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Qu'est-ce que vouloir croire veut dire ?

Joseph MOINGT
Michael Ange. Chapelle Sixtine. Domaine Public.

Je ne soulève cette question que par mode de conclusion, ou même plutôt d'ouverture d'une autre piste sur laquelle notre réflexion pourrait se poursuivre. D'après Gianni Vattimo, la foi de beaucoup de chrétiens aujourd'hui se réduit à un faible vouloir croire, espérer croire, sinon à un croire que l'on croit. Une telle réduction du croire me paraît significative d'une perte de confiance en leur propre foi de la part de chrétiens dont la foi n'est plus soutenue par une certaine unanimité de croyance. La persistance d'un vouloir croire, si faible soit-il, est cependant significative, d'un autre côté, d'un restant de vitalité d'une foi qui ne se résigne pas à dépérir tout à fait. Ce vouloir croire, qui n'est plus alimenté par des efforts personnels, me paraît venir de plus loin que de l’individu en mal de croire, venir du fond des âges où l'humanité se sentait travaillée par un besoin d'être sauvée, par l'attente d'un sauveur. C'est sans doute à son semblable, à son clan, que l'homme a adressé ses premiers appels au secours, et il s'est retourné vers un être transcendant, avant même de le concevoir comme absolu, à mesure que se découvrait à lui l'infini de ses appétits spirituels.

Le besoin de croire me paraît enraciné dans la nature de l'homme, en tant qu'il est un être de parole et que tout acte de parole est révélateur d'un besoin de l'autre, d'une confiance en l'autre, d'un besoin de faire confiance à l'autre sous peine de ne pouvoir survivre. C'est sans doute à un tel besoin que remonterait l'anthropogenèse du croire religieux souhaitée par Marcel Gauchet. Julia Kristeva, de son côté, n'avait pas tort d'écrire que l'acte de foi s'origine dans un besoin pré religieux de croire, ni de citer à ce propos la parole du Psalmiste reprise par saint Paul « J'ai cru, c'est pourquoi j'ai parlé ». Que le croire en Dieu soit enraciné dans le besoin de l'homme de croire en l'homme, cela ne devrait pas troubler le croyant, cela ne prouve pas que Dieu a été inventé par l'homme, cela montre que l'homme est travaillé par un besoin inépuisable d'altérité, un besoin qui l'a conduit vers les rivages d'une altérité infinie, parce que c'est Dieu même qui a mis et qui entretient dans J'homme le besoin de J'autre.

L'homme d'aujourd'hui a peut-être perdu la foi en Dieu parce qu'elle lui a paru le détourner de chercher son accomplissement dans son propre monde. Il lui reste un vouloir croire qui est l'envers de son désespoir de parvenir à cet accomplissement, tant l'homme d'aujourd'hui doute même de trouver son bonheur en ce monde. Il lui reste à tenter de déchiffrer l'énigme qu'il est à lui-même à travers celle de Jésus, pour découvrir que seule la foi en Dieu est capable de lui rendre foi en ses propres destinées, car le Dieu de Jésus est un Dieu qui a foi en l'homme, depuis toujours.

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