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Questions sur le baptême : qu’en pense Joseph Moingt ? (2e partie)

Jean HOUSSET
Baptême
© CC0 Creative Commons

« Baptisés », qu'est-ce à dire ? Au cours de la célébration organisée le jeudi 17 mai par la CCBF au Forum 104 à Paris, chacun était invité à dire à quel moment de sa vie s'était faite sa conversion au Christ. Aucun n'a évoqué le moment où il a reçu le sacrement du baptême. Alors, n'est-ce pas la conversion qui est le vrai baptême ?
(Les numéros indiqués entre parenthèses renvoient aux pages correspondant aux résumés et citations ci-dessous du livre Esprit, Église et Monde de Joseph Moingt, pages éclairantes auxquelles je vous recommande de vous reporter.)

Le baptême est-il réservé à ceux qui ont connu le Christ ?
Non, tous les hommes sont appelés au baptême, y compris ceux qui ne peuvent le connaître ou qui sont nés avant lui.
« Le baptême n’est intelligible qu’en tant qu’il est considéré comme l’aboutissement de l’acte de Dieu de venir à nous, de son activité immense depuis le commencement des temps pour venir habiter dans sa création […] : grâce à la sanctification de sa créature humaine. » (p. 40)
Ceci implique l’universalité du salut, ce qui, dès l’origine, a fait l’objet de controverses.
« Dieu peut-il tenir pour ʺjustesʺ et dignes de son salut ceux qui s’excluent de son alliance en ne pratiquant pas sa loi – ce qui est le cas des païens convertis au Christ ? » Paul répond à cette grave difficulté dans Ga 3 puis dans Rm 4.
« La prise de position de Paul en ce débat a été d’une importance décisive sur l’orientation du christianisme, et le demeure toujours si nous nous refusons à exclure de la résurrection ceux qui n’ont pas et n’auront pas reçu le baptême. […] Paul s’appuie sur ce texte : "Abraham eut foi en Dieu et cela lui fut compté comme justice" (Gn 15.6 + Ga 3.6 et Rm 4.3), en remarquant qu’Abraham n’a pas été déclaré juste à cause de sa pratique de la loi qui ne sera donnée que beaucoup plus tard à Moïse (Ga3.17), ni de sa circoncision » qu’il ne reçut qu’après. (p. 45)
Nous pouvons « accorder créance à l’argumentation de Paul et lui savoir gré du lien indéchirable qu’elle tisse entre l’Ancien et le Nouveau Testament […], entre la préhistoire de la croyance en Dieu et l’histoire présente où elle menace de s’éteindre. [… Cette] argumentation sur la foi d’Abraham ne peut que confirmer la foi au rayonnement universel à travers tous les temps et tous les lieux de l’énergie déployée par l’amour de Dieu dans la résurrection de Jésus ». (p. 47)
« Rapprochant les uns des autres tous ces enseignements de Paul relatifs au baptême, nous nous sentons autorisés à étendre l’appartenance au Christ à tous les hommes qui n’ont pas cru en lui parce qu’ils ne le connaissaient pas ou qui ne croient pas au vrai Dieu dont le nom s’est effacé du langage commun aux hommes d’aujourd’hui. » (p. 48) « Une folle espérance soulève l’humanité depuis ses commencements. » (p. 49. Il faut lire le très beau texte des pages 48 et 49 sur la foi d’Abraham comme prototype de l’affrontement de chaque homme à sa propre mort.)

