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Questions sur le baptême : qu’en pense Joseph Moingt ? (1re partie)

Jean HOUSSET
Baptême
© CC0 Creative Commons

« Baptisés », qu'est-ce à dire ? Au cours de la célébration organisée le jeudi 17 mai par la CCBF au Forum 104 à Paris, chacun était invité à dire à quel moment de sa vie s'était faite sa conversion au Christ. Aucun n'a évoqué le moment où il a reçu le sacrement du baptême. Alors, n'est-ce pas la conversion qui est le vrai baptême ?
(Les numéros indiqués entre parenthèses renvoient aux pages correspondant aux résumés et citations ci-dessous du livre Esprit, Église et Monde de Joseph Moingt, pages éclairantes auxquelles je vous recommande de vous reporter.)

Jésus a-t-il fondé le baptême ?
Non : ce n’était pas dans les préoccupations de Jésus
La vérité de l’histoire « ne montre nulle part la préoccupation de Jésus, ni d’ailleurs de ses apôtres, d’instituer une religion dotée de rites et de préceptes cultuels […] » (p. 31)
Le baptême annoncé dans les Actes « ne peut être compris formellement comme le rite sanctifiant d’une religion nouvelle fondée par Jésus… Au moment où il tombe aux mains des apôtres, il n’est pas un acte de religion, mais un signe de méfiance sinon de rupture envers le Temple de Jérusalem […] » (p. 34-35)
« Nous n’avons encore trouvé, du côté de Jésus, aucun acte fondateur ni aucune intention de fonder un baptême analogue à celui de Jean et susceptible de lui faire concurrence. Car Jésus n’a jamais parlé du baptême reçu de Jean : ce sont les évangélistes qui en parlent longtemps après. […] Il ne manifeste pas l’intention de fonder une secte du modèle de Jean. » A-t-il donné l’ordre aux apôtres de baptiser après sa mort ? S’il l’a fait, ce serait après sa résurrection selon une formulation trinitaire insolite qu’on lit chez Matthieu mais pratiquement pas chez les autres évangélistes. « Ces paroles dites après la résurrection ne peuvent être recueillies en tant que preuve historique. » (p. 352)

Le rite fait-il le baptême ?
Non : ni les origines chrétiennes, ni nos conceptions d’aujourd’hui ne permettent de réduire le baptême à un rite.
« Ce n’est pas l’immersion dans l’eau qui fait le chrétien, c’est la volonté d’adhérer au Christ et de lui appartenir. » (p. 64-65)
« La rationalité de notre temps ne voit plus que la persistance de l’esprit magique » dans l’appel à la théologie de la causalité du signe. On a oublié que le salut venait de la foi et que, selon st Paul, « la foi vient de la prédication » (Rm 10.17).
L’Église a eu peur que la modernité n’ébranle la docilité des fidèles et « a préféré continuer à confier la transmission de la foi à l’automaticité de ses rites qu’elle a définie au concile de Trente, pour les protéger contre les doutes de l’esprit moderne […] avec les résultats qui se dévoilent de nos jours » (p. 64-65).)
Jésus « n’a pas lui-même baptisé, il n’en a pas fait le signe de sa mission ni de son Évangile. Le commandement de baptiser a été mis sur ses lèvres après sa résurrection. Les apôtres de Jérusalem y voyaient un signe réservé aux Juifs qui croyaient en Jésus. (Ac 2.39). » Paul, bien que ne baptisant pas habituellement (1 Co.1.16-17), en a fait « seulement le signe de la grâce reçue par la foi professée, sans l’eau (Ga3.26-27). » (p. 451)
« Ne faisons donc pas du baptême un signe producteur à lui seul de la foi et de la grâce de la filiation divine adoptive. » (p. 452)
De même, ce n’est pas le rite baptismal de la confirmation qui conditionne l’envoi de l’Esprit : « Leffusion du St Esprit a eu lieu le jour de la Pentecôte, avant et en dehors de tout acte baptismal » sur les 120 personnes présentes (Ac 1.15 et 2.1-4) y compris plusieurs femmes (Ac 1.14). « Une telle effusion de l’Esprit […] s’est reproduite en d’autres circonstances avec une prise de parole publique et en dehors d’un acte baptismal (Ac 4.31 et 10.44-48). » (p. 498-499)

