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Protestants 2017, « 500 ans de Réformes, vivre la fraternité »

CCBF
François Claveroly. © Claude Truong-Ngoc / Wikimedia Commons

À l'occasion des 500 ans de la Réforme, la Fédération protestante de France a organisé un grand événement national à Strasbourg et inviter à trois jours de fête et de convivialité pour vivre la fraternité et porter ensemble la question de la Genèse : « Qu’as-tu fait de ton frère ? »

Voici la prédication apportée à cette occasion par le pasteur François Clavairoly, président de la Fédération protestante de France, le dimanche 29 octobre 2017.
(Lectures bibliques : Genèse 4, 3-10a et Luc, 15, 20-30)

Chers amis, frères et sœurs,

Le geste que nous faisons ce matin est celui de nous mettre à l’écoute. Au cœur du culte se trouve l’écoute de la Parole, comme l’énonce le protestantisme depuis 5 siècles, fidèle au premier commandement : Écoute Israël !

La Parole que nous écoutons est celle d’une grâce qui nous accueille tels que nous sommes et quoi que nous ayons fait, nous établissant frères et sœurs, à égalité entre hommes et femmes, fils et filles d’un même Père.

La parabole du  fils prodigue invite à l’intelligence. Puis-je dire que le message de l’évangile n’est pas celui d’une morale mais celui d’un appel à l’intelligence ? Puis-je dire que croire c’est penser, penser le monde et son malheur pour le traverser et pour y entrevoir les promesses d’une fraternité réconciliée ?

Le Christ propose d’être intelligents !

Il suggère que la fraternité nous oblige, un peu comme l’énonce l’expression « noblesse oblige » : nos vies, notre monde ont besoin de fraternité, et il nous est demandé de vivre en bonne intelligence. Ce jour, il nous est annoncé ceci : l’identité chrétienne, protestante, évangélique, est fraternelle.

Voici comment : le récit raconte l’histoire de deux frères en recherché;  l’un, le plus jeune, quitte la maison, l’autre, l’aîné, n’a jamais cessé d’y travailler. Au retour du prodigue qui ne peut plus rien revendiquer, l’aîné se met en colère. Lui n’a jamais désobéi, il est resté à son poste, il a toujours travaillé. Il prend mal que l’on s’apprête à la fête, il ne peut partager la joie qui s’exprime déjà : celle d’un père qui retrouve un fils perdu.

Il ne comprend pas, lui qui n’a rien perdu, lui qui « croit » qu’il ne s’est jamais perdu, que son père coure au devant du fils et lui offre sa grâce avant qu’il ait le temps de dire quoi que ce soit, avant même qu’il ne balbutie la moindre confession des péchés !

Il ne comprend pas qu’on s’occupe d’un perdant, d’un impur, d’un sdf, d’un réfugié même pas politique. Il ne comprend pas que la vie n’est pas la vie sans les risques, sans les larmes intérieures, sans la douleur de la perte, sans la mort, sans le remord, sans le courage d’un retour et sans l’immense joie des retrouvailles. Il ne veut pas entrer pour la fête, parce qu’il pense être, lui, seul dans son droit, seul légitime, et par manque de confiance en son père qu’il voit se laisser attendrir au lieu d’être sévère. Il s’exclut, ce fils aîné sûr de lui, si pur à ses yeux, il s’excommunie, en niant la fraternité et dédaignant la main qui l’invite. Sa vie est sans vie, comme cadenassée, sans souffle. En croyant être mieux que son frère qui a ses torts, l’aîné ne règle pas la question de la fraternité, il y ajoute seulement sa suffisance et son ressentiment.

Il se tourne sur lui-même, incurvatus in se, recourbé, comme disait Luther pour désigner l’homme pécheur, et ne regarde que sa vérité, que son mérite, que lui-même, comme l’a fait Caïn, jadis, apportant sa rancœur et non son cœur. Il est autocentré alors que le père l’invite à s’ouvrir à l’autre différent, ce frère qu’il ne veut plus connaître quand il le nomme, devant son Père : « ton fils que voilà ! », comme s’il s’agissait d’un inconnu.

Tout pourrait s’arrêter ainsi, sur l’évocation d’une invitation qui attend sa réponse, sur la description des préparatifs d’une fête incomplète.

Une bonne nouvelle est cependant en germe… Une bonne nouvelle se dit, en effet, en cachette, dans le secret de nos cœurs, de notre intelligence, elle se lit entre les lignes. L’absence de conclusion suggère de poursuivre et d’inventer les pages encore non écrites d’une joie et d’une fraternité toujours possibles : il s’agit de saisir que le frère ou la sœur que l’on ne veut pas voir seront pourtant présents demain encore, dans la maison, à côté de nous et même après-demain, et que la vie ne s’arrête pas parce qu’on a décidé de se fâcher. Que la colère ne peut s’éterniser. Vous ne pouvez être sans arrêt en colère, suggère le récit. Il faut donc réfléchir et penser ! Il faut tenir les promesses inaccomplies que la parabole désigne de loin.

Au travers de ses responsabilités citoyennes, dans le champ de ses engagements, chacun est invité à poursuivre la parabole, afin de donner souffle à la société qui en manque, afin de donner du souffle à la République. Une République qui ne reconnaît aucun culte, bien évidemment, mais qui les connaît tous, et au sein de laquelle le chrétien peut assumer sa vocation de vigie, vigie de la fraternité et sentinelle de l’évangile. Une société où le chrétien accomplit cette vocation, celle d’entendre la colère de tous les aînés, mais sans jamais en être complice ni en nourrir l’orage mais bien pour la conduire à son apaisement par l’écoute, par la bienveillance, par la réflexion, par la prière.

Rien ne sert en effet de culpabiliser, rien de ne sert de condamner à notre tour l’aîné comme l’aîné condamnait le prodigue. La porte restera ouverte, énonce la parabole et la fraternité possible, demain et même après-demain. À l’image de l’histoire de Caïn et Abel, souvenez-vous, une histoire placée au début de la Bible, comme pour suggérer qu'une suite est possible, y compris après que le pire a été commis, où il est annoncé une promesse, celle d'une fraternité réconciliée, au nom de laquelle nous pourrons affirmer résolument “oui, je suis le gardien de mon frère, de ma sœur”.

Cette parabole alerte donc et met en garde contre les revendications identitaires et contre le fondamentalisme qui excommunie, humilie et parfois même tue par les mots ou les actes pour clore une histoire.

La Réforme a rappel, il y a 500 ans déjà, que la foi ne revendiquait rien pour elle, qu’elle était confiance, qu’elle appelait à la fraternité. La foi se tient du côté de la confiance et ouvre sur demain.

Croire, c’est ouvrir son intelligence avec confiance. Contre Caïn pour qui croire revient à se justifier, à se comparer, et finalement haïr.

En Christ, chacun, quel qu'