Vous êtes ici

Si le sermon est un peu alambiqué…

Anne SOUPA
© CC0 Domaine public


Si le sermon vous ennuie, ou si vous ne voyez pas bien où le prédicateur veut en venir, amusez-vous à le décrypter. Tentez de comprendre les présupposés qui se cachent derrière un discours d’autant plus alambiqué qu’il dissimule ses intentions. Ces derniers jours, beaucoup d’entre nous, à l’occasion de Noël, ont entendu un sermon. Mais de quelle sorte ? Derrière le choix des mots, des images, des questions, se révèlent des choix théologiques qui méritent d’être décryptés car ils induisent une manière d’être au monde et à Dieu. Et le sermon de Noël est une excellente occasion pour comprendre avec quels soubassements le prédicateur organise son propos. Fête de l’incarnation, fête de la joie que l’humanité soit digne de Dieu, Noël appelle à s’émerveiller de la venue de Dieu parmi nous, à en rendre grâce dans une allégresse jubilatoire. Gare donc aux sermons qui ne danseraient pas de joie ! Gare aux sermons qui ne regarderaient pas avec une bienveillance enthousiaste, proche de l’ivresse, cette humanité digne d’accueillir son roi. Qui ne raconterait les mille gestes de bonté, de fraternité, de solidarité qui se vivent ici ou là et qui « auraient pu ne pas être ».

Hélas, cette sorte d’évidence n’est pas celle de tout le monde. Pour ma part, j’ai eu droit à une introduction en forme de question ; le prédicateur a demandé tout de go à ses paroissiens : « Voulez-vous changer ? » Mais pourquoi me demander de changer en ce jour où Dieu cautionne qui je suis, malgré toutes mes fragilités ? Au moins en cette nuit de visite divine, ne suis-je pas bien « telle que je suis » ? Las, c’est compter sans ce besoin impérieux de certains prédicateurs de faire la morale, de culpabiliser leur auditoire. Pourquoi vouloir abaisser son interlocuteur sinon pour prendre un ascendant sur lui ? On connaît bien la « pastorale de la peur » débusquée par l’historien Jean Delumeau. Au Moyen Age, la peur était celle de l’enfer qui devait remettre les fidèles égarés dans le droit chemin de l’obéissance. Aujourd’hui, rares sont ceux qui craignent les flammes de l’enfer. Mais trop nombreux encore sont ceux qui, confusément, se croient coupables et se laissent convaincre qu’ils sont mauvais, qu’ils font tout de travers, qu’il leur faut absolument « changer ».

Après avoir enfoncé l’aiguillon de la culpabilité, les mêmes sermonneurs vous servent le plat de l’« obéissance » et de la « volonté du Père ». Répétés en boucle si besoin. Jusqu’à souligner des traits insolites. Un exemple, dans ce même sermon de Noël : les bandelettes de l’enfant emmailloté dans son berceau sont le signe que Jésus sera toute sa vie « ligoté » à la volonté de son Père... Mais est-ce une vie accomplie, est-ce la splendide « liberté des enfants de Dieu » dont parle saint Paul, que d’être « ligoté » sa vie durant ? Une vie d’esclave, fût-ce dans des fers divins, est-elle conforme à la « volonté du Père » qui, au jour de sa création, a donné au couple tous les arbres du jardin, sauf un ? Et est-ce conforme à la parole de Jésus qui, au seuil de sa Passion, déclare : « Ma vie, nul ne me la prend, mais je la donne de moi-même » ?

Voici deux inflexions fréquentes qu’il est bon de garder dans un coin de tête. Attention aux chagrins qui commencent par vous démolir. Le péché, oui, il est réel, mais ceux qui le majorent au point d’en faire un système se révèlent souvent soit des esprits accablés par un problème personnel, soit des manipulateurs. Et attention à la « volonté du Père », ce joker que l’on met à toutes les sauces quand cela peut vous être utile. Oui, Jésus s’en est remis à la volonté du Père. Mais c’est toute sa vie, de bonté, de souci des faibles, des exclus, qui est cette « volonté ». Le « prix à payer », la Croix, n’est pas perversité du Père qui enverrait son Fils à la mort par sadisme, mais conséquence inévitable de l’œuvre de bonté de Jésus. C’est en cela que Jésus a accompli la volonté du Dieu Créateur du chapitre 1 de la Genèse qui « fait toutes choses bonnes » et s’attriste de voir son humanité défigurée par la maladie, la méchanceté et les appétits de pouvoir des êtres humains. La volonté du Père n’est pas un super pouvoir. Elle est libération des oppressions de toutes sortes, jusqu’à celle, si insidieuse, du cléricalisme que le pape François débusque avec d’autant plus d’insistance qu’il s’avance masqué.

