Vous êtes ici

Quelle Eglise ?

Colette DEREMBLE
Abbaye de Boscodon (05) © CCBF

Quelle Église ?
 
Tous, nous souffrons de la tempête qui secoue l’Église. Elle se manifeste sous l’angle insoutenable d’une morale bafouée par certains de ses plus hauts responsables. Le pape a demandé pardon. C’était nécessaire. Il a dénoncé le cléricalisme : c’est une avancée formidable. Il faut pousser jusqu’au bout cette analyse qui implique pour tous un changement de culture religieuse.
Cette bourrasque est le révélateur d’un mal profond, qui est structurel et mainte fois pointé. Ce qui est en cause, c’est la sacralisation d’une caste d’hommes isolés du monde du travail et de la famille, obligés au célibat, avec les dérives, compensations, blocages, détresses, morts sociales qui peuvent en découler. Ce qui est en cause aussi ce sont le fonctionnement autarcique, opaque, hiérarchique, les rituels figés, les dogmes au langage sclérosé, les règles d’exclusion... C’est l’image d’autorité et d‘intouchabilité conférée aux clercs, image tacitement acceptée et entretenue par les laïcs, car ce fonctionnement du sacré est finalement assez confortable. Certes, nous n’oublions pas que l’Église, avec ses immenses faiblesses, a apporté d’immenses lumières. Acceptons de croire que la croissance gigantesque de la chrétienté a, dans le passé, nécessité un mode particulier de fonctionnement. Mais aujourd’hui la secousse, qui s’ajoute à tant d’autres sujets d’inquiétude, fait entendre de manière impérieuse l’appel à se remettre au service de la simplicité de l'Évangile, loin des pesanteurs et des pièges d’une institution devenue, pour beaucoup, un obstacle à l'annonce de la Bonne Nouvelle. Soyons lucides, l’institution catholique ne se réformera jamais d’elle-même. Il appartient donc aux laïcs de prendre des initiatives plus significatives, plus audacieuses : il leur appartient de se convertir, car dans cette situation nous sommes tous engagés et concernés, complices et solidaires.
Jadis Luther, Calvin, et bien d’autres avant et après eux, se sont levés pour dénoncer les dangers du cléricalisme. L’occasion n’est-elle pas venue de nous rapprocher de nos frères protestants, avec qui nous partageons les mêmes exigences d'une annonce de l'Évangile plus proche des premières communautés ? Pourquoi ne pas leur proposer d’oublier les barrières, aujourd’hui dépassées, qui nous séparent et de chercher à avancer concrètement ensemble ? Il y a un grand nombre d’expériences dans ce sens : il s’agit de les faire connaître, de les amplifier, de les radicaliser, de les pérenniser.
Le drame qui éclabousse l’Église suggère de redynamiser les petites communautés qui se réunissent pour partager la bonne nouvelle, dégagées des carcans institutionnels : elles sont nombreuses et on peut souhaiter leur multiplication et leur plus grande visibilité. Il s’agit, tout simplement, de prier ensemble, de nous aider mutuellement à discerner et à nous convertir. Il s’agit de partager le souci du monde de demain et de ses grands défis en matière de distribution des richesses, d’adaptation aux nouvelles donnes climatiques, d’écologie, de gouvernance politique, d’écoute de la diversité des cultures, d’éducation… Car, si l’Évangile vaut quelque chose, cela doit se vérifier au rôle de ferment, de prophétisme, de discernement qu’il confère aux croyants face à l’avenir de l’humanité. Il importe pour cela que les chrétiens se donnent, plus que jamais, une formation exigeante dans le domaine de la connaissance de nos textes fondateurs : de nombreuses propositions se sont mises en place dans ce sens depuis Vatican II, mais il faut aller plus loin encore. Il faut que ces nouvelles communautés inventent une manière d’être en relation les unes avec les autres par le moyen de media, de réseaux. Il faut qu’elles affichent une communion, une visibilité, un engagement.
Le temps est donc venu plus que jamais pour le peuple chrétien de se convertir, pour les laïcs d’être moteurs d’une refondation ecclésiale, en multipliant les manières d’être chrétiens dans, avec et pour le monde. Beaucoup le font déjà depuis longtemps, souvent aidés d’ailleurs par des clercs et religieux absolument remarquables (et il faut rendre hommage, notamment, à des journaux libres, audacieux, intelligents comme La Croix, Études, Christus, Esprit, Témoignage Chrétien, et tant d’autres qui travaillent dans ce sens) : soyons nombreux à les rejoindre, à les soutenir. C’est peut-être une des vocations de la Conférence Catholique des Baptisé.e.s que d’accélérer ce mouvement, d’amplifier sa visibilité. Le christianisme est loin d’être moribond : il évolue sans cesse et semble aujourd’hui invité à mener à bien sa mue, quittant la sphère religieuse pour entrer davantage dans la dynamique libre de la foi, de l’espérance et de l’amour.
La crise que nous subissons est, paradoxalement, une chance à saisir, et elle sera une chance pour le monde. Les chrétiens sont majoritairement – il faut le rappeler et en être fiers –, des moteurs dans les revendications du respect de l’autre, dans l’accueil des migrants, dans l’aide à l’éducation, dans l’accompagnement des prisonniers, des demandeurs d’emploi, des jeunes en difficultés, dans les milliers d’associations caritatives au service des plus démunis, dans l’aide au développement de pays émergents, bref partout où se joue l’être-chrétien. La douloureuse prise de conscience des failles de l’institution, en rendant les laïcs encore plus responsables de leur foi, libèrera une énergie plus forte et plus féconde pour faire grandir l’humanité. Croyons-le.
 
