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« HOMME ET PRÊTRE »

Alfred ROHR
Né en
1943
Diocèse/ordre :
Metz
Date de l'interview :
Juin 2017
N0_ordre: 
51
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Nous quittons Paris un beau matin de juin pour retrouver l’Abbé Rohr sur le quai de la gare de Forbach. Nous ne le trouvons pas tout de suite mais, en cherchant bien, nous apercevons d’abord des cheveux blonds, un immense sourire, des yeux pétillants de bonté joyeuse, un fauteuil roulant… Il est là, attablé avec un ami.

Il nous emmène à Schoeneck en Moselle, village à la frontière de Sarrebruck (Allemagne). Passant par Forbach et Petite-Rosselle, il nous donne un aperçu de ce beau « Pays Noir » où les puits de mine sont immobiles, le passé des mineurs figé, tout un monde héroïque invisible mais tremblant sur la verdure. C’est devenu, depuis plus de trente ans, le pays de son apostolat et de son cœur, après le « Bitcherland » – « Pays de Bitche », son pays de naissance.

Quel a été votre engagement dans l’Église ?
Mon engagement dans l’Église, c’est simple : il a commencé le jour de mon baptême, le lundi de Pâques de l’année 1943, après ma naissance le Vendredi-Saint. C’est le baptême qui est notre entrée dans la communauté chrétienne. Dès l’âge de cinq ans, été comme hiver, tous les matins à sept heures, j’assistais à la messe ! Et ensuite, à huit heures, j’étais à l’école. Tout petit, je célébrais déjà la messe à la maison, sur un petit banc ; je connaissais toutes les prières usuelles. La messe à l’église était en latin bien sûr et dès l’âge de six ans j’essayais de comprendre. Mais en fait, on n’avait pas besoin de tout comprendre ! L’essentiel c’était qu’on prie et qu’on chante et les émotions qu’on pouvait éprouver.

