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Le Christ Roi…

Anne-Joëlle PHILIPPART
Le Christ Roi
© CC0 Creative Commons


Dimanche 25 novembre 2018 – Le Christ Roi de l’univers – Dn 7, 13-14 ; Ap 1, 5-8 ; Jn 18, 33b-37

Le Christ Roi… oui mais un Roi doux et humble de cœur qui pleure sur les mitres, crosses et riches chasubles de ses serviteurs.

La fête du Christ-Roi et les iconographies qui la décrivent peuvent sembler surprenantes au regard des évangiles. Cette fête instituée en 1925 par Pie XI, dans une Église ébranlée, encore prise dans la crise du modernisme, qui se souvient de ses années fastueuses et triomphantes à une époque où l’Europe connaît la montée en puissance de pouvoirs totalitaires. Aurait-elle donc cherché à souligner l’essentiel, le Royaume de Dieu, dans un monde qui dérivait dangereusement ? Peut-être. Depuis 1969, cette fête s’intitule, nous l’oublions parfois, la « Fête du Christ, roi de l’univers » ; l’accent est désormais sur la récapitulation de la création tout entière en Christ, et non pas sur une royauté au sens politique, voire idéologique du terme.

De quelle royauté s’agit-il ?
Le livre de Daniel apporte des éléments de réponse. Si la vision d’un Dieu-Vieillard-à-barbe-blanche s’inscrit dans un imaginaire antique, l’inspiration du texte se trouve dans la vision cosmopolite d’un Royaume éternel et unifié. On peut presque y lire la scène, à Jérusalem, de l’effusion de l’Esprit à la Pentecôte. Des Juifs y séjournaient, venus de toutes les nations sous le ciel et chacun comprenait les disciples dans sa propre langue (Ac 2).

La deuxième lecture continue à nous instruire. Le Royaume dont parle le texte suggère à la fois la résurrection, l’amour de Dieu et son pardon. Le texte fait aussi allusion à un monde d’égaux devant Dieu. Tous y sont proches de Dieu sans intermédiaire, sans médiateur de son pardon et de son soutien. Bref, tous, y sont rois, prophètes et prêtres… sans cléricalisme !

L’évangile de Jean donne la parole à Jésus. Le Royaume de Dieu n’est pas un Royaume selon le mode de fonctionnement de ce monde. La puissance et la gloire ne s’y expriment pas de la même façon. Pas besoin de soldat car « de leurs épées, ils forgeront des socs, et de leurs lances, des faucilles… Ils n’apprendront plus la guerre » (Is 2). Le puissant ne dévorera plus le faible car « le loup et l’agneau auront même pâture » (Is 65). Les prédateurs seront apaisés car « le lion comme le bœuf mangera du fourrage » (id). Il n’y aura plus de violence et d’injustice car « il n’y aura plus de mal ni de corruption sur toute ma montagne sainte, dit le Seigneur » (id). Dans ce Royaume, les pauvres, les humbles, les assoiffés de justice et les artisans de paix se sont levés (Mt 5) pour construire un pays où coule le lait et le miel (Is 7). Chacun fait sien le commandement de l’altruisme où, fort de l’amour de Dieu, dans l’acceptation et l’amour de soi, tel qu’on est, il est possible d’aimer et accepter l’autre tel qu’il ou elle est. Ce message traverse toutes les écritures. Il n’est pas une projection pour un au-delà, une vie après la mort car aimer son prochain comme soi-même vaut mieux que toute les offrandes et les sacrifices (Mc 12) et ce que vous avez fait à l’un de ces plus petits de mes frères, c’est à moi que vous l’avez fait (Mt 25).
Alors, oui, aujourd’hui, nous fêtons le Christ Roi mais ce n’est certainement pas un Christ vêtu d’une riche chasuble, couvert d’une mitre et arborant militairement une crosse et une croix qui défile sous l’encens et les musiques d’orgue. C’est le Christ d’une autre royauté, le Christ des béatitudes, de la multiplication des pains. C’est le Christ en croix parce qu’il a osé déranger les puissants.
 

Anne-Joëlle Philippart

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