Vous êtes ici

Et Dieu se manifesta !

Anne-Joëlle PHILIPPART
crèche de noël
@ CC0 Creative Commons


Dimanche 6 janvier 2019– Épiphanie du Seigneur – Is 60, 1-6 ; Ep 3, 2-3a ; Mt 2, 1-12

La première lecture, sous le nom d’Isaïe, est un hymne d’encouragement. Après l’exil et le retour à Jérusalem, le peuple ose rêver. Il ose chanter une paix mais selon une partition qui offre à ses auteurs gloire et pouvoir sur le monde, un peu comme la Babylone que les anciens exilés ont connue. De toutes les nations, ils viendront et de toutes les nations afflueront les richesses. Jérusalem y est au centre, apportant la lumière. Rien de bien original somme toute.
Jusqu’à aujourd’hui, l’histoire est parsemée de peuples qui se voulaient sauveurs du monde… Mais à quel prix ? Alors chimère des hommes ou volonté de Dieu ?
Voyons donc comment notre Dieu s’est manifesté au monde, il y a 2000 ans. Trompettes et tapis rouge, défilé et honneurs ? Que nenni. Dieu se manifeste dans la vulnérabilité d’un nouveau-né. Pour l’évangéliste Luc, la première annonce est même réservée aux bergers, humbles parmi les humbles et de surcroit mal considérés. Matthieu la réserve à des étrangers, des mages venus d’au-delà des mers. Le nouveau testament est ainsi, dès le début, ancré dans cette nouveauté où message et don de Dieu s’adressent, gratuitement, à toutes les femmes et les hommes. Comme le dit la lettre de Paul aux Éphésiens, toutes les nations sont associées au même héritage. Une même humanité, une même dignité, une égalité de toutes et de tous se dégagent déjà, préfigurant les droits humains proclamés il y a maintenant 70 ans à l’ONU au lendemain de la 2e guerre mondiale. Dans ce grand élan, les signataires osaient penser à un monde plus généreux, où régneraient un peu plus d’égalité et de solidarité. Plus jamais cela, pensaient-ils. Puissent-ils avoir raison à l’heure où se lèvent à nouveau les étendards de l’intolérance et du totalitarisme.
Et aujourd’hui, dans nos quotidiens, Dieu se manifeste-t-il encore ? Apparitions, anges et archanges, phénomènes magnifiques ou délicatesse du signe discret ? Vents violents, tremblement de terre, ou brise légère (1R 19) ? Et si Dieu se manifestait, avec simplicité, dans la beauté d’une réconciliation, d’une main tendue ou d’un sourire donné ? Et si Dieu se révélait chaque fois que nous faisons grandir un peu notre humanité ou l’Humanité en voyant en l’autre ce trésor intérieur qui le rend notre égal, digne d’intérêt, digne d’écoute, digne d’une coopération ? Osons aller plus loin… et si Dieu se manifestait aussi chaque fois que nous osons nous indigner et désobéir, chaque fois que nous utilisons cette faculté proprement humaine qui s’appelle l’intelligence, l’esprit critique, le sens du débat et la pensée libre ? N’est-ce pas être simplement disciple de Jésus que de dénoncer des modèles qui génèrent injustice et intolérance ? N’est-ce pas alors laisser Dieu se manifester doucement en nous, dans notre Humanité plus fragile qu’un nouveau-né dans une crèche ?


Anne-Joëlle Philippart

Rubrique du site: 
Les actualitésCommentaires des lectures dominicales
Ajouter un commentaire