Peu de temps après, je suis devenu enfant de chœur. Le voilà, mon premier engagement dans l’Église. Dès 10-11 ans je voulais devenir prêtre. Mon premier modèle, c’était l’Abbé Jean Seelig. Il m’a beaucoup marqué. Il était chaleureux, ouvert, drôle, tellement différent du curé précédent qui était à l’image de Pie XII. Traversant le village avec sa pipe toujours à la bouche, il parlait avec tout le monde, racontait des blagues, allait chez les gens. Cette proximité avec les paroissiens, je l’ai apprise de lui ! J’avais douze ans quand il m’emmena au collège épiscopal de Bitche, dont le supérieur est devenu l’Évêque de Metz, Monseigneur Paul-Joseph Schmitt.
Les études, les célébrations religieuses, les copains et surtout le football tous les jours… C’était super ! Cinq années de collège. Je faisais partie des cinq meilleurs élèves de la section et nous sommes devenus les chouchous du supérieur (normal quand on passe le mois de juillet à faire en un mois le programme de l’année de 5e et qu’on se retrouve parmi les premiers à la rentrée en 4e). Sur dix-huit élèves arrivés en terminale, seize sont entrés au Grand Séminaire de Metz.
D’abord deux années de « Philosophie ». Nous étions 28 en première année. Nous étions tous heureux de nous préparer à devenir prêtres. On rigolait, on discutait, on était bien ensemble, mais on était enfermés derrière les grands murs du Grand Séminaire, avec deux uniques sorties par semaines, piscine et un déjeuner à la ferme du Séminaire. Nous sortions toujours obligatoirement à trois, la confiance régnait !!! Nous prenions nos repas au réfectoire avec la lecture comme chez les moines. Pour nous, c’était relativement facile. Cela ne nous a pas traumatisés. Mais pour ceux qui rentraient d’Algérie, c’était dur, notamment à cause de l’interdiction de fumer.
À la fin de la première année, tonsure et soutane ! Vous vous rendez compte, moi qui rentre chez moi en soutane ! Dans mon village, le prêtre était le personnage le plus important. J’éprouvais une très grande fierté de la porter pendant les deux mois de vacances, car à la rentrée le clergyman fut autorisé. Voilà pour les deux années de philo.
Je ne suis pas parti en Algérie car il y avait eu les accords d’Évian. Donc FFA en Allemagne, quatre mois de classe à Fribourg, puis je suis muté à Baden-Baden comme secrétaire du Cercle franco-allemand en ville avec le privilège de la tenue civile pendant tout le temps de mon service militaire. Cette année-là à Baden-Baden fut vraiment une expérience libératrice, j’avais vingt et un ans et j’étais soudain totalement autonome. Copains, copines, sorties… La belle vie ! Mes amis pensaient que je voulais devenir pasteur protestant pour pouvoir me marier (normal vu le nombre de filles qui me couraient après), mais moi, je voulais être prêtre catholique ! Pas de mariage donc en perspective !
Après mon service militaire et mon année de propédeutique à Metz au cours de laquelle j’étais engagé dans le Mouvement étudiant, enseignant d’allemand au Petit Séminaire, je devais faire un choix : continuer des études universitaires pour devenir professeur ou retourner au Grand Séminaire pour trois années de « Théologie ». Le rôle de ma mère fut déterminant. Pour elle, avoir un fils prêtre était un honneur suprême, surtout pour une immigrée slovène, très croyante... mais elle m’a écrit que je devais être totalement libre de mon choix et que j’aurais toujours son soutien. J’ai décidé de devenir prêtre.
Au cours de ces trois dernières années de Théologie, nous avons fait, avant Mai 68, notre révolution culturelle en refusant les cours didactiques. Nous avons commencé à exercer notre liberté, pour entrer et sortir, rencontrer les croyants à l’extérieur, faire venir des militants et militantes des Mouvements d’Action Catholique.
Nous avons dit adieu au clergyman pour revêtir des habits civils sans signe distinctif. Nous voulions être comme les gens du peuple.
Je fus ordonné prêtre en juin 1968. Nous étions douze à être ordonnés (en 2017, ils sont deux seulement à être ordonnés à Metz…).
Un monde nouveau s’ouvrait à nous dans l’effervescence d’une liberté nouvelle. Le vieux monde, dont j’étais issu et qui m’avait donné la foi, était derrière moi. Lors de la première messe dans mon village, j’ai eu l’impression d’être le dernier des Mohicans, rentrant dans sa tribu à l’ancienne. L’accueil fut triomphal : je suis passé sous dix arcs de triomphe ! C’était la tradition, l’ancien monde, mais moi j’étais déjà entré dans une ère nouvelle. Je me sentais libre et confiant dans l’avenir…
En accord avec mon évêque, j’ai choisi d’aller comme vicaire à Sarreguemines. Nous étions plusieurs jeunes prêtres, animés par le désir de changer les choses dans l’Église. On avait vécu le concile. On était en civil. On allait voir des militants ouvriers. On ne voulait plus être le chef qu’on salue respectueusement. On se lançait dans des activités nouvelles, la JOC, les rassemblements. On voulait être avec les jeunes, les enfants, et dans le monde ouvrier essentiellement.
Nous avions beaucoup de chance : pendant les dix premières années, tous les mois, nous avions une formation continue, des rencontres d’aumônerie, et donc nous avions une vision commune de l’évangélisation du monde ouvrier, de notre travail pastoral. C’était extraordinaire ! Nous partagions, nous avions un idéal, nous avions le temps d’accompagner les enfants et les jeunes en week-ends et aux rassemblements locaux, diocésains ou nationaux : c’était les années 70-80.
Après dix années comme vicaire, à l’âge de trente-cinq ans, je fus nommé aumônier de prison et desservant de la paroisse de Rémelfing, un village près de Sarreguemines. J’ai succédé à un vieux curé qui trouvait qu’il y avait trop de voix à gauche, dans cette paroisse à la périphérie de la Cité des Faïences. En ville, l’Église, c’était principalement la bourgeoisie et les classes moyennes, plus que le monde ouvrier.
Au presbytère, j’ai accueilli les clubs d’enfants, les équipes de jeunes, des sortants de prison, des Africains en stage… Quelle ouverture, quelle révolution, dans la paroisse traditionnelle centrée sur le culte !
Ensuite, je me retrouve au Wiesberg, habitant en HLM au cœur d’une cité minière à Forbach. Comme prêtre, j’étais le seul animateur de vie pour les jeunes du quartier. Puis, j’ai ajouté la paroisse de Schoeneck. Personne ne voulait y aller. J’ai accepté pour un an et j’y habite depuis vingt-cinq ans…
En même temps, je suis nommé Aumônier des Français en Sarre, de 1994 à 2014. Là, je fus en contact avec l’Église catholique universelle. J’ai rencontré des aumôniers des Français de toute l’Europe et du monde entier. Tous les ans nous avions une session dans un autre pays européen. Tous les trois ans, des journées pastorales à Paris pour échanger nos expériences. Je respirais ! Je sortais de mon petit monde. J’ai créé une équipe d’ACI (Action Catholique des Milieux Indépendants) en Sarre et je suis devenu aumônier diocésain. Notre petite communauté de pratiquants à Sarrebruck et Dilling, parmi les 9 000 français catholiques en Sarre, était très ouverte sur le monde par des actions caritatives auxquelles je faisais participer les élèves et lycéens de l’École française et du Lycée franco-allemand dont j’étais l’aumônier.
En 2005, je suis nommé curé de la Communauté de paroisses de Petite-Rosselle sans pouvoir déménager au presbytère, en réfection pendant les six ans de mon mandat. Là-bas c’était autre chose, cela ne bougeait plus beaucoup, c’était la fin de la mine. Il fallait engager des choses nouvelles, après 150 ans d’histoire du charbon.

