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Donnons corps à la parole

Catherine RABOUAN
Jacopo Pontormo : Visitation
Domaine public


Dimanche 23 décembre 2017 – 4e dimanche de l’Avent – He 10, 5-10 ; Lc 1, 39-45

Il y a comme un écho entre Genèse 2 : « Le Seigneur Dieu modela l’homme avec de la poussière prise du sol. Il insuffla dans ses narines l’haleine de vie et l’homme devint un être vivant » et ce que nous dit aujourd’hui la Lettre aux Hébreux : « De sacrifice et d’offrande, tu n’as pas voulu, mais tu m’as façonné un corps et me voici pour faire ta volonté. » C’est tout le mystère de la création et de l’Incarnation que les Écritures nous révèlent.

La Parole de Dieu, le Verbe, se fait homme. Jésus prend corps en Marie, sa mère ; il va naître, vivre pour accomplir le cœur actif de la parole de Dieu : dégager les chemins de la vie pour l’humanité.

La visitation de Marie à sa cousine Élisabeth dans l’évangile de Luc nous permet d’entrer avec une certaine légèreté, et de façon merveilleuse, dans le mystère de l’Incarnation

Marie, très jeune fille, enceinte depuis l’annonce de Gabriel, se met en route avec entrain et surement avec joie, vers une ville de la montagne de Judée, car elle a appris que sa cousine Élisabeth, bien plus âgée qu’elle et jusque-là stérile, est, elle aussi enceinte.

Marie et Élisabeth, filles d’Israël, acceptent avec confiance l’intervention du Seigneur, dans leur vie et d’abord dans leur corps. Corps de Marie et corps d’Élisabeth emplis d’une vie encore inconnue et à venir, toutes deux dans la joie de donner naissance à un enfant.

Marie salue sa cousine Élisabeth en entrant dans la maison. Il est facile d’imaginer un simple geste et des paroles chaleureuses, mais cette salutation bouleverse Élisabeth. Cette émotion est intense au point de provoquer une secousse non moins intense dans le corps d’Élisabeth ; alors l’enfant qu’elle porte va bouger, « tressaillir ». Cette réaction est une expérience singulière propre aux femmes. Ainsi, une nouvelle parole d’annonciation semble comme emporter mères et enfants à naître.

Élisabeth partage avec Marie ce véritable choc émotionnel en prononçant une parole jaillissante de joie et de bénédiction sur la personne de Marie, puis sur l’enfant qu’elle porte. Face à Marie enceinte, Élisabeth a cette intuition forte et très extraordinaire que Luc attribue au Saint Esprit : elle annonce que l’enfant que porte sa cousine Marie sera différent des autres et surtout, elle le reconnaît comme son Seigneur : « Comment m’est-il donné que vienne à moi la mère de mon Seigneur ? » Marie répond par le Magnificat reprenant partiellement le cantique d’Anne dans le premier livre de Samuel (1S 2,1-10).

Ce corps, en gestation dans le corps de Marie, naît quelques mois plus tard, reçoit le nom de Jésus, Emmanuel, Dieu avec nous. Il grandit, devient adulte sans jamais cesser de transmettre ce qui habite le corps même de la parole : ordonner chacun à la vie.

La puissance de la parole de Dieu investissant un corps d’homme en Jésus Christ est mystère d’Incarnation. Et, s’il nous est révélé, avec force et douceur, comme le secret de deux femmes, disponibles à la volonté du Seigneur, heureuses d’être enceintes et de transmettre la vie, c’est pour qu’à notre tour, nous ne cessions de lui donner corps, comme une consistance de bénédiction.
 

Catherine Rabouan

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