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Guetter et annoncer, cultiver et garder

Paule ZELLITCH
guetteur
@ CC0 Creative Commons


25 décembre 2018 – Messe de la nativité du Seigneur – Is 52, 7-10 ; Jn, 1, 1-18

Isaïe nous transporte en un temps où les messagers courent, de collines en collines, par les chemins les plus escarpés pour remplir leur office au risque de leur vie. Et quel message plus magnifique que celui qui contient les termes d’une paix proclamée ! Voici la fin des persécutions, de l’esclavage, de la déportation. La vie revient et avec elle un parfum de fleurs et le cortège de toutes les reconstructions à venir. Une sortie de l’immédiateté des ventres creux ; demain commence et aujourd’hui. Le messager va, à la cité sainte, annoncer le temps du renouveau.

Serions-nous étonnés qu’une telle annonce soit faite à une cité, que nous imaginons volontiers avec maisons, échoppes et silos, des enfants qui gambadent, des personnes rassemblées pour générer des échanges, du commerce, des lois, de la culture ? Mais ici, c’est à une cité quasi morte, en ruine, privée de tout, que cette annonce est faite. Une cité qui ne tient plus qu’à un fil, dont la sainteté semble être l’ultime qualité subsistante. Voici que le texte laisse affleurer la présence de forces de renaissance, d’espérance, d’oreilles aux aguets et de cœurs prêts, disséminés ici et là.

Proclamer la sainteté de la cité, c’est faire mémoire du sanctuaire, c’est dire qu’elle reçoit en partage « quelque chose » de la sainteté même de Dieu et qu’elle garde la mémoire des bénédictions reçues et données. Tout cela n’est manifestement pas indexé sur la richesse, le pouvoir politique, religieux ou guerrier, car tout cela est éphémère, mais sur une Parole vivante et partagée. Même ténue, même réduite à l’état de trace, cette Parole suffit à tenir et à relancer la vie. Ainsi, un seul, une seule guette, scrute l’horizon et tout Israël guette ! Guetter, à l’instar de la fiancée du Cantique, cœur et esprit en alerte, se tenir aux frontières extrêmes de ce qui peut être entendu, que cette parole ait été prononcée ou qu’elle soit restée au bord des lèvres de la conscience. Le salut se tient au cœur de la Parole comme un acte dont l’instance de vérification tient dans sa puissance d’affranchissement sans cesse renouvelée ! Voilà pourquoi, tant d’hommes et de femmes ne cessent de la combattre, de la dévoyer.

C’est dans la bouche du messager, dans son corps, semblable à notre corps qu’est la bonne nouvelle « qui annonce le salut, celui qui vient dire à la cité sainte : "Il est roi, ton Dieu !" ». Longtemps privée de tout ce qui fait un royaume d’affranchis, Jérusalem renaît et par le plus grand des rois. N’est-il pas l’unique à avoir pour dessein la plénitude de vie pour tous ? Ainsi, dans ce grand mouvement d’affranchissement des personnes et des peuples surgit, avec le messager, une étincelle de plénitude, comme un acompte du monde à venir. Par un petit, encore enveloppé des senteurs de sa mère, la parole nous advient comme un don familier, à portée d’amour.

Dans ce texte, que nous révèle de ce Dieu qui l’habite ce peuple qui contient en lui-même cultivateurs et gardiens, guetteurs et messagers ? Serait-ce pour nous, lecteurs, une invitation simple à investir ces fonctions ? Tenues ensemble, elles concourent à la possibilité d’une vie commune dans la paix. Et, puisque le potentiel d’affranchissement qu’elles déploient doit passer par notre bouche, les voici déposées en ce petit enfant, né dans une nuit pour toujours étoilée, qui ne cesse de nous inspirer.
 

Paule Zellitch

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