En 2011, je deviens curé retraité dans mon diocèse mais je suis encore resté aumônier des Français en Sarre jusqu’en 2014. Alors commencent mes hospitalisations successives, mes opérations et mon combat contre la maladie. Je fais l’expérience du handicap, de la dépendance, des échanges et des contacts avec les infirmiers, les infirmières, les médecins, avec les malades. J’ai appris à témoigner « au ras des pâquerettes », toujours en contact avec les gens, les rejoindre dans leur vie, leur permettre de se remettre debout, partager leurs souffrances et leurs espoirs…

Pour vous, qu’est qu’être prêtre ?
On n’est pas prêtre, on devient prêtre, on apprend tout au long de sa vie. Être prêtre, c’est annoncer l’Évangile mais pas seulement par des sermons et de la théologie, mais surtout par une parole vivante et par des actions par lesquelles on témoigne... Je sais que je parle beaucoup. Alors j’ai laissé tomber les sermons écrits. Je ne supportais plus les homélies lues sans conviction. Je réfléchissais beaucoup à l’Évangile et j’adaptais ma parole selon le lieu dans lequel je me trouvais, en étant le plus concret possible afin d’être compris.
Être prêtre c’est être au service. On est nommé pour une paroisse, une communauté donnée, pour prêcher l’Évangile, donner les sacrements.
Plus largement il s’agit de rejoindre les gens et tous ceux qui ne viennent pas à l’Église, de leur faire découvrir Jésus-Christ et de leur donner une piste pour être plus heureux. J’ai été tellement heureux comme prêtre !

J’ai accepté tout ce qui m’a été proposé comme ministère. Il faut être attentif pour découvrir les besoins des autres. En prison, je suis parti de leur vie, de leurs besoins. La première fête de Noël en prison avec cinquante prisonniers en train de causer de la vie, de la prison… C’était un grand moment. C’était la fête. À la messe, Jeannine était là avec moi au milieu d’eux et a donné son témoignage, comment elle a pardonné à celui qui l’avait séquestrée pendant six mois et comment sa foi l’avait sauvée !
(Il rayonne…)
Maintenant il y a une nouvelle étape dans ma vie : depuis six ans, le temps de la maladie et du handicap. J’ai écrit deux tomes autobiographiques : Ma vie d’Homme et de Prêtre  et Ma vie d’Homme et de Curé. Une nouvelle façon de témoigner, de transmettre la foi, une autre forme d’engagement dans l’Église. Jeannine m’a accompagné pendant plus de trente ans de mon ministère sacerdotal. Je viens de publier son premier livre : Séquestrée, sauvée par sa Foi. Puis viendra, peut-être, son histoire de jeune militante ouvrière en usine et dans les Mouvements de l’Action Catholique.

Alors Vatican II ?
Cela a été le changement fondamental.
Nous y sommes entrés de plain-pied avec une grande espérance. Nous pensions que nous étions l’avenir, que nous allions changer le monde. Ce fut une période de grande créativité, avec des figures de papes qui ont été de grands papes, on pouvait être fiers d’être catholique.
Jean XXIII, ce débonnaire qui a ouvert les fenêtres avec sa bonhomie.

