Vous êtes ici

Les tentations de Dieu

THÉOPHILE

 

9 mars 2014 : 1erDimanche de Carême

Pièce en un acte et trois tableaux. Décors : un lieu désert, l’esplanade du Temple à Jérusalem, et une « très haute » montagne quelque part en Judée. En scène, Jésus seul. Et en lui-même, la voix de l’adversaire (qui se traduit en hébreusatan ; en grecdiabolos, le diviseur). S’engage alors un débat d’une effroyable banalité : le désir de biens matériels, le goût du pouvoir, le culte de l’ego. La toute-puissance, quoi  ? Qui ne connaît  ?

Jésus est mis à la question. Non pas : – Qui es-tu  ? Ni : – Que dis-tu de toi-même  ? Ni même : – Que viens-tu faire par ici ? Mais la question que personne ne songe à vous poser à l’heure des présentations : – Qui est ton Dieu  ?

Et si Jésus avait répondu en récitant son catéchisme : Dieu est Providence, Toute-Puissance, Créateur de toutes choses, etc., etc., etc.  ? Il aurait alors reçu un diplôme et licence d’enseigner. Mais, sur ces abstractions, il a gardé le silence. Il ne dit rien, ou presque rien. Vérifiez : il a si peu parlé de « Dieu »  ! Mais il parle des hommes, des femmes et des enfants, de l’humanité qu’il croise en chemin et dans les villes, des malades et des humiliés en particulier, mais sans exclusive. Et pour ajouter, inlassablement :« Ce que vous ferez au plus petit d’entre ceux-ci qui sont les miens, c’est à moi est à moi que vous le ferez » (Mt. 25 :40).

Et l’homme, s’il va parfois le chercher jusque dans l’officine des impôts ou à la table bien garnie d’un notable, c’est dans la pauvreté de son cœur, dans la fragilité de son existence, dans l’illusion qu’il se fait de lui-même qu’il le rencontre et l’appelle à se dégager des habitudes, des certitudes, de toutes les ornières de l’esprit et du corps, pour se risquer librement dans une vie plus authentique : « Viens, suis moi  ! »

Figer Dieu dans la toute-puissance« dans ses anges et dans ses saints », n’est-ce pas le condamner à prendre de divines postures  ? Avec trône, nuages et bagages  ! Et la première de toutes ces postures sera, évidemment, celle du juge. Or tous les propos de Jésus s’évertuent à nous faire découvrir Dieu comme un Père ; c’est ainsi que Jésus s’adresse à lui, dans une relation de confiance très personnelle. La notion trop abstraite de « Dieu » est laissée au magasin des concepts. Et ce Père n’aime pas du tout que ses fils succombent aux tentations.

À qui cherche Dieu, Jésus propose de regarder l’homme, en qui se cache toujours à l’intime quelque chose de son image. Certes, l’homme a besoin de pain pour vivre – ô combien  ! – et de liberté dans ses actes et ses pensées. Mais il sait aussi que les nourritures terrestres ne peuvent jamais combler son appétit absolu de vie et que tout pouvoir, s’il n’est service à la communauté, n’est qu’un piédestal éphémère. Ne pas rencontrer les hommes dans leur humble vérité, c’est ne pas trouver Dieu. Et se tromper sur Dieu, c’est sur tromper sur l’homme.

La question de ce dimanche : « – Qui est ton Dieu  ? » n’a rien de conceptuelle. Au seuil de son ministère, Jésus écarte résolument le portrait-robot et nous invite, en nous appuyant sur les récits bibliques, à « l’invention » de Dieu. Autant dire à sa découverte.

Théophile

Rubrique du site: 
Commentaires des lectures dominicales
Ajouter un commentaire