Colette Deremble
Professeure émérite d’histoire de l’art à l’Université de Paris X
 

Rubrique du site: 
Les actualités
Commentaires
Loran Yolande

Je suis à la foi tout à fait d'accord sur la plus grande partie de ce texte...mais il ne va pas assez loin pour moi. Chère Colette, "professeure émérite d'histoire de l'art à l'Université de Paris", vous invitez les chrétiens à étudier les textes, à inventer de multiples façons d'être chrétien... Je n'ai sans doute pas le dixième de vos diplômes et de vos connaissances, pourtant je crois qu'il n'y a qu'une seule manière d'être chrétien: se tourner de tout son être vers le Christ, tourner vers lui notre regard, tourner vers lui notre coeur, tourner vers lui notre esprit, tourner vers lui notre âme, tourner vers lui notre corps tout entier!
Comment s'y prendre? En lisant l'Evangile, sans cesse, chaque jour, en le laissant résonner au plus profond de notre coeur et de notre âme, le laisser nous "remplir" et nourrir chacune de nos cellules. Puis relever la tête, retrousser les manches, et AGIR en rayonnant de l'enseignement du Christ lui-même.
Relire, encore et toujours, ces mêmes textes, avec d'autres. Ecouter les résonances apportées par chacun et chacune, exprimer les nôtres, et ainsi avancer ensemble, AGIR ensemble et rayonner de multiples vibrations comme autant de battements de coeurs.
La foi n'est pas une question de diplômes, de connaissances et/ou de reconnaissances. Le chemin de foi plus ou moins bien transmis par le clergé ne peut être, en aucun cas, la seule et unique voie.
Vous proposez le rapprochement avec nos frères et soeurs protestants. Vous allez sans doute me trouver bien naïve mais pour moi, il n'y a aucune barrière entre les Catholiques et les Protestants, ni même avec les Orthodoxes. Nous avons juste des manières différentes de prier et d'exprimer notre foi. C'est la seule et unique vérité: la sainte, unique Eglise. Ceux qui prétendent que ce n'est pas vrai blasphème contre l'Evangile et donc, contre le Christ.
Un groupe d'érudits qui cherchent ensemble à saisir la profondeur des textes bibliques sont des chrétiens!
Un groupe de pauvres gens non diplômés, qui se retrouvent pour lire ensemble l'Evangile au fin d'une de nos banlieues ou à l'autre extrémité de la terre, sont tout autant des chrétiens!
Qu'on mette une étiquette "catholiques", "protestants" ou "orthodoxes", aux uns comme aux autres, ne change rien: ILS SONT TOUS CHRETIENS!
C'est comme vous et moi, nous avons des chemins de vie radicalement différents...mais nous sommes toutes les deux chrétiennes, c'est certains!
Je trouve dommage que vous ne mentionnez pas le Christ une seule fois dans votre texte...
Fraternellement
Yolande Loran
Chrétienne lamda, BAC -3

Ajouter un commentaire