Paul VI le grand spirituel plus réservé, mais il est quand même allé à l’ONU !
Jean-Paul II, le grand acteur, mais, mais… il était polonais ! Je dois dire que les curés polonais que j’ai rencontrés en Pologne me rappelaient les vieux curés dans nos villages : le curé est le chef… et l’argent compte !
Benoît XVI, j’aimais beaucoup ses livres parce que c’est un grand théologien et je lui suis très reconnaissant d’avoir su partir à temps… (rires) Contrairement à Jean Paul II : au-delà de ses soixante-quinze ans, parce qu’il était l’Évêque de Rome, il est resté le chef l’Église jusqu’au bout.
François… une grâce que nous ayons ce Pape ! Un vrai pasteur pour son peuple !

Qu’est-ce qui a changé dans notre société ?
De nouveaux modes de vie ont bouleversé toutes les traditions. On a vécu des changements considérables dus à l’évolution de la technique.
Le jour où nous avons eu une première voiture, personne dans ma famille n’a envisagé d’aller aux vêpres alors que nous y allions tous ensemble auparavant tous les dimanches après-midi !
L’arrivée de la radio, de la voiture, du téléphone, ces révolutions techniques ont tout changé dans la société. Dans la vie familiale et surtout la condition féminine, le travail rémunéré pour le travail des femmes, l’indépendance financière et l’arrivée de la pilule ont entrainé des changements fondamentaux des mœurs.
J’ai vécu tous ces changements. Je ne voulais pas me servir de mon portable. Je suis rentré à reculons dans Internet, et pourtant maintenant il faut passer par là pour faire passer l’Évangile. Mais le grand changement par rapport à la pensée philosophique se produisit quand l’homme est monté sur la lune. Je dévore Science et Vie. Quel émerveillement devant cette création, ce monde en expansion ! Je ne suis pas désarçonné. Quand je regarde les étoiles, je suis empli de ce sentiment d’exister, que la vie est merveilleuse et que c’est un don et que c’est cela qui nous est révélé, et qui peut nous permettre de relativiser nos problèmes.
Les changements dans l’Église, avant Vatican II, on était bien dedans, ceci dit, c’était confortable. Et puis les changements dans les blocs politiques ! J’ai bien connu les deux mondes : le monde coupé en deux, bipolaire, communisme et capitalisme.

Jusqu’à la chute du Mur de Berlin, le monde ouvrier était organisé, il y avait des syndicats, des partis qui prenaient sa défense, une analyse des idéologies, il y avait l’espérance d’une transformation des rapports sociaux. Nous sommes dans une société de classe.
Le capitalisme de la bourgeoisie et des entrepreneurs restait familial mais aujourd’hui nous sommes dans un capitalisme financier, beaucoup plus dur. On a bien sûr reproché le paternalisme des Wendel, mais c’était encore un monde avec des relations humaines. Les gens se retrouvaient ensemble dans la même église le dimanche. Et l’ascenseur social n’est plus ce qu’il était dans les années cinquante. Il y a moins de réussite sociale pour les jeunes aujourd’hui.
J’ai pu comparer ces deux mondes, d’un côté et de l’autre du rideau de fer, je suis allé en Pologne, en RDA à l’époque où il fallait des visas, des passeports ; j’ai visité les USA. Et les bienfaits du capitalisme n’étaient pas évidents.

