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Qu'as tu fait de ton frère ?

Patrice SAUVAGE

« Qu’as-tu fait de ton frère ? » La question de Dieu à Caïn résonne en chaque chrétien. Mais il est rare que nous partagions nos réponses. Pudeur ? Peut-être aussi beaucoup d’embarras, car qui est à la hauteur d’une question aussi vaste ? Pourtant, comme l’a rappelé le pape Benoît XVI, une vie fraternelle de service est une tâche aussi importante que la liturgie et l’annonce de la foi.

Le pape François est allé plus loin, par ses déclarations, par son attitude envers les migrants, et par son exhortation apostolique La joie de l’Évangile, qui enracine l’évangélisation dans la proximité et l’attention spirituelle aux plus pauvres.

C’est pourquoi la promotion de la fraternité dans l’Église, l’engagement après des pauvres et des souffrants vécu en Église, qu’on appelle la diaconie, est un enjeu important pour la Conférence des baptisés. Que doit-elle faire ? Dans le cadre de sa vocation de soutien de l’action des baptisés, elle doit d’abord inviter à la réflexion sur la dimension spirituelle de la vie fraternelle, mais aussi faire connaître ce qui existe. Parce que la mise en commun de nos expériences, si modestes soient-elles, est un puissant encouragement pour ceux qui les découvrent. Tel est le sens de cet appel. Racontez-nous ce que vous avez vécu ou dont vous avez eu connaissance. Votre richesse doit se partager. Nous alimenterons ce dossier de notre site par vos témoignages.

En France, la démarche Diaconia a culminé en mai 2013 lors d’un grand rassemblement à Lourdes. Malheureusement, nos évêques n’ont pas souhaité poursuivre cette dynamique au niveau national, laissant chaque diocèse avancer à sa manière sur ce chemin… ou l’abandonner ! Belle occasion ratée par notre hiérarchie de mettre en route cette figure d’Église que le pape François appelle de ses vœux : un « hôpital de campagne », une Église « tournée vers les périphéries », bref une Église qui, face à la crise du « vivre ensemble », pourrait en quelque sorte recréer la fraternité à partir de ceux que notre société exclut.

Aucun chrétien, affirme le pape François, ne devrait « se sentir exempté de la préoccupation pour les pauvres et pour la justice sociale » 1, car il ne s’agit pas seulement d’une activité d’ordre social ou politique, mais d’une composante essentielle du chemin spirituel pour chacun.

De fait, vivre la fraternité, accompagner les pauvres et les souffrants doit être considéré comme un chemin de foi en tant que tel, et non comme une simple conséquence éthique de la foi. À travers le message, le vécu et la mort du Christ sur la croix, on voit bien comme Dieu va même jusqu’à s’identifier aux exclus. Et combien des expériences humaines courantes, comme se laisser toucher par une personne en souffrance ou ressentir son impuissance et entrer alors dans un dépouillement, ne sont-elles pas autant de « rendez-vous avec le Christ » qui les a vécues jusqu’au bout ? En définitive, l’engagement solidaire et fraternel est une dimension constitutive de la foi et la confrontation à l’humanité souffrante le terreau de celle-ci.

Vivre la fraternité, c’est d’abord vivre la fraternité du quotidien : face à l’isolement et à la non-reconnaissance vécues par beaucoup, il peut s’agir de simples petits gestes d’attention, de disponibilité vis-à-vis des autres, (cf. la parabole du Bon Samaritain, Lc 10,19-37). C’est cette hospitalité de base sans lequel le lien social ne peut exister et qui, peu à peu, va chercher à valoriser l’autre, à l’accompagner dans sa croissance, à accueillir sa différence, à apprendre à recevoir de lui : bref, tout un chemin vers la réciprocité, l’échange à égalité auquel Jésus nous invite à partir du lavement des pieds (Jn 13, 14).

Des pistes d’action

On notera que ces pistes partent des « périphéries », de l’Église « ad extra », comme s’il était nécessaire pour les communautés chrétiennes de se « décentrer » d’abord par rapport à leur fonctionnement habituel d’Église « ad intra ».

  • 1. Donner toute leur place aux pauvres et aux souffrants dans la vie des paroisses et des mouvements

Pour cela, il faut organiser des rencontres qui permettent aux « chrétiens pratiquants » de faire connaissance avec les personnes démunies : tables ouvertes paroissiales, repas partagés... Ce souci doit aussi s’exprimer dans le cadre de la liturgie et de la catéchèse : y rendre possibles des témoignages de personnes en précarité, faciliter l’accès aux sacrements pour ceux qui « ne sont pas dans les clous »…

  • 2. S’intéresser à son environnement, veiller sur lui

Dans les différentes réunions et célébrations d’une paroisse, il faudrait non seulement porter dans la prière les difficultés ou merveilles vécues par nos concitoyens, mais aussi prendre des initiatives pour les rencontrer, les soutenir...

  • 3. Valoriser les acteurs de la solidarité

Trop souvent, la paroisse et les services ou mouvements caritatifs travaillent de manière cloisonnée. Or, toute la communauté chrétienne doit se sentir impliquée dans leurs initiatives, d’où la nécessité là aussi d’échanges avec ces acteurs, de témoignages fréquents de leur part dans la liturgie et la catéchèse, de solenniser là aussi leur envoi en mission.

  • 4. Vivre la fraternité au sein de la communauté

Il serait évidemment incohérent de ne pas vivre cet esprit de fraternité entre les membres de la communauté chrétienne. D’où l’intérêt d’organiser régulièrement des temps conviviaux, ne serait-ce qu’à la sortie de la messe. Cependant, l’ouverture sur l’extérieur doit rester fondamentale, ce qui implique de mobiliser chacun sur l’accueil de nouveaux participants, même occasionnels.

En définitive, c’est toute une culture de la fraternité en Christ qu’il s’agit de promouvoir dans nos communautés et mouvements d’Église, afin qu’elle soit véritablement « signe et moyen du Royaume » pour nos contemporains orphelins du vivre ensemble.

Patrice Sauvage

Pour alimenter ce dossier, faites-nous part des expériences de fraternité dont vous avez connaissance

contact : Patrice Sauvage – chipat@orange.fr

1 La joie de l’Evangile, n°201

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