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Révélation et religion

Bernard PAILLOT
Karl Barth
© CC BY-NC-SA 3.0 - https://horizontesafins.wordpress.com/

Selon Karl Barth (1886-1968), théologien protestant.

La révélation de Dieu peut s'exercer suivant divers modes aux moyens desquels il se manifeste à l'homme et lui communique la connaissance de vérités partiellement ou totalement inaccessibles à la raison.
Une religion est l’ensemble des croyances relatives à un ordre surnaturel, des règles de vie et des rites, propres à une communauté ainsi déterminée et constituant une institution sociale plus ou moins fortement organisée.
L’origine humaine des religions est unanime. De tous temps et en tous lieux, face aux forces obscures, bénéfiques ou maléfiques, l’homme a supposé l’existence d’une toute-puissance mystérieuse qu’il lui fallait amadouer et à laquelle il devait plaire. Ces croyances avec leurs cultes et leurs rites forment les religions. Elles attribuent à Dieu (ou aux dieux) la tâche de combler nos ignorances. Par l’observance de règles et avec l’aide d’un médiateur (prêtre, sorcier, etc.), elles cherchent à attirer ses bonnes grâces. Le christianisme ne fait pas exception.
Pour les chrétiens, ce n'est pas l'homme qui découvre Dieu mais Dieu qui se révèle dans les Écritures et son incarnation en Jésus, ses paroles et ses actes. Pour Barth, la révélation nous apprend que les tentatives humaines de connaître Dieu sont rigoureusement vaines de même que nos entreprises de justification et de sanctification car la révélation est aussi l’acte de grâce par lequel Dieu réconcilie l’homme avec lui. Selon lui, nous devons reconnaître qu'en dehors du christianisme, il est des domaines où se trouvent des expériences, des états semblables à ceux que présente le christianisme et que nous ne pouvons ignorer si nous voulons honorer la révélation.
La religion, même fondée sur les vérités révélées, est un édifice humain avec le risque de prétendre prévenir et prévoir le dessein de Dieu et de présenter une image de Dieu davantage issue de l'autonomie et de l'arbitraire humains que de la révélation.
La réception de la révélation peut être incomplète. Rappelons-nous par exemple, après la deuxième multiplication des pains, l'inquiétude des disciples qui se sont embarqués sans provisions. Jésus les invective : « Avez-vous donc l'esprit bouché ? ne comprenez-vous pas encore ? » (Mc 8, 14-21) Et aux disciples d'Emmaüs, Jésus dit : « Esprits sans intelligence ! Comme votre cœur est lent à croire tout ce que les prophètes ont dit. » (Lc 24, 25)
La transmission risque de ne pas améliorer les choses – chacun connaît le jeu du « téléphone arabe » – sauf si l'homme se laisse guider par l'Esprit vers la vérité tout entière. (Jn 16,13)
C'est pourquoi Barth estime que la vraie religion est, comme la justification de l’homme, une œuvre de la grâce et il existe une vraie religion comme il existe des pécheurs justifiés. À condition de tenir cette analogie on peut affirmer que la religion chrétienne est la vraie religion. De même que l'homme est simul justus et peccator, la religion, même la vraie, est semper reformanda. Et l’Église est le lieu de la vraie religion uniquement dans la mesure où, par grâce, elle vit de la grâce.
Comme la construction de la tour de Babel, les religions peuvent être des tentatives de « pénétrer les cieux », prétention humaine à atteindre et connaître Dieu par ses propres moyens. Vains efforts car c'est Dieu qui a l’initiative de sa révélation ! Prétentieux efforts qui peuvent aussi mener à l'idolâtrie. Tandis que YHWH parlait à Moïse au Sinaï, « le peuple s’assembla auprès d’Aaron et lui dit : “Allons, faisons-nous un Dieuˮ », et ils adorèrent... un veau d’or ! (Ex 32)
Toute religion est un effet des besoins humains mais, dans notre monde actuel, beaucoup semblent vivre très bien sans religion. Cependant, si beaucoup veulent ignorer les religions classiques, nombreux sont ceux qui en inventent d'autres, parfois très contraignantes. Quid de nouveaux rites alimentaires scientifiquement infondés, des méthodes supposées conduire à l'épanouissement personnel et de la soumission aux techniques nouvelles toujours supposées apporter un mieux ?
Sans relativiser les religions, on peut considérer que l’inscription du Verbe de Dieu dans l’histoire de l’humanité rend possible qu'il y ait dans des religions non chrétiennes une part de la révélation et une voie de salut par le Christ d’une façon que lui seul connait. C'est une ouverture pour le dialogue inter-religieux et pour une théologie chrétienne du pluralisme des religions. Le concile Vatican II va dans ce sens en affirmant que l’Église catholique ne rejette rien de ce qui est vrai et saint dans ces religions. Il affirme la possibilité du salut pour tous, particulièrement de ceux qui ignorant l'Évangile du Christ et son Église, vivent selon leur conscience animée par la grâce.
Pour les protestants, tout est uniquement grâce. Pour les catholiques, si la grâce est première, la relation à Dieu est soumise à la libre réponse de l'homme.
Pour la Réformation, la fidélité à la révélation implique la nécessité d’une réforme continue de la religion, voire une révision de la hiérarchie des vérités. Pour tous les chrétiens, c'est une invitation à la réforme personnelle, la justification par la foi agissant par la charité et non par des rites de piété.
Enfin, si le christianisme, y compris dans sa forme catholique, porte plus ou moins fidèlement la révélation, il n'en est pas un media indispensable. La religion n’est nullement nécessaire, écrit Barth. Elle pourrait bien disparaître (le monde pourrait être désenchanté diront Max Weber puis Marcel Gauchet), la révélation ne disparaitrait pas. Bonhoeffer considérait la forme occidentale du christianisme comme une étape vers une absence complète de religion. Gauchet estime que « le christianisme est la religion de la sortie de la religion ». Bonhoeffer annonçait « le jour où des humains seront appelés à exprimer la Parole de Dieu de telle façon que le monde en sera transformé et renouvelé. Ce sera un langage nouveau, peut-être tout à fait a-religieux, mais libérateur et rédempteur, comme celui du Christ ».
Au total, la lecture de « religions et révélation » dans la Dogmatique de Barth continue de nous interpeler. Elle offre la possibilité d’une réception œcuménique différenciée et d'une ouverture au pluralisme religieux qui marque nos sociétés.


Bernard Paillot

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