Que penser du baptême des enfants à la naissance ?
Cette pratique fausse le sens du baptême qui est un engagement ne pouvant pas être demandé à une personne qui n’est pas en mesure d’en décider librement.
En conclusion d’une analyse critique de la pratique actuelle du baptême des enfants, l’auteur se demande : « Sommes-nous certains que la tradition historique du christianisme nous a fidèlement transmis la fidélité originelle du baptême ? »
Voici sur quoi porte le soupçon : « Au VIe siècle de notre ère, le baptême a cessé d’être administré très généralement à des adultes dans les contrées déjà christianisées, pour être conféré obligatoirement à la naissance » (p. 30) : changement de pratique considérable qui retentit gravement sur la signification de l’acte sacramentel. « On substituait à la volonté de l’enfant, qui en est incapable, celle des parents. Où était la liberté de la foi prônée par St Paul ? » (p. 58)
Alors, comment s’étonner :
- « qu’un acte baptismal, qui a rompu ses liens avec le discours vivant et la pratique vivante de la foi en Église, ne soit plus capable d’entretenir la vie chrétienne des jeunes ? »
- « qu’un sacrement réduit au rite perde la signification de la foi qu’il est censé donner et prenne celle d’un acte magique ? » (p. 62)
Lors du baptême à la naissance, « imaginer la grâce comme une sorte de fluide divin qui s’écoulerait de la parole et des gestes du ministre dans l’eau baptismale et se répandrait de celle-ci dans l’esprit du baptisé à travers son corps, c’est nier la liberté voulue par Dieu même dans l’œuvre du salut » (p. 64).
Mais « l’Église a préféré confier la transmission de la foi à l’automaticité de ses rites qu’elle a définies au concile de Trente, […] avec les résultats qui se dévoilent de nos jours » (p. 65). « Le baptême a cessé de signifier la conversion au Christ depuis qu’il a été rendu obligatoire le plus tôt possible après la naissance. » (p. 450)
Pourquoi une telle régression ?
« L’Église avait rendu le baptême des enfants obligatoire par peur que ceux-ci, venant à mourir avant de l’avoir reçu, n’aillent en enfer expier la malédiction héritée de la faute d’Adam. » Mais elle commettait une double erreur :
- « l’une qu’elle n’enseigne plus – mais peut-être y croit-elle encore –, que l’enfant pourrait être responsable devant Dieu et souillé lui-même d’une faute dont il hérite sans l’avoir commise » ;
- « l’autre qu’elle enseigne toujours – mais peut-être n’y croit-elle pas vraiment –, que le baptême produit lui-même la foi dont il est le signe. » (p. 451)
Le baptême des enfants a été remis en question au concile de Vatican II et on attendait après le concile des changements significatifs, notamment de retarder l’âge du baptême. « Les événements de mai 1968 sonnèrent le glas de ces espoirs. » (p. 61)
Quels remèdes à cette situation ?
« Revenir à la pratique ancienne ou, du moins, retarder sensiblement l’âge du baptême ? Inutile d’y songer : lorsqu’il était question de le repousser seulement de quelques années, des évêques, mus principalement par le souci des statistiques, se plaignaient qu’on méprisât la ʺreligion populaireʺ, vite renommée ʺfoi des pauvres.ʺ » (p. 62)
Il y aurait bien une porte de sortie : faire « de la confirmation la ratification solennelle de la foi professée jadis par d’autres au nom de l’enfant sous le signe de l’eau ». Ce changement est intéressant mais pas assez innovant pour renverser le cours de choses. (p. 63)
Où est le fond du problème ?
« Seule une parole vivante est porteuse de la foi. »
« L’initiation sacramentelle a été sortie du champ de la prédication de la foi, sortie de la communauté de ceux qui l’attestent et en vivent, et confinée dans le champ rituel. »
« L’erreur a été de confondre la parole rituelle et celle qui fait la communication. »
Jadis « le rite était porteur d’une grâce de foi parce qu’il était lui-même porté par un discours de foi dont l’intelligibilité s’infiltrait dans l’esprit de l’enfant et le poussait à y répondre librement. Mais cette symbiose a cessé ». On n’a pas tenu compte de l’affirmation de Paul que « la foi vient de la prédication (Rm 10.17) » (p. 63-64).
Alors, que faire ? Dans les perspectives actuelles, Joseph Moingt hésite :
« Je n’en conclurai pas qu’il est inutile de continuer à baptiser les petits enfants. »
- D’abord l’Église « ne peut plus y renoncer » (c’est une coutume culturelle) ;
- « Ensuite c’est un premier pas vers la foi, une promesse de l’assistance que les enfants recevront de la communauté qui les a accueillis, s’ils lui demeurent fidèles » ;
- « Mais on ne peut compter sur ce baptême pour porter l’Évangile au monde de demain. Ce n’est plus qu’un signe du passé de la foi. » (p. 452)

Conclusion : quel avenir pour le baptême ?
Comme pour tous les autres sacrements, faire des rites l’occasion d’une libre parole de foi.
L’étude sur le baptême impose des distinctions :
« Il est hors de discussion que la prédication du baptême, identifiée à celle de l’Évangile, est l’origine même de l’Église à qui elle confère le don sanctifiant du Saint Esprit ; il en va différemment du rite baptismal pris pour lui-même que Jésus n’a pas pratiqué ni légué de son vivant, que Pierre oubliait de proposer à Corneille, pour l’administration duquel Paul ne se jugeait pas envoyé par Dieu, et que les apôtres de Jérusalem hésitaient à conférer aux convertis païens qui refusaient la circoncision. » (p. 177)

L’urgence n’est donc pas d’analyser le baptême en tant que pratique sacramentelle à la recherche d’un acte fondateur, mais de le « rattacher à la mission de Jésus […] en prolongeant la mission de Jésus dans celle de l’Esprit Saint » (p. 36).
Mais cette démarche doit s’inscrire dans une réflexion d’ensemble sur les sacrements.
« La solution des maux présents n’est pas de remédier à l’administration des sacrements, mais à la configuration même de l’Église qui s’est modelée au cours des siècles en vue de transmettre une religion que le Christ n’avait pas instituée lui-même, dans l’intention assurément, de transmettre ainsi l’Évangile, mais en oubliant trop tôt que la parole évangélique, comme toute autre, se communique par l’entretien vivant qu’elle suscite dans la communauté des croyants et non par les seuls rites qui la représentent. […] Le remède à nos maux ne peut être que de redonner à la communauté des croyants le libre usage d’une parole de foi et, pour cela, d’aménager des lieux d’Église en lieux d’entretien et de circulation de la prédication évangélique. » (p. 65)
 

Jean Housset – 15 mai 2018

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Commentaires
Guy75010

Merci pour ce beau texte et je suis un lecteur de Joseph Moingt. Sauf que j'ai beaucoup insisté auprès de mes enfants pour que mes petits enfants soient baptisés, dès leur naissance. Pour moi, c'était surtout une question d'enracinement. Je voulais les inscrire dans une histoire, une mémoire spirituelle, une culture temporelle, et leur signifier par cette communion que si j'étais leur grand père, j'étais surtout leur frère de baptême. Je voulais leur signifier que eux comme moi sont des enfants de l'amour.

Lise-Marie

Nous avons "fait baptiser" nos enfants dès la naissance pour proclamer que nous les reconnaissions comme les enfants de Dieu et non pas notre propriété : ils nous étaient confiés.
L'un deux n'a pas souhaité recevoir le sacrement de confirmation ...
Sa vie apparait comme tout aussi droite et ouverte que celle des autres.

Nous pouvons témoigner de notre foi, de nos croyances, nous ne pouvons les inculquer.
Ne nous immisçons pas dans les relations personnelles de Dieu !
Et cessons de penser que "hors de l’Eglise point de salut" ! Cette "Eglise" a commis tellement de fautes que sa mise à distance est compréhensible.

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