En conséquence, méfions-nous des alambics qui agacent nos estomacs et ne savent pas donner cette sainte ivresse de l’amour indéfectible de Dieu.
 

Anne Soupa

Rubrique du site: 
Les actualités
Commentaires
Marie-Françoise

Merci, Anne, de ce mot d'humeur !…
Pour ma part, c'est surtout à l'occasion de la fête de la Saint Famille que je tends le dos !…
Cette année, dimanche dernier, ce fut le pompon !
D'entrée de jeu, c'est-à-dire après le chant d'entrée, le prêtre (de passage dans la paroisse) nous a assénés trois clichés :
1 - La fête de la Ste Famille est la fête du couple chrétien !…
2 - Avec comme premier corollaire : il est interdit à des catholiques d'épouser des non-catholiques !…
3 - Dans le récit de la création, il est dit que la femme a été créée pour être l'aide de l'homme !…
Je dois avouer que c'en était trop pour moi !
J'ai quitté discrètement l'église et suis rentrée chez moi !…
Renseignement pris, j'ai loupé une information de taille, donnée par ce prêtre à propos des mariages catholiques : "sauf dispense !…"
Combien de temps devrons-nous supporter ces abus de pouvoir cléricaux dans la liturgie ?…

Dominique DEGOUL

"Combien de temps devrons nous supporter", demandez vous ?
C'est une très bonne question.
Il se trouve que je suis de l'autre côté de la barrière. Prêtre depuis 3 ans.

On raconte qu'un jour, il y a très très longtemps, quand il y avait encore des messes obligatoires dans les collèges catholiques, un jeune collégien de douze ans se moqua avec verve et talent de la nullité du prédicateur du jour, pour la plus grande joie de ses camarades. Un surveillant lui dit seulement : "votre moquerie est aisée, et sans doute justifiée. Mais songez qu'il est difficile de parler de Dieu". Le jeune homme retint la leçon, il s'appelait Henri de Lubac.

Quant à moi, j'ai une infinie reconnaissance envers deux types d'ouailles, et une rancœur difficile à éteindre envers un troisième.
J'ai une infinie reconnaissance envers les auditeurs qui, à la fin d'une homélie, viennent me voir pour me remercier. Ca m'encourage, et ça me fait dire que j'ai bien fait de travailler, ou d'oser dire ce que j'ai dit. J'ai aussi une infinie reconnaissance envers ceux, beaucoup plus rares parce que cela demande un vrai courage, qui viennent me dire "quand vous avez dit ça ça m'a posé un problème". Parce que ça me permet de m'expliquer, d'aller au bout du malentendu, si c'en est un, ou de cadrer les terme du désaccord, s'il demeure.
Et j'éprouve une rancoeur inextinguible envers ceux qui, m'ayant entendu, s'enfuient sans rien dire. Parce qu'une homélie n'est pas un produit de consommation.
Parce que, pour que je puisse exercer le ministère que l'Eglise m'a confié sur une communauté donnée, il ne faut pas que la communauté se dissolve au gré de ce qui en moi lui plait ou non. Elle est composée de gens que je n'ai pas choisis, que je n'ai pas le droit d'exclure même quand ils ne me plaisent pas, mais que je dois aimer comme telle.
Ceux qui partent sans rien me dire, je ne sais pas si c'est à cause de ce que j'ai dit, pas dit, de ma coiffure, de mon costume... et ça m'afflige profondément, quand ça ne me plonge pas dans une colère impuissante. Ceux qui fuient ne me donnent même pas l'occasion de m'expliquer.
Jusqu'à quand ? Tant que votre curé n'aura pas entendu ... mais, au fait, avez vous pris le temps, autour d'un café, de le lui dire ? "Si ton frère a commis une faute, prends le seul à seul..."

anne soupa.

