends une mise à distance visible de tout ce qui peut avoir une consonance religieuse, la sécularisation du discours : un petit exemple : on ne dit plus « demain, c’est la St Jacques », on dit : « demain, on fête les Jacques ». C’est dans toutes les sociétés dites modernes. Dans un monde où Dieu n’est pas nommé, comment les chrétiens vont se renourrir de Jésus-Christ vivant ?

La pratique du culte est importante, mais on peut avoir devant soi des gens qui n’ont pas besoin de se dire bonjour, pas besoin de savoir qui ils sont, ce goût des choses amicales. On pratique l’accueil, mais on ne sait pas qui est la personne qui vient de rentrer.

Quels sont ceux grâce à qui tu as tenu le coup ?
La famille.
Tous les contacts humains dans les paroisses.
Le Prado : C’est fondamental ! Trop fantaisiste, je ne l’ai jamais intégré officiellement, mais ils m’ont aidé et soutenu. J’y ai apprécié ce qu’ils appellent « l’étude d’Évangile » : tous les jours quelques minutes, la pratique du « cahier d’aumônier », bien que je n’aie pas eu l’endurance de le faire et les deux rencontres de 24 heures tous les trimestres : c’est le seul lieu où j’ai pu partager ce que je faisais. Il y a des prêtres qui n’ont jamais eu ça.

Quels rêves pour l’avenir ?
Je crois à l’avenir mais à un avenir qui devra être plus humain, nécessairement plus convivial au plan humain. Si au plan chrétien on en a le goût, le culot, je suis absolument convaincu que certains accueillerons le message. Mais, mon angoisse, je ne suis pas sûr qu’on soit prêt à en payer le prix en énergie.