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Vers un christianisme a-religieux

Bernard PAILLOT
Dominique Lebrun
CC BY-SA 4.0

Quand la fraternité transcende les religions

Je souhaite revenir sur l'assassinat du Père Jacques Hamel ou, plus précisément, sur les allocutions prononcées lors de ses obsèques et lors de la récente commémoration de cet évènement.

J'observe une (quasi) unanimité pour saluer les propos de Mgr Lebrun, ce qui est normal de la part des chrétiens car il exprime de façon simple et paisible le message d'amour et de pardon qui est au fondement de notre foi. Mais cette réception dépasse le cercle des fidèles chrétiens. Surtout, je pense que ce serait une erreur de le séparer des prises de parole du chef de l'état ou de l'ancien premier ministre ainsi que des maires successifs (communistes) de Saint Étienne du Rouvray. En effet, leurs propos étaient en harmonie, au diapason, en communion sur l'essentiel. Cela mérite que l'on s'y arrête, non seulement parce qu'il s'agit de l'expression forte de la volonté et de la possibilité de vivre ensemble dans la paix, mais surtout pour s'interroger sur la source de ce consensus.

Si l'on regarde vers le passé, on peut y voir une conséquence directe de l'interdit universel de l'homicide qui est au fondement de la vie en société. On peut aussi évoquer nos racines monothéistes, en France surtout chrétiennes, même si certains voudraient les ignorer.

Mais si l'on se place au présent, on peut voir dans les devises républicaines une expression des principes chrétiens. Et si la parole de Mgr Lebrun et de nos élus convergent et se font écho, c'est parce qu'ils se sont référés à ce qui nous fait vivre ensemble, libres, égaux en droit, fraternels et solidaires, dans un langage simple, compréhensible par tous. N'est-ce pas le but de toute expression, orale ou écrite, que d'être comprise ? Nos politiques y sont davantage habitués, leur langage devant être bien reçu par ceux qui les élisent. Par contre, le clergé qui n'est pas élu, est souvent enfermé dans un langage religieux d'autant plus hermétique qu'il n'est qu'une traduction plus ou moins difficile des langues « mortes » dans un vocabulaire souvent suranné et d'expression dogmatiques qui ne sortent pas de leur contexte culturel historique. Ce langage se veut fidèle et juste. Incompréhensible par tous, il n'est pas entendu. Il est heureux que devant cet évènement dramatique suscitant un élan d'unité, l'archevêque de Rouen, les élus locaux et les représentants de l'état aient employé un langage qui parlait au cœur de tous 

Et, si l'on se tourne vers l'avenir, peut-être est-il possible, sans « récupération » aucune, d'y voir l'expression – déjà là mais encore à venir – d'un christianisme a-religieux que visait le pasteur Dietrich Bonhoeffer. Un message simple et clair d'amour fraternel référé à la transcendance qui nous habite, épuré des constructions historiques religieuses ou idéologiques. À ceux qui ne comprendraient pas cette interprétation possible ou n'y verraient qu'amalgame, relativisme ou angélisme, rappelons que Jésus utilisaient bien davantage le vocabulaire et les images de la vie quotidienne (domestique, agraire ou professionnelle) que le vocabulaire religieux.

Suivant la pédagogie du Christ, nous sommes invités à une conversion qui refuserait toute exclusion liée à l'appartenance à telle ou telle culture, religion ou confession et s'exprimerait dans un langage a-religieux, qui a fait l'unité de la réception des allocutions prononcées à propos du meurtre du Père Jacques Hamel.
 

Bernard Paillot

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