@Dominique D. Vous appartenez à une catégorie éminente de personnes qui souhaitent dialoguer et regrettent de ne pas pouvoir tjs le faire. Merci de nous montrer que des personnes comme vs existent ! Quand j’ai porté plainte contre les propos de Mgr Vingt-Trois sur les femmes, modèle d’humiliation s’il en est, 3 semaines après qu’il les ait proférés sur une radio chrétienne, plus de 300 lettres étaient en souffrance de réponse. Et croyez-vous que Mgr Vingt-Trois ait appliqué le verset de Matthieu que vs citez ? J’ai eu une autre expérience de dialogue impossible : au cours d’une messe, j’ai dû communier au calice, tenu par une personne, au pied de l’autel, qui l’inclinait vers le fidèle tandis qu’il buvait. Ceci contrariait, sans motivation clairement expliquée aux fidèles, l’habitude qui s’était prise pendant les années sida, de tremper l’hostie dans la coupe. J’ai tt de suite trouvé que cette démarche était une démarche à la fois « chosifiante » de l’eucharistie et méfiante envers les fidèles, assistés comme des enfants. Á la fin de la messe, je suis allée voir le célébrant et lui ai demandé le pourquoi de la chose. J’ai eu comme réponse que le Sang du Christ pouvait tomber au sol et qu’il fallait prévenir de tels risques, et que de tte façon, c’était une instruction de Benoit XVI. Comme je voulais aller plus loin dans l’échange, le célébrant m’a tourné le dos et s’est mis à parler à qqn d’autre. L’inutilité de cette démarche m’a sauté à la figure… Vous offrez une autre approche, tant mieux et merci, je ne l’oublierai pas.
Mais le fond du problème reste entier : 1° Ne peut-on dire "aussi" "du bien" des gens ? et 2° Ne peut-on reconnaître que la logique du pouvoir (qui sous tend l’exaltation d'une volonté du Père que l'on n'explique que par un mot : "obéir"), n’est pas celle de l’Évangile, mais du cléricalisme poussé jusqu'au contre témoignage, alors que les clercs sont les comptables de l’Évangile et non de leur propre pouvoir ?

Condillac

Votre commentaire a le mérite de la franchise et la marque d'un soucis pastoral évident, mais la division que vous opérez dans vote public entre ceux qui vous approuvent ou vous critiquent en vous le disant et les autres qui désapprouvent (ou approuvent) en partant sans rien vous dire me paraît quand même fortement exagérée. Vous utilisez plusieurs fois le terme rancœur (ressentiment d'après le dictionnaire) voire une rancœur inextinguible (donc une rancoeur qui ne s'efface pas, éternelle) ... Bigre, à ce compte-là et pour ma part j'ai dû être la cause de beaucoup de sentiments similaires de la part des nombreux orateurs que j'ai pu écouter (mea culpa, mais je n'irais pas jusqu'à dire mea maxima culpa). Mais en matière de communication, c'est plutôt à l'émetteur à se mettre en cause, jusqu'à ce que le récepteur lui renvoi un avis positif. J'ai peur que parmi les membres du clergé, peu soient enclins à une telle remise en cause.

DominiqueBargiarelli

Madame Soupa ce que je peux vous dire c'est qu'il est clairement établi que vous, vous ne changez pas,aucun doute possible et le Christ bien entendu n'est pas venu pour nous inviter au changement comment peut-on avoir des idées pareilles!!! Quant à sa venue parmi nous,quoi de plus normal:il est venu parce que nous en étions dignes quoi de plus évident
"Changez vos coeurs , croyez à la Bonne Nouvelle" voilà sans doute un cantique que vous avez définitivement banni je suppose.
Enfin, grâce à vous,et je vous en remercie, je découvre que ce pauvre Paul quant à lui ,ben il n'avait strictement rien compris et on se demande où il est allé chercher que le Christ s'était fait obéissant jusqu'à la mort et la mort sur une croix"malade le mec assurément

