Vous êtes ici

Quel est le critère de l’Église authentique ?

Jacques NEIRYNCK
© CC0 Creative Commons

Confronté à la multiplicité des Églises qui se réclament du Christ, aucun chrétien ne peut échapper à cette interrogation, dans la mesure où il prend sa foi au sérieux. Sa réponse personnelle est limpide : la véritable Église, l’institution qui mérite ce nom, est celle à laquelle ce croyant adhère. Car il changerait de confession, voire de religion, s’il éprouvait des doutes significatifs. La réponse la plus courante à cette question est donc subjective, mais elle est d’autant plus sûre. Pour tout croyant, il est plus important de pratiquer sa foi dans le contexte où sa naissance l’a placé, plutôt que de se perdre dans une controverse théorique portant sur des institutions humaines.

Dans la vie de tous les jours, le catholique qui rencontre un protestant, un juif ou un musulman ne s’avise guère de le convertir. Le plus souvent, il ne parle pas du tout de religion. S’il en parle, c’est avec beaucoup de discrétion, en se gardant bien de proclamer l’excellence de sa foi personnelle par rapport à celle de son interlocuteur, qu’il importe avant tout de ne pas offenser. On peut blâmer cette attitude comme étant une manifestation de respect humain. On peut aussi la louer comme découlant du respect de l’autre.

Cette réponse des chrétiens ordinaires ne peut satisfaire ni le théologien, ni le magistère. Aux intellectuels qui doutent par profession ou aux pasteurs qui sont souvent interrogés, il faut des vérités objectives. Ils expliquent donc les critères auxquels devrait répondre la véritable Église selon le Credo : l’Église doit être une, sainte, catholique et apostolique. Cela paraît tout à fait logique.

Ce qui l’est nettement moins, c’est l’application de ces critères. En effet, chaque théologien découvre toujours que l’Église, dont il fait partie, est précisément celle qui remplit au mieux ces exigences. Et, au fond, il reproduit la réponse subjective du chrétien ordinaire, la modestie en moins.

Ce ne serait pas trop grave si, dans son argumentation particulière, le théologien se contentait de mettre en valeur les qualités de son Église propre. Quelque diable le tentant, il en arrive parfois à les exalter par opposition aux défauts supposés des Églises concurrentes. Jadis ce jugement était sans appel : hors l’Église (la sienne), point de salut. Aujourd’hui la charité mutuelle a quelque peu progressé : le théologien accorde aux autres Églises d’être en communion imparfaite avec la sienne.

Les théologiens de l’autre bord s’étranglent naturellement d’indignation et soulignent le médiocre esprit œcuménique de leur collègue. Celui-ci, au lieu de s’excuser platement, prétend qu’il a été trahi par les médias, qui ont déformé sa pensée, tellement subtile qu’il est seul à en percevoir toutes les nuances.

Bien entendu, ces querelles de préséance entre Églises chrétiennes vont à fins contraires. Elles ne renforcent la position d’aucune Église, mais elles nuisent à toutes. Elles engendrent l’athéisme pratique de nos contemporains, qui se font une idée trop éminente de Dieu pour l’enfermer dans de telles chicanes.

Tel est le mécanisme des querelles d’intellectuels. Ils ne pensent pas faux. Mais ils ne peuvent s’empêcher de clamer des certitudes que les gens bien élevés taisent par respect spontané pour les convictions de leurs interlocuteurs. L’adhésion à une Église donnée procède de toutes sortes de raisons comme la tradition familiale, l’adaptation à une culture ou l’inclination personnelle. Celui qui transforme cette sagesse intuitive en dogme entame le procès de tous ceux qui se situent en dehors de cette Église particulière : ou bien ils sont de mauvaise foi, ou bien ils ne comprennent rien à rien, ou bien Dieu leur a refusé la grâce dont il a comblé d’autres.

S’il fallait inventer un critère décisif pour distinguer la véritable Église de Jésus-Christ, on proposerait celui-ci : une institution tellement respectueuse de la conviction de tous les chrétiens qu’elle ne prétendrait jamais être la meilleure. Elle s’efforcerait de le devenir ; elle ne s’en targuerait jamais.

A contrario, au moment même où une Église revendiquerait le monopole de l’excellence, elle perdrait son authenticité.

Car les premiers seront les derniers. Parole d’Évangile.
 

Jacques Neirynck

Rubrique du site: 
Les actualités
Commentaires
Simonnet

"Splendeur de la Vérité" est loin de cette vision ... , hélas!

Ajouter un commentaire