Vous êtes ici

La question du Christ est trop importante pour rester entre les mains des clercs

Alain WEIDERT
Christ
© CC0 Creative Commons


Le cléricalisme, voilà l’ennemi, dit le pape. Mais ne nous méprenons pas : il n’est pas simplement question de remettre prêtres et laïcs à leur juste place mais bien de mettre le Christ à sa juste place. 

Le cléricalisme ? Ne serait-ce pas croire que l’on possède le Christ et agir en propriétaire certifié ? Ne serait-ce pas penser que l’on a reçu le pouvoir de le donner, de le communiquer, et soi seul, par la parole et par les sacrements, le pouvoir de le « distribuer » à la communion, voire d’aller le chercher au tabernacle, pour ne l’accorder qu’à ceux qui sont en règle ? Ne serait-ce pas s’octroyer prérogatives et droit de regard exclusifs sur le Christ et sur les baptisés ? Une confiscation, un monopole, le premier des abus, matrice de tous les autres ?

Personne ne peut avoir de mainmise sur le Christ, parce que le Christ est le lot de tous, le kléros de tous, c’est-à-dire l’héritage de tous (kléros, mot grec détourné qui donna clerc et clergé). L’institution n’est pas le kléros du Christ à elle toute seule. Chaque baptisé hérite du nom du Christ, de l’esprit du Christ, de l’identité du Christ pour qu’au final notre condition humaine hérite de la nature du Christ. En ce sens tous les baptisés sont le clergé, les porteurs de l’héritage du Christ et de là découle, en une application immédiate, ce que l’on pourrait appeler le sacerdoce commun des mille et un christs.

Lutter contre le cléricalisme, c’est lutter contre ceux qui captent pour eux seuls, au nom d’une institution, l’héritage du Christ et revendiquent pour eux seuls le titre et la fonction d’héritier, et donc de clerc, ceux qui refusent d’être simplement désignés du nom de presbytre, seul usage obvie du Nouveau Testament. Prendre vraiment au sérieux ce que presbytre veut dire détruirait à la base toute velléité de cléricalisme puisque ce ministère consiste à faire émerger et grandir en chaque baptisé l’héritage du Christ, la nature christique de chacun. Un ministère pour susciter le Christ reçu en héritage au baptême, pour aider les baptisés à accoucher du Christ en gestation en eux, afin qu’ils engendrent le Christ. Non pas pour y mettre le Christ, non pas pour l’apporter aux "pauvres laïcs", pour le leur donner (leur concéder avec indulgences), pour le leur faire descendre du ciel. La vocation presbytérale consiste à être maïeuticien (accoucheur) d’un Christ qui précède toujours l’Église, à être le révélateur de la dimension christophane de l’Homme, à manifester l’identité de chacun comme membre d’une communauté tout entière kléros et messianique.

S’engager dans la transformation ecclésiale, comme y invitent le pape François et nos évêques, afin de mettre les prêtres et les laïcs à leurs justes places ne pourra pas consister qu’en des aménagements structurels ou décisionnels, qu’en des répartitions nouvelles de charges et de pouvoirs pour plus de collégialité et moins de rapports hiérarchiques. Réexaminer l’exercice du pouvoir dans l’Église consistera à abandonner le rôle de donneur, qui pardonne et autorise, pour passer à une autorité qui active les germes christiques sommeillant en chaque baptisé mais aussi pour réveiller les semences du Verbe qui attendent en tout Homme. Une transformation ecclésiale qui permettra à tout baptisé d’exprimer et de vivre le passage du donner le Christ à susciter le Christ.

Le cléricalisme, c’est le surplomb des donneurs de salut, de ceux qui dispensent à leurs ouailles enseignement et règles de conduite. La transformation ecclésiale à venir, elle, invitera tout un chacun à entrer dans la « succession christique » dont toute femme, tout homme peut hériter. C’est une invitation non à une guérison mais à une conversion surprenante : passer du recevoir un Christ tombé du ciel à l’accueil de l’être christique que je suis. Changement de logiciel ? Non, retour au logiciel initial !

L’institution Église qui encadre, qui formate les individus, c’est ce système qui a failli, sur le dos des individus les plus faibles, alors que ce sont des individus ensemble, réunis en ecclésia qui constituent l’Église. Ce n’est pas un peuple divisé en tribus qui constitue le peuple de Dieu, ce sont des communautés variées, à chaque fois Église, qui réunies en peuple constituent l’Église. Lutter contre le cléricalisme, ce sera retrouver (valoriser enfin ?) la valeur, le poids et le pouvoir christique de chaque sujet croyant.