Condillac

Drôle de commentaire Monsieur Bargiarelli !
Vous pouvez-être d'accord ou non avec le billet de Madame Soupa, vous pouvez contester son argumentation, exprimer votre conception de ce que devrait être et contenir un bon sermon selon vous, cela serait certainement constructif de confronter des points de vue différents, las vous vous contentez d'un jugement "ad hominem", gratuit et sans preuves. Vous appartenez à la classe des personnes qui se croient justifiées par la force des jugements qu'elles assènent. Oui nous sommes beaucoup à penser que derrière nombre de sermons se cachent souvent des préoccupations qui n'ont pas grand chose à voir avec une bonne pédagogie pastorale ou font souvent montre d'une certaine méconnaissance de l'attente des participants. On ne demande pas au prêtre d'être un grand orateur (si c'est le cas tant-mieux) mais au moins de ne pas plaquer sur une parole nourrissante des considérations personnelles souvent hors de propos dont les grandes fêtes et les grandes célébrations de la vie sacramentelle sont l'occasion.
Tenez ! par exemple j'ai assisté récemment à deux mariages : même public, même type de familles, assistance nombreuse dans les deux cas : dans le premier, sermon fait par un jeune prêtre, sûr de son propos, mais dont visiblement le texte n'était qu'une suite de phrases toutes faites (copier/coller) parlant de devoirs, d'engagement de volonté du Père etc...aucune parole pour les deux jeunes qui s'engageaient, si ce n'est l'invitation à suivre la "Loi" : dans l'autre une adresse à deux personnes commentant les textes qu'elles mêmes avaient choisis : placées au coeur de la fête, soulignant la force de leur engagement, la joie de leurs amis, leurs devoirs d'époux vis-à-vis de leur famille, de la société, mais aussi les difficultés qui se présenteront peut-être (certainement) un jour ou l'autre, mais sous le regard bienveillant de Dieu.
Ces deux sermons laissaient bien entrevoir l'intention de chacun des célébrants, dans les deux cas leur portée auprès des participants à la fête n'a certainement pas été la même et l'image que chacun d'eux a donné de sa théologie bien différente. Bien sûr un sermon ne peut résumer une théologie et une personnalité, mais que d'occasions manquées. Quelle image de l'Eglise garderont les jeunes nombreux et souvent en marge : une institution vermoulue qui radote et qui tient le rôle de figurant ou celle d'une communauté, vivant de la parole du Christ ?

Martin

De toute évidence vous non plus DB vous ne changez pas...

anne soupa.

Dominique Bargiarelli, obéir au Père, c'est "ob audire", mettre son oreille dessous, pour bien entendre et mettre en pratique; ce n'est pas être ligoté, sans même ses bras pour agir!

anne soupa.

Dominique Bargiarelli, obéir au Père, c'est "ob audire", mettre son oreille dessous, pour bien entendre et mettre en pratique; ce n'est pas être ligoté, sans même ses bras pour agir!

Lise-Marie

Merci Anne de cette libération de paroles qui permet d'imaginer qu'on puisse recevoir une prédication avec son sens critique (positif ou négatif) et éventuellement la prolonger ou non.
Qu'on puisse aussi envisager d'échanger sur ce sujet.

Merci aussi à Dominique Degoul de ses confidences ; qu'il éteigne sa rancœur : échanger est difficile et une première réaction n'est pas aisée ni à décrypter pour celui ou celle qui réagit ni à partager, ni à discuter...
La "fuite" est souvent une immense lassitude.

Dernièrement (septembre 2017), une très vieille gentille dame, en fin de vie, osait demander dans un souffle "Est-ce que Dieu punit? " J'y ai décelé nombre d'homélies mal entendues, mal comprises ou carrément pernicieuses ; Ou est-donc notre Seigneur Dieu tout Amour, patience et compassion - Ces mots ont-ils un sens?
Oui beaucoup de lassitude d'une hiérarchie maladroite ...

Visiteur

Je suis de plus en plus peiné de constater le fossé de plus profond entre différents catholiques.
Je me sens mieux en communion de pensée avec certains protestants e( musulmans.
J'approuve totalement Anne Soupa.
Unité n'est pas uniformité .
Quand aurons nous une Eglise fédérale se contentant d'aider les croyants là où ils en sont plutôt que de leur dicter leur façon de croire?

Ajouter un commentaire