L’avenir du monde ?
On est dans une nouvelle ère, un nouveau monde très divisé où tout peut se produire. Avec un seul référent : l’argent, le Satan du monde d’aujourd’hui. Et la parole de l’Évangile là-dedans ? Quelle parole apporter dans un monde aussi complexe ?
Moi je dis que la vision de l’avenir sur le plan humain, c’est la vision de Thomas Pesquet là-haut : la terre est toute petite, merveilleuse, avec des ressources limitées, précieuses, on n’a qu’une terre et il faut la préserver et la partager. D’où un engagement écologique : ou on se sauve ensemble ou on périra ensemble, d’où la nécessité d’un dialogue entre les peuples, pas un affrontement idéologique, mais il faut que les gens se rencontrent.
Alors dans ce nouveau monde en train de se construire, je suis très heureux qu’on ait ce pape. Il nous est précieux car il débloque des tas de choses. Il faut bien avouer que l’Église a eu un discours tellement bloqué, dogmatique, et déconnecté de la réalité sur les relations hommes/femmes, sur la sexualité.
En fait le message fondamental que le pape François apporte à l’Église, et il n’a rien changé au dogme, c’est qu’on ne part pas du dogme pour dire voilà ce que vous devez faire, ou alors vous êtes en dehors des limites, donc vous êtes exclus, mais c’est que le dogme c’est l’idéal, c’est le chemin vers…
Il faut partir de la réalité de la vie de chaque personne ! Sinon la majorité des gens sont condamnés a priori parce que leur situation matrimoniale ne correspond pas à ce que l’Église voulait. Ma propre famille me paraissait anormale, car il n’y avait aucun divorce ! Puis un frère a divorcé, sa femme est partie, actuellement il vit avec une compagne qui le rend heureux, ils ne sont pas mariés.
Et moi je suis content qu’il n’ait pas sombré après ce divorce, qu’humainement il puisse s’en sortir, qu’il ait une compagne, même s’il n’est pas dans les normes de l’Église !
Certains neveux et nièces ou leurs enfants ne divorceront plus parce qu’ils ne se marient pas ! Tous les cinq ans j’organise une grande fête de famille pour savoir qui est encore avec qui !
(Éclats de rire)
Le prêtre n’a pas à asséner des discours de théologie. Il est là pour faire grandir les gens en partant de leur réalité. Le pape nous encourage à les rejoindre là où ils sont.
Il y a quatre ans, nous étions 300 après la messe d’action de grâce. Dernièrement j’ai célébré un baptême en famille qui a duré une heure et demie, il y avait toutes les situations : les parents pas mariés, grands- parents divorcés, catholiques, protestants et sans religion, Français et Allemands… on a chanté, prié ensemble. On a parlé de nos valeurs. J’ai pu leur dire quelles sont les valeurs de l’Évangile.
Mais comment rejoindre ce nouveau monde ? Comment rejoindre ces jeunes, ces familles, dans leurs préoccupations, leurs choix ?

Quel est votre message principal à transmettre ?
Rejoindre les hommes, aller vers les autres, ne pas rester dans la sacristie. Ma vision de l’avenir : un monde plus humain !

Je me réfère au titre de mon livre : Homme et Prêtre. Il faut toute une vie pour devenir « humain ». On apprend à toutes les étapes de sa vie. Il faut toute une vie pour grandir en humanité... À 74 ans, je n’en finis pas d’apprendre à vivre.
Ce sont nos choix dans la vie qui nous font devenir humain et on n’arrive jamais au sommet, donc il nous faut devenir beaucoup plus indulgent et surtout ne pas juger, être tolérant. Quand j’ai été aumônier de prison, j’ai pris conscience de ma chance d’avoir eu une éducation humaine et chrétienne dans ma famille, au collège, au Séminaire. Ensuite j’ai fait de nouvelles rencontres, découvert de nouvelles façons de voir les choses. Et je dis que l’Église m’a fait devenir chrétien et dans cette Église, j’essaie de vivre ma vie chrétienne avec tout ce que je suis devenu, c’est à dire prêtre, sous l’appel de l’Évangile et tout cela n’est pas écrit d’avance.
Homme, je le suis devenu le jour de ma naissance, chrétien, je le suis devenu le jour de mon baptême et prêtre, c’est simplement une extension de mon baptême et je le resterai jusqu’au bout de ma vie. On reste toujours prêtre même si des copains qui ont pu quitter se sont mariés ou ont choisi une autre voie.

La crise de l’Église identitaire, vous la voyez comment ici ?
Ici, nous avons moins de problèmes. Nos paroisses, qui étaient bien catholiques et pratiquantes, elles se sont vidées et ce qui reste, c’est un christianisme social. À 80 %, les habitants d’ici sont baptisés, c’est une pratique sociologique. Il y a un regroupement des communautés paroissiales qui permet de sortir de son cocon et engendre des initiatives heureuses, mais il faut reconnaître que les engagés dans l’Église sont peu nombreux et surtout relativement âgés. Et puis il y a chez nous des Églises protestantes luthériennes et des églises évangéliques. Alors il nous faut susciter sans cesse de nouveaux appels pour une Église plus accueillante, plus ouverte et œcuménique !

Avant de nous quitter, dites-nous quelle phrase d’Évangile vous parle le plus ?
Saint Pierre 5,2 : « Soyez les bergers du troupeau de Dieu qui vous est confié et veillez sur lui. »