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Question 1 : la liberté de parole dans l’Eglise

Françoise

Marche du 11 octobre à Paris – synthèse des échanges

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Question 1 : la liberté de parole dans l’Eglise – Avez-vous la parole ? Etes-vous écoutés ?DSC_3715

Il n’est pas interdit de parler au sein de l’Eglise, mais… cela ne sert à rien ! Il est possible de s’exprimer, de poser des questions, tant que le langage reste « correct », de type « catéchétique ». Mais il ressort de vos propos un profond sentiment d’inutilité et de lassitude : « ça ne sert à rien », « les évêques ne répondent jamais », « on nous donne la parole mais elle n’est pas répercutée », « ils n’en tiennent pas compte », et même « ils écoutent mais n’entendent pas » ! Les synodes constituent en principe un lieu d’expression privilégié pour les laïcs. Cependant, ceux d’entre vous qui ont eu l’occasion de participer à un synode n’en gardent pas un souvenir enthousiasmé, quand ce n’est pas un constat d’échec : « les synodes ont permis une expression seulement », « On parle mais on ne voit pas à quoi ça sert ». Une religieuse, responsable de catéchèse, raconte avec tristesse son expérience lors d’un synode de catéchistes : le synode a débouché sur un exposé aux évêques ; ceux-ci ont ensuite proposé quelque chose de leur cru ! Vous citez ainsi plusieurs exemples de synodes sont les conclusions ont été occultées. En pratique, c’est donc en privé que la parole se libère, tandis que la parole publique reste convenue. Cette pratique systématique d’un véritable double langage revient très fréquemment : « en privé, j’ai beaucoup la parole. Je dis tout ce que je pense à mon évêque. Ça n’a aucun poids public » ; « deux langages : officiel et dans l’intimité » ; « on est écouté en privé. Jamais en public ». Vous évoquez même à plusieurs reprises la censure directe ou l’autocensure. Dans les paroisses et les lieux officiels de l’Eglise, on reste donc le plus souvent « sous contrainte ». Souvent, vous percevez même une régression dans l’Eglise actuelle : « ce qui a été possible il y a 20 ans ne l’est plus ». C’est dans les associations, les aumôneries, les mouvements que l’on respire encore un peu : « il reste des lieux, comme les mouvements, où ça marche ». 2009-10-11 551v2Certains y trouvent ainsi une oasis où respirer. D’autres se sentent irrésistiblement repoussés, vers les marges de l’Eglise, quand ce n’est pas poussés au départ, malgré un attachement qui reste réel : « je cherche des lieux où je me sens bien, je me sens poussée vers l'extérieur, c'est un peu dur » ; « je reste attachée à l’Eglise, mais moins impliquée aujourd’hui ». D’où vient cette incapacité de l’Eglise à entendre ce qui se passe en son propre sein ? Qu’en est-il de l’attitude des prêtres ? Certains font observer qu’il ne faut pas se montrer trop sévère avec eux, qu’ils sont souvent débordés et n’ont pas le temps d’écouter. Moins indulgents, d’autres observent avec malaise une nouvelle génération de prêtres, « pontifiants et qui n’écoutent pas », pensant détenir la vérité, alors que « les laïcs sont parfois mieux formés que les prêtres » ! Mais le constat majoritaire est celui du rapport très particulier qu’entretient l’Eglise avec l’autorité. L’Eglise est organisée comme un Etat, son fonctionnement est fondamentalement politique et imprégné par la culture du pouvoir : « Le problème est que la hiérarchie a peur de perdre son pouvoir »… Cette culture de l’autorité se manifeste dans la façon de transmettre la parole, toujours de haut en bas : « la parole descend », « on reçoit la becquée », mais surtout dans la prise de décisions : « l’Eglise ne revient pas sur ce qu’elle a dit », « Tout est secret, on n’a que le résultat des décisions ». Ce poids de la hiérarchie se fait sentir du haut en bas de l’échelle. Certains prêtres tendent à vouloir être au centre de toutes les décisions dans leur paroisse : « dans ma paroisse, le prêtre dit qu’il décide ». Cependant les prêtres sont eux-mêmes contraints par l’autorité de leur hiérarchie, qui elle-même est bloquée par le magistère ! 2009-10-11 541Pour participer à quelque niveau que ce soit (même le choix d’une statue pour orner une église, comme le raconte l’un d’entre vous) à la prise de décision et à la parole publique dans l’Eglise, une condition nécessaire (mais pas suffisante !) est donc d’abord d’être prêtre. Les laïcs ne sont pas consultés, on ne leur fait pas confiance et on les cantonne au rôle d’exécutants : « on est là pour mettre en œuvre, mais pas de possibilité d’influencer » ; « vous (les laïcs) devez dire ce qu’on (la hiérarchie) vous dit ». Pourtant, par nécessité, les laïcs doivent bien de plus en plus assumer des responsabilités dans les paroisses et les évêchés, et ils le font avec courage et talent, mais c’est « quand on ne peut pas faire autrement ». Le fait que la parole et les décisions soient entièrement détenues par les prêtres maintient ainsi les femmes à l’écart (ce n’est pas un constat nouveau) : « ce sont les femmes qui transmettent et les hommes qui dirigent » ; « les décisions ce sont les hommes », « la parole officielle est masculine ». Cette misogynie latente de l’Eglise doit maintenant être dépassée : « au-delà du masculin / féminin ». Après le poids de la hiérarchie, c’est la peur qui bloque le débat dans l’Eglise : peur de l’avenir, peur peut-être d’ouvrir une « boîte de Pandore » qui pourrait nuire à l’unité de l’Eglise : « si vous parlez librement vous faites du mal à l’Eglise », « En tant que prêtre, il y a des sujets qu'on n'aborde jamais parce qu'on a peur des débats et des conflits ». Peur ainsi d’aborder les sujets « qui fâchent » : contraception, divorce, ordination des femmes… La liberté est perçue comme dangereuse. Mais pourtant « c'est la richesse du Christ d'avoir donné la liberté » et de ce fait « la parole doit être la première chose que l'institution Eglise doit à ses fidèles ».

Pour cela, il manque des lieux institués et dédiés aux laïcs, hommes et femmes, d’où ils puissent réellement se faire entendre et peser sur les décisions. 2009-10-11 543

Cependant, vous êtes nombreux aussi à le souligner, des choses avancent, et il est possible de réaliser des projets, de mener des actions concrètes au sein de l’Eglise, à condition d’oser prendre la parole et se faire écouter : « pour être écouté, il faut être formé » ; « il faut prendre la parole » ; « il faut se battre pour être reconnus », et aussi que l’évêque ou le prêtre auquel on a affaire le permette. Souvent ainsi au niveau local l’action de certains prêtres ou évêques permet de libérer les forces créatrices : à Uzès, création d’un groupe de partage de foi autour des paroles du Credo ; à Villeneuve st Georges, les laïcs célèbrent ensemble le début de la messe, en attendant l’arrivée de leur curé, aumônier de prison, qui les rejoint pour l’Evangile ; à la Défense, une maison d’Eglise, Notre Dame de Pentecôte, permettant l’expression de toutes les sensibilités, est créée. D’autres citent leur évêque, qui se distingue par sa capacité d’écoute et sa volonté de faire évoluer les choses. Vous êtes heureux de partager ces expériences positives, preuves que la vitalité des baptisés n’est pas éteinte ! Note : tous les textes entre guillemets sont des citations directement extraites des notes prises lors de la marche.

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