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Sépare-toi de ce qui t’enchaine et fais route avec moi

Michel MENVIELLE
Maître
© CC0 Creative Commons

Dimanche 14 octobre 2018 – 28e dimanche du temps – Mc 10, 17-27

Jésus se met en chemin. Quelqu’un court vers lui, tombe à genoux et l’interroge : « Maître bon, quelle chose faire afin que j’hérite de la vie éternelle ? » Maître (didaskalos)… Ce mot grec désigne celui qui enseigne, qui a un savoir. Au contraire, le mot utilisé par les évangélistes pour désigner Jésus, kurios, désigne un maître qui parle avec autorité. Ainsi, notre homme se prosterne devant un maître auquel il demande de lui enseigner « que faire pour hériter de » la vie éternelle.

Jésus, qui lui répond que, seul, Dieu est bon, ne se laisse pas enfermer dans une catégorie, fût-elle celle de la bonté. Puis il lui rappelle les paroles du Décalogue qui concernent les relations entre les hommes. Mais il les exprime comme autant de défenses impératives qui s’imposent (ne tue pas…), alors que ce sont des paroles données pour être apprises, gardées et mises en pratique par chacun (tu ne tueras pas… Dt 5, 1-21). En réponse, l’homme dit avoir observé ces commandements depuis sa jeunesse. Comme si cette façon impérative de les exprimer lui était naturelle.

Alors Jésus le regarde, l’agape (le grec dispose de quatre mots pour désigner des nuances de l’amour ; agapé est celui qui est utilisé pour la relation de Jésus avec ses disciples) et lui dit : « Une seule chose te fait défaut : va, tout ce que tu retiens, vends et donne aux pauvres, et tu retiendras un trésor dans le ciel. Et ici fais route avec moi. » Cette traduction au plus près du grec m’a ouvert le texte : Jésus n’invite pas l’homme à vendre « tout ce qu’il a », mais à se séparer de ce à quoi il est attaché, de ce qui le retient, afin de pouvoir s’attacher à un trésor dans le ciel. Jésus l’invite ainsi à se libérer, et à faire route avec lui.

Marc dit que l’homme « s’en alla, étant affligé. En effet, il était retenant de grandes propriétés », nous suggérant ainsi que l’homme confondait son être avec les propriétés auxquelles il s’était attaché. Parce qu’il y mettait son identité, les vendre lui était impossible.

Jésus explique alors à ses disciples, témoins ou lecteurs, que cela manifeste combien il est difficile, pour eux comme pour cet homme, d’entrer dans le royaume de Dieu. Frappés de stupeur, ils se demandent : qui peut être sauvé ? Jésus ajoute : « Auprès des hommes, impossible, mais pas auprès de[1] Dieu. Car tout est possible auprès de Dieu. » (Construite avec un datif, la préposition grecque para a pour sens : « auprès de, chez, dans, en ») Être auprès de Dieu… Objectif mystérieux et eschatologique, vers lequel Jésus nous propose un chemin : libérer notre être et faire route avec lui.
 

Michel Menvielle

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