Lutter contre le cléricalisme et le fuir, ce sera par conséquent arrêter résolument, expressément de se prendre pour un Christ pantocrator, omnipotent et pontifiant. Ce sera arrêter de se croire autorisé à donner des leçons de morale en adoptant une posture de « Monseigneur » revêtu de vêtements d’apparat, de barrettes et de surplis en dentelles. Malheureusement on se complaît toujours et derechef à s’accoutrer ainsi au nom du Christ, jusqu’à le ridiculiser, à le pervertir lui et sa parole. Lutter contre le cléricalisme, ce sera dénoncer et refuser ces trop nombreux retours en force insidieux d’un Christ revêtu d’ornements qui n’ont de sacré que le nom. Accoutrements cache-misère dont on se moque au dehors et qui ne peuvent plus aujourd’hui servir de couverture pour défendre le prestige et la renommée d’une institution qui, à l’extérieur, n’est plus digne de foi. Avec le nombre sidérant d’affaires de pédophilie le roi est nu.
S’engager dans une réelle transformation ecclésiale c’est oser entendre : « Où est-il ton Christ, qui est-il ? » Alors, vu la gravité historique de l’heure, il ne peut pas être simplement question de remettre prêtres et laïcs à leur juste place mais bien de mettre le Christ à sa juste place, c’est-à-dire de reconnaître que son affaire est déjà en puissance en tout Homme. Mettre le Christ à sa juste place, c’est travailler à ce que chacun puisse être identifié comme Christ (sans différence de degrés entre les uns et les autres) et que chacun puisse de la sorte déployer son existence humaine en tant qu’héritier du Christ Jésus, principe et modèle de toute femme, de tout homme, carrefours d’humanité et de divinité.
 

Alain Weidert – Chalvron près de Vézelay

Rubrique du site: 
Les actualités
Commentaires
Jean-Louis Tamarelle

Il est utile que dans un esprit de clarté, de réelle transparence, une véritable enquête ait lieu pour lever les doutes sur des actes malveillants qui ont entaché notre Eglise, qu'ils soient révélés, que la situation évolue quant à la fragilité des prêtres , de leur célibat forcé, des risques de dérive aggravés face à des enfants. Le peuple de Dieu doit pouvoir à la suite donner son avis conciliaire sur l'avenir de l'Eglise catholique et de la répartition des charges pastorales en son sein.
J-L Tamarelle, diacre permanent
Aumônerie des prisons de Rouen

Vogt-Ribstein Guy

Ce que je lis dans ces lignes, c'est ni plus ni moins le sacerdoce universel dont la Réforme s'est prévalue. Ceci dit, il ne faut pas s'imaginer que la démocratie règne toujours dans les Eglises de la Réforme. Il y a des pasteurs qui sont de vrais dictateurs, surtout s'ils sont en même temps président du Conseil Presbytéral. En théorie le CP doit faire fonctionner la paroisse avec le pasteur et être quelque part aussi modérateur. Ça c'est la théorie. Dans la pratique, on trouve aussi du cléricalisme. Il y a celui qui sait, donc qui commande, et les autres, qui ne savent pas, et qui n'ont qu'à se soumettre ou partir. La démocratie dans l'Eglise, tout le monde y aspire, en tous cas en paroles. Dans la réalité, l'homme étant ce qu'il est, avec les volontés de pouvoir qui se manifestent partout et dans tous les types de communautés. alors le Christ, oui! Lui aussi on l'a toujours à la bouche, mais souvent pas dans le cœur. Il y a souvent un abîme entre ce qu'on dit et ce qu'on vit. Le cléricalisme n'est qu'une manifestation des volontés de pouvoir qui veulent soumettre les autres. Quant à Jésus, dont on a tout le temps le mot à la bouche, ce n'est souvent pas lui qui règne. peut-être a-t-il un strapontin dans nos communautés, à moins qu'il soit carrément dehors. Mais après tout, il n'y a rien de neuf. Déjà du temps où il était ici-bas, c'étaient les clercs (scribes, sadducéens, pharisiens, chefs des Juifs) qui avaient le pouvoir. Et Jésus n'était qu'un "dérangeant". Il mettait en cause leur pouvoir, Il appelait à servir Dieu de tout son cœur, et à aimer le prochain comme soi-même, à ouvrir son cœur à sa grâce qu'il donne pleinement à celui qui se repent et qui croit.Ce sont ceux qui sont passés par cette expérience qui ont été à l'origine de l'Eglise primitive, La Réforme a présenté comme modèle l'Eglise Primitive, mais on ne peut pas dire qu'elle y soit revenue. On voit tant dans l'histoire d'Israël que dans celle de l'Eglise que ce sont toujours des minorités qui ont fait progresser les choses, jamais des majorités. Ce sont souvent ceux qui ont eu tort d'avoir eu raison trop tôt. je crois que Dieu n'abandonne pas celui, ceux qui se confient pleinement en Lui. Mais en disant cela on parle plus d'individus que d'institutions. Que dire à propos des institutions? A vrai dire, je ne sais pas. Sinon que Dieu est celui qui règne malgré tout. Et que l’Évangile, c'est-à-dire la bonne nouvelle (c'est le sens du mot évangile) du salut gratuit en Christ est annoncé et sera annoncé envers et contre tout. C'est une source d'espérance et de joie, lorsqu'on voit des individus se tourner vers Dieu, transformés par l'action de son Esprit, et devenant des témoins de son amour dans ce monde, dont il faut bien dire qu'il est loin d'être reluisant.

Vogt-Ribstein Guy

Ce que je lis dans ces lignes, c'est ni plus ni moins le sacerdoce universel dont la Réforme s'est prévalue. Ceci dit, il ne faut pas s'imaginer que la démocratie règne toujours dans les Eglises de la Réforme. Il y a des pasteurs qui sont de vrais dictateurs, surtout s'ils sont en même temps président du Conseil Presbytéral. En théorie le CP doit faire fonctionner la paroisse avec le pasteur et être quelque part aussi modérateur. Ça c'est la théorie. Dans la pratique, on trouve aussi du cléricalisme. Il y a celui qui sait, donc qui commande, et les autres, qui ne savent pas, et qui n'ont qu'à se soumettre ou partir. La démocratie dans l'Eglise, tout le monde y aspire, en tous cas en paroles. Dans la réalité, l'homme étant ce qu'il est, avec les volontés de pouvoir qui se manifestent partout et dans tous les types de communautés. alors le Christ, oui! Lui aussi on l'a toujours à la bouche, mais souvent pas dans le cœur. Il y a souvent un abîme entre ce qu'on dit et ce qu'on vit. Le cléricalisme n'est qu'une manifestation des volontés de pouvoir qui veulent soumettre les autres. Quant à Jésus, dont on a tout le temps le mot à la bouche, ce n'est souvent pas lui qui règne. peut-être a-t-il un strapontin dans nos communautés, à moins qu'il soit carrément dehors. Mais après tout, il n'y a rien de neuf. Déjà du temps où il était ici-bas, c'étaient les clercs (scribes, sadducéens, pharisiens, chefs des Juifs) qui avaient le pouvoir. Et Jésus n'était qu'un "dérangeant". Il mettait en cause leur pouvoir, Il appelait à servir Dieu de tout son cœur, et à aimer le prochain comme soi-même, à ouvrir son cœur à sa grâce qu'il donne pleinement à celui qui se repent et qui croit.Ce sont ceux qui sont passés par cette expérience qui ont été à l'origine de l'Eglise primitive, La Réforme a présenté comme modèle l'Eglise Primitive, mais on ne peut pas dire qu'elle y soit revenue. On voit tant dans l'histoire d'Israël que dans celle de l'Eglise que ce sont toujours des minorités qui ont fait progresser les choses, jamais des majorités. Ce sont souvent ceux qui ont eu tort d'avoir eu raison trop tôt. je crois que Dieu n'abandonne pas celui, ceux qui se confient pleinement en Lui. Mais en disant cela on parle plus d'individus que d'institutions. Que dire à propos des institutions? A vrai dire, je ne sais pas. Sinon que Dieu est celui qui règne malgré tout. Et que l’Évangile, c'est-à-dire la bonne nouvelle (c'est le sens du mot évangile) du salut gratuit en Christ est annoncé et sera annoncé envers et contre tout. C'est une source d'espérance et de joie, lorsqu'on voit des individus se tourner vers Dieu, transformés par l'action de son Esprit, et devenant des témoins de son amour dans ce monde, dont il faut bien dire qu'il est loin d'être reluisant.

Ajouter un commentaire