En quoi consiste le baptême ?
Le baptême c’est la conversion
« Ce n’est pas l’immersion dans l’eau du baptistère qui fait le chrétien, c’est la volonté d’adhérer au Christ et de lui appartenir. » (p. 352)
Jésus ne parle de baptême que par métaphore durant sa passion : « La coupe que je vais boire, vous la boirez, et du baptême dont je serai baptisé vous serez baptisés. » (Mc 10.39)
« C’est pourtant dans ce langage figuratif que nous pouvons approcher au plus près, sinon d’un acte fondateur du baptême, du moins de l’intention fondatrice de Jésus de transmettre le baptême qu’il va subir, […] pour que nous en recevions l’Esprit de Dieu promis […]. Le baptême chrétien a donc été ʺinventéʺ, au sens de découvert, par les apôtres comme le don du St Esprit déposé par Dieu dans l’événement de la mort et de la résurrection de Jésus pour qu’il soit transmis à ceux qui croiront en lui […] et Jésus est vraiment l’instituteur de ce baptême parce qu’il a accepté d’accomplir sa mission jusqu’au bout, jusqu’à la mort pour nous conduire au-delà de la mort […]. » (p. 35)
« La mort de Jésus peut être vraiment tenue pour l’acte fondateur du baptême, que nous ne pouvons recevoir comme accès au salut que par la foi au caractère salutaire de sa mort révélé dans la résurrection. » (p. 352)
Jean et Paul situent le baptême « sur son vrai terrain d’intelligibilité qui n’est pas le rite mais la mission de salut passée de Jésus à l’Esprit ». L’Esprit saint est appelé à jouer un rôle capital dans le baptême des disciples de Jésus mais ces apôtres ne mentionnent que rarement le mot « baptême », et avec une « extrême discrétion » ; ils ne parlent jamais du rite lui-même. « Paul ne s’intéresse pas au rite, seulement à l’activité intérieure du baptême. » (p. 39)
« Paul explique que le baptême est l’appel à ressusciter avec le Christ, à entrer ainsi dans une histoire inaugurée par Dieu avec Abraham, à la condition de mourir avec le Christ au péché qui empêche l’humanité de se construire en peuple de frères. » (p. 41)
La scène de la rencontre avec Corneille (Ac 10 et11) « montre que le baptême est essentiellement l’acte de recevoir le St Esprit du fait de la conversion » (p. 86).

Le baptême est-il la porte d’entrée dans l’Église ?
Non, du moins si l’Église s’interpose entre Dieu et nous.
« Trop vite le baptême a été vu comme le porche de la vie en Église, et on a oublié qu’il était originellement la profession de suivre Jésus en vivant selon l’Évangile qui engendre le chrétien à la vie de foi. Nous avons besoin de le réapprendre. » (p. 65)
D’après la façon primitive d’administrer le baptême, la question posée au candidat était : « Crois-tu au Christ mort et ressuscité ? » sans autres références : « Est-ce au nom de Paul que vous avez été baptisés ? » (1 Co 1.13. cf. p. 351)
Certes, la réception du Saint Esprit dans la conversion qui marque le baptême « entraine immédiatement un effet de socialité. » (p. 86) Mais « le baptisé ne contracte aucun lien à l’égard du ministre du baptême, ni d’appartenance au groupe chrétien, ni à l’Église dont il fera partie, mais seulement au Christ » ; « Confier sa vie au Christ, c’est la remettre à Dieu même. » p. 353)
« Le Christ n’a-t-il pas expressément voulu le baptême comme condition d’entrée dans son Église ? Nullement. […] Jésus avait demandé le baptême pour s’identifier aux pécheurs qu’il venait sauver mais il n’a pas lui-même baptisé et n’en a pas fait le signe de sa mission ni de son évangile. » (p. 451)
Quant à l’Église, là aussi il ne faut pas dogmatiser : le nom d’Église, rien que le nom, ne figure qu’en deux endroits dans un seul texte du Nouveau Testament (Matthieu) : deux mentions « trop elliptiques et trop isolées dans le corpus testamentaire pour autoriser à dire que son esprit [de Jésus] était occupé par le projet d’une institution qu’il destinait à perdurer dans le temps […] alors qu’il annonçait son retour en peu de temps. » La mission de l’Église « est de nous conduire à Jésus pour qu’il nous remette à son père, non d’interposer son autorité ni entre nous et Jésus, ni entre Jésus et le Père. » (p. 452)
 

Jean Housse

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Commentaires
Lise-Marie

Certes les rites sacramentels ne sont pas "magiques", merci de le répéter ; Gardons les pourtant comme des signes qui "dévoilent" : tout être humain est fils et fille de Dieu, et ce Dieu n'a nul besoin d'eau ni rien d'autre pour susciter et accueillir ses enfant ; Satisfaire à un rite n'est là que pour proclamer, redire, sa foi en ce Dieu comme Père, et Fils, et Esprit !
Cette articulation relationnelle est bien le Dieu auquel je crois chaque jour un peu plus, un peu différemment, élargie à ceux et celles en qui Xrist se révèle si je le cherche. Chercher à dire le "moment" de sa propre conversion fut bien complexe ; C'est comme une rencontre renouvelable constamment selon ses lectures, conversations, réflexions et cheminements, et découvertes successives, car "Dieu est comme une immense sphère dont on n'a pas fini de faire le tour".
Nous qui ne sommes pas dans les repères classiques, gardons ces paroles mainte fois répétées "Va, ta foi t'a sauvé" ; une foi certes bien petite, mais solide et qui ne doit pas grand chose à nos volontés, c'est peut-être un don...
Continuons d'aller, en appuyant nos pieds sur ce chemin qu'est Jésus Xrist qui nous emmène où nous ne savons pas, car chaque jour est nouveau !

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