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Vous avez dit miracle ?

Sylvie TAMARELLE
© Fabio Alessandro Locati / Wikimedia Commons

Cela faisait trois fois qu’une petite information s’était glissée dans ma journée : alors que je faisais défiler mes e-mails, puis quand une fois dans ma voiture j’allumai la radio, enfin lors des informations télévisées du midi : l’Église catholique reconnaît un miracle à Lourdes.

Cela m’avait agacée comme un petit caillou dans la chaussure, pas assez inconfortable pour s arrêter et le retirer mais juste assez gênant pour maugréer : un miracle ! Comment cela peut-il parler à nos contemporains ?
L’Église, mon Église, n’a-t-elle trouvé que ce moyen vieillot pour parler du Christ aujourd’hui ? Mauvaise communication…

Qu’à l’époque de Jésus, les foules, non éduquées, soient en quête de miraculeux, cela peut se comprendre, mais aujourd’hui ! Est-ce qu’on chatouillerait encore le désir de magique qui sommeille en chacun de nous et ne demande qu’à se réveiller !
Élevée au biberon de Descartes, mon esprit rationnel résiste à ces images de miracle. J’oserai dire que le miracle est presque un obstacle pour ma foi. J’ai besoin de sens ! Et les coups de baguette magique ne me parlent pas ! Sans évoquer l’injustice : parmi tous ces pèlerins de Lourdes, pourquoi cette femme ?
Et puis je rentre le soir chez moi et mon époux, peu adepte de surnaturel, me lance, plutôt joyeux, tu devrais regarder sur KTO le reportage sur la sœur miraculée !
Et vive le replay !
Si vous cherchez du sensationnel, vous avez perdu. Le témoignage de guérison de cette petite sœur d’origine modeste entrée dans l’ordre des sœurs franciscaines est d’une grande simplicité. Celle qui affirme avoir voulu être religieuse pour « tout donner » est vite confrontée aux limites que lui impose la maladie. Mais elle se bat, elle persévère. Elle prie pour les autres, accompagne les souffrants, ne demande rien de spécial pour elle, elle vit avec les dons qu’elle a reçus et avec sa maladie. Lorsque la guérison intervient au retour d’un pèlerinage à Lourdes, elle ne se perd pas dans les « comment cela s’est-il fait ? » – elle n’en sait rien –, ni dans les « pourquoi ?». Elle dit juste : « C’est un mystère, je l’accueille comme cela et je remercie le Seigneur. »  

Si nous focalisons notre attention sur cette guérison inexpliquée et jugée miraculeuse, nous nous trompons de perspective. C’est la vie simple de cette femme qu’il nous est donné de voir. Cette vie humble et contrainte par la maladie a pu devenir féconde parce que tournée vers les autres et nourrie par sa vie de prière. Cette guérison n’est pas une fin en soi. Le miracle, c’est comme un coup de projecteur sur cette vie évangélique.

Et si nous lâchions la perspective limitée de nos selfies, ces images de nous-mêmes que nos smartphones nous renvoient, et si nous arrêtions de chercher la présence mystérieuse de Dieu dans l’extraordinaire ? C’est dans l’ordinaire de nos vies, lorsque nous les orientons vers les autres que l’inattendu peut venir.
Le miracle surgit quand nos vies prennent l’ampleur de l’ouverture, et pour cela c’est le terrain du quotidien, dans sa simplicité, qui s’offre à nous.

Mais alors, le miracle pourrait ne plus être extraordinaire ?
 

Sylvie Tamarelle – Le 16 février 2018

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