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Le talent des femmes (cf. parabole des talents, Mt 25, 14-30).

Xavier CHARPE
Pixabay - Creative Commons CC0

C’est souvent le cœur de son message que Jésus nous transmet par les paraboles. À la fois une lumière sur qui est Dieu et sur ce que doit être notre vie de foi. Plus encore que d’autres, cette parabole peut apporter une grande lumière dans nos vies.

Cette parabole heurte souvent les chrétiens en raison de sa finale sur le jugement qui peut paraître effroyablement dur. Je pense au contraire qu’elle nous parle de la bonté de Dieu à l’endroit de chacun d’entre nous, du moins si nous la lisons bien.

L’homme qui part en voyage confie à ses serviteurs des talents qui relèvent de « son bien ». Comme le maitre de la Vigne qui entend rémunérer tous les ouvriers de la même manière, même ceux qui ne sont venus travailler qu’à la onzième heure : « Ne suis-je pas libre de donner de mon bien, à chacun comme il me plait ? », « il confia » des talents aux trois.

La clé pour bien comprendre notre parabole, c’est de partir de Dieu qui nous donne des talents ; ce don est totalement gratuit. L’apôtre Paul exprimera la même réalité en parlant des « dons de grâces », « les charismes » qui par définition sont dons gratuits, totalement gratuits ; nous devons donc les accueillir dans la reconnaissance et la gratitude. La vie chrétienne commence quand on sait que l’on a tout reçu : « Qu’as-tu que tu n’aies reçu ; et si tu l’as reçu, pourquoi te glorifier come si tu ne l’avais pas reçu ? »

On ne peut pas donner, si on n’a pas commencé par accepter de recevoir. C’est d’accueillir les dons dans la gratitude qui permet de pouvoir donner. Autrement dit : si nous avons beaucoup reçu, il faut redonner au moins un peu de ce que nous avons reçu. Mais nous serons toujours en situation de débiteur. Rendre au moins un peu : « Tu as été fidèle en peu de choses, entre dans la joie de ton  maitre ». Dieu sait bien de quelle pâte nous sommes faits, avec toutes nos limites et imperfections ; nous ne serons jamais à la hauteur de ce qui est requis de nous. Mais « un peu » ce n’est pas rien ; j’aurais envie de dire « c’est déjà beaucoup » ; en tout cas suffisamment pour être sous la miséricorde et le pardon de Dieu. Mais je sais que ce « un peu », je le dois à la grâce de Dieu. Débiteur jusqu’au bout. Je sais aussi que les talents confiés sont inégaux : à l’un un seul ; à l’autre cinq. Mais peu importe. Avec Dieu aucun talent n’est petit car ils nous viennent de la main de Dieu.

Pourquoi est-ce si grave d’aller enterrer notre talent ? Pourquoi attirons-nous sur nous la condamnation ? À mon sens pour deux raisons. La première, parce que nous refusons de recevoir notre talent comme un don gracieux que nous vient Dieu. C’est le refus d’être débiteur ; c’est le refus de nous tenir sous la miséricorde de Dieu. C’est regarder Dieu comme un maitre dur et méchant, alors que Dieu est bon. La seconde raison est d’une nature semblable, comme le sont les deux commandements qui se tiennent par la main. Enterrer notre talent, c’est le refus de servir nos frères ; c’est tenir ceux-ci comme des étrangers, voire comme des ennemis. Le mépris des frères. Le refus de partager les dons de la vie avec eux ; l’ignorance des frères : comment voulez-vous que cela puisse être pardonné ?

Puisque nous parlons des talents, permettez-moi d’en venir aux talents des femmes. Je crois que de manière générale les femmes nous sont supérieures. […] Parce qu’elles savent ce que c’est qu’accueillir et être disponibles, ne serait-ce qu’à cause de l’enfant qu’elles portent, les femmes savent souvent mieux donner que nous. Je ne généralise pas ; je dis dans l’ensemble ; elles sont capables d’accueillir, d’être à l’écoute et souvent de porter autrui, pas seulement au moment de leur grossesse. Et cela, c’est l’Évangile et la parabole des talents.

Je suis tout autant impressionné par « la force des femmes » ; la vertu de force dont nous parle Thomas d’Aquin. Quelle capacité de tenir le choc et de résister face aux difficultés ; quand leur « mec » les plaquent et se tirent pour une jeunette ; quand il faut faire face seule avec les enfants. Que de « mères courage », quelle capacité d’encaisse ! Je crois que très souvent les femmes sont plus fortes que nous. Là encore il s’agit de l’Évangile et de la parabole des talents.

Ce n’est pas tout : l’expérience de la maternité leur donne parfois une véritable approche de ce qu’est la transcendance ; pas facile à expliquer. Cet enfant qu’elles portent en elles et qui progressivement grandit, il leur est à la fois intime (il est en elles et il est de leur chair), mais en même temps il est « autre ». Cela me semble renvoyer à ce qu’est en vérité la transcendance de Dieu  et son action dans nos vies : à la fois totalement autre (nous échappant) et dans le même temps au plus intime de nous. […]

Vous devinez ma sévérité devant certains de nos responsables ecclésiastiques. Cela ne date pas d’aujourd’hui. Que de textes effroyables ont circulé dans notre Église, que de propos machistes ! Voilà que nos dirigeants ecclésiastiques déclarent que ces femmes qui appliquent souvent si bien la parabole des talents, qui les ont mis en valeur, il faut les tenir à l’écart des ministères. Leur interdire de prêcher, alors qu’elles ont parfois plus de théologie que certains de nos évêques et tout autant de sens chrétien ; leur interdire de présider et d’animer une communauté. Si c’est le Christ glorifié qui préside nos Eucharisties et nos Saintes Cènes, en quoi des femmes de foi empêcheraient-elle le Christ de les présider ? Ne peuvent-elles pas entendre leurs frères et leurs sœurs en confession, elles qui si souvent savent écouter, encourager, porter les autres ? Quelle inculture, quelle inintelligence, quel mépris du réel ! Comment ne savent-ils pas que ce faisant ils véhiculent et introduisent dans l’Église de Jésus-Christ tous les archétypes effroyables de l’inégalité, tels qu’ils ont circulé durant des millénaires dans les religions païennes de type indo-européen ? Christ est mort pour nous délivrer de ces religions-là, et voilà qu’ils nous les réintroduisent en douce, pour ne pas dire en force. Ce ne sont pas les femmes qui enterrent leurs talents ; ce sont nos dirigeants qui enterrent les talents des femmes ! […]
 

Xavier Charpe – Samedi 18 novembre 2017.

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Commentaires
Léa

Encore un bel exemple de louange des femmes bien sexiste. Les femmes ont une capacité particulière, celle d'être enceinte. Toutes pour autant, ne le seront pas.
Leurs talents sont... leurs talents. Les mêmes potentiellement que les hommes, et réellement ceux qui leur sont propres en tant qu'individus.
Non les femmes ne sont pas supérieures aux hommes, non il n'y a pas de "talents de femmes", pas plus qu'il n'y a de "talents d'hommes".
Les femmes qui tiennent le coup quand le mari s'en va et qu'il faut gérer les enfants, elles ont de la force parce qu'elles n'ont pas le choix. Les hommes qui se trouvent dans la même situation ont aussi cette force et n'ont pas le choix. Ca arrive moins souvent alors on n'a pas la possibilité de le voir.
Dénoncer le machisme dans l'Eglise en usant d'un argument d'un sexisme absolu, ça n'est pas rendre service aux femmes. Oui les dirigeants enterrent les talents des femmes, en se privant des talents de chacune d'elles en tant que personnes.

LucilleD

Puisqu'il est question de talents féminins et/ou masculins je voudrais souligner ici un exercice de machisme institutionnel très réussi de notre Eglise. Je veux parler du MOOC des catéchistes actuellement diffusé par le diocèse de Paris. Il ne s'est pas trouvé une seule théologienne pour contrebalancer la parole des clercs ? Par contre pour ce qui de poser les questions ou de parler de pédagogie, là on a laissé ça aux femmes. On a même pris soin de montrer dans les premières vidéos autant de catéchistes hommes que femmes, alors qu'on sait bien que la réalité est toute autre. Consternant.

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