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Le retour des clercs. L’Église entre cléricalisme et concile

Monique HÉBRARD

retour-des-clercsLe retour des clercs. L’Église entre cléricalisme et concile, par Gian Franco Svidercoschi, Mediaspaul, 150 p. 24€

Le constat serait, hélas, banal s’il n’émanait pas d’une analyse autorisée ; celle d’un italien, vaticaniste depuis 1959, ancien directeur adjoint del’Osservatore Romano, qui a écrit de nombreux livres et collaboré à la rédaction deMa vocationde Jean-Paul II.

Il constate sans ambages : il y a aujourd’hui deux Églises.

La première se comporte en « patronne » de la vérité, en vertu d’une autorité reçue directement de Dieu. « Marquée par une autorité cléricale renaissante », elle se met à l’abri des certitudes institutionnelles, veut tout contrôler, est allergique au changement, vit difficilement la radicalité évangélique, et « est en train de contaminer, sous la forme de revendication d’identité exacerbée, bon nombre de laïcs chrétiens ».

La seconde, née de Vatican II, est celle d’un « peuple de Dieu », qui vit un extraordinaire retour aux sources, s’appuie sur la Parole de Dieu et est capable de se remettre en question.

 Mais que s’est-il donc passé pour en arriver là  ? Si les dix années post conciliaires ont vu beaucoup de changements, les peurs, les nœuds mal dénoués au concile (notamment autour de quelques résistants) n’ont pas tardé à réapparaître et à bloquer le changement. Certes Jean-Paul II a opéré une formidable ouverture sur le monde, mais il a concentré le rôle pétrinien sur sa propre personne. Quant à Benoît XVI, déjà négativement marqué par les lendemains de Mai 68, il était obsédé par la « culture laïque », et se trouva à la tête d’une « Église hiérarchique qui pontifiait sur tout… et ne réussissait même pas à trouver les mots justes, les mots vrais, pour répondre à la recherche d’ancrage spirituel et moral qu’on percevait malgré tout dans beaucoup de vies inquiètes. » Ajoutons à cela, des évêques « réduits à l’état de simples administrateurs de leur diocèse », une Curie « repliée sur elle-même », une Secrétairerie d’État qui avait supplanté l’autorité même du pape, des créations cardinalices en majorité italiennes, des scandales en tous genres qui firent apparaître le Vatican comme « un nid de vipères ».

Bref, analyse l’auteur, « le mal ne vient plus uniquement du dehors mais du dedans de l’Église ». Résultat : malgré les changements, le cléricalisme demeure : dans l’organisation de l’Église, dans les mentalités et les comportements, et dans une culture cléricale… ». Aucun des trois points fondamentaux deLumen Gentiumn’a été réalisé : la réalité de l’Église mystère, l’Église peuple de Dieu et la collégialité.

Le « Peuple de Dieu » reste le grand perdant, victime d’une projection par certains d’une idéologie de type marxiste, marquée par la « théologie de la libération » et soupçonné d’une volonté de « foi adulte » synonyme d’émancipation à l’égard du magistère.

L’ouvrage se termine par un véritable plaidoyer en faveur de la place des laïcs. L’auteur regrette que la demande de Christine Pedotti et d’Anne Soupa d’uneAnnée des baptisésn’ait pas été honorée. Il y a un laïcat qui a mûri spirituellement, intellectuellement et humainement, mais il n’y a aucune institutionnalisation de leur place dans les décisions des dicastères. Et puis a-t-on le courage de regarder la réalité du monde actuel comme une occasion de nouvelle annonce de la Bonne Nouvelle, avec des formules adaptées aux nouvelles conditions de la société et d’individus attachés à la décision personnelle et à la conscience, « qui vivent la liberté comme pleine et mure fidélité à leur credo religieux »  ? [Notons que ce livre, traduit de l’italien a été écrit avant l’élection de François]. Le vaticaniste rêve d’une Église marquée à la fois par la transcendance et par la laïcité ; à la fois par les aspects institutionnels et par les charismes. Une Église où disparaitrait la rigide séparation des « ordres » qui a brisé le lien entre clercs et non-clercs, et qui reconnaitrait « officiellement aux laïcs une vraie responsabilité dans la vie et la mission ecclésiale ».

Monique Hébrard

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Les grands débats de la Conférence
Commentaires
Christine PEDOTTI

Avertissement de la modératrice:
Un certains nombre de commentateurs se présentent sous différents faux noms, et donnent des adresses internet de fantaisie. ils se reconnaîtront… Qu’ils sachent que désormais de tels commentaires ne seront plus rendus publics. Il est évidemment parfaitement légitime de souhaiter conserver une forme d’anonymat. Mais participer au débat en prenant des faux-nez successifs est une forme de manipulation qui ne sera désormais plus acceptée sur ce site.
J’espère que tous les honorables et honnêtes commentateurs et commentatrices voudront bien me comprendre.

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