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Et vous, que dites-vous de ce texte ?

Paule ZELLITCH
Crédit photo. http://www.twopedsinapod.org

Dimanche 8 juillet 2018 – 14e dimanche du temps – Ez 2, 2-5 ; 2Co 12, 7-10 ; Mc 6, 1-6

Un lecteur peu ou mal formé, un lecteur peut-être paresseux, boira du petit lait à la lecture du texte d’Ezéchiel : les vilains, les rebelles ce sont les autres, pas moi ! Moi, je reconnais la Seigneurie du Christ, donc je suis du bon côté et pour l’éternité.

L’agencement de tous ces textes en rajoute, assez finement. Narcisse est content ! Mais cette leçon passe-t-elle les arcanes du lecteur qui, après l’avènement des sciences dites « humaines » a perdu une certaine « innocence » face à certaines affirmations ? Nous allons donc ensemble malaxer un peu le texte de Paul, non pas pour parvenir à des réponses définitives, mais pour le simple plaisir de commencer à le questionner.

Paul, dans certains des autres textes qu’il nous adresse, montre de sérieux problèmes avec la chair, le corps ; il ne semble ne pas être parvenu à dépasser ses propres conflits et à allier aux prédicats du judaïsme ceux de la culture grecque. Et ce qui peut sembler singulier, c’est qu’il ne cherche pas non plus à masquer ces contradictions quand elles surgissent ; mais peut-être ne les voit-il pas, comme certains de ses contemporains ?

Dans l’extrait qui nous occupe, il « situe » sa faiblesse dans son propre corps et en même temps il l’externalise : elle ne vient pas de lui mais de Satan. Remarquons qu’il ne nous dit pas de quoi il s’agit. Donc, l’écharde, qui est dans son corps seulement, dans sa personne tout entière peut-être, lui viendrait d’un autre. Elle n’est pas lui, ni une partie de lui-même. Le lecteur se dit que Paul doit peut-être cohabiter, peut-être combattre avec l’intruse. En fait, non. Paul ne peut rien et, en quelque sorte, ne veut rien pouvoir. Un déni ? Un refus ? Mais de quoi ?

« C’est donc très volontiers que je mettrai plutôt ma fierté dans mes faiblesses, afin que la puissance du Christ fasse en moi sa demeure. » Alors vive la faiblesse ?  S’agirait-il, dans l’esprit de Paul, par une allusion très elliptique, d’une adaptation du concept d’élection à sa personne, faible, qui en devenant demeure de Dieu, jouerait pleinement son rôle d’apôtre ? Veut-il dire à son auditoire que la voie qu’il dessine est une manière de traverser les affres, multiples, des dissonances entre disciple et Christ ?

À la phrase suivante, un glissement qui va des blessures intérieures, de Satan, aux blessures infligées de l’extérieur : « C’est pourquoi j’accepte de grand cœur pour le Christ les faiblesses, les insultes, les contraintes, les persécutions et les situations angoissantes. » Que signifie, que recouvre cette acceptation ? S’il indique la force de son attachement au Christ, au passage, comme souvent, il enracine subtilement sa propre légitimité ; mais là n’est pas l’essentiel. Cherche-t-il à donner corps à une forme de théologie de la rétribution qui, dans un temps de répression et de danger, pourrait redonner courage à ceux qui souffrent ?

Reste qu’il opère une véritable opération de « lissage » : tout est au même niveau, écharde, insultes, etc. Que cherche-t-il à faire ? À gommer sa part de responsabilité dans la faiblesse qui est la sienne ? À poser de manière radicale la puissance du ressuscité ? Est-ce une manière de revisiter le sens profond de l’Alliance : radicalement inégale, mais dont le plus fort « s’ajuste », en quelque sorte, au plus faible par la Parole et par l’incarnation ?

Nous serions ensemble, les amis, en vis-à-vis, nous creuserions bien davantage ce texte et qui sait ce que nous y découvririons ! Mais rien ne nous empêche, là où nous sommes, de poursuivre l’exercice et de dire avec d’autres : et vous les amis, que dites-vous de ces versets ?
 

Paule Zellitch

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Commentaires
Pierre Avrillier

Cette « écharde » pourrait -elle l’homosexualité, qu’il ne peut réfréner malgré tous ses efforts?
Ce serait une façon de « porter sa croix » en supportant ce qui lui est insupportable, en mettant toute sa confiance dans celui qui l' appelle, et encore une preuve que le Christ n’a rien à faire de la « pureté » si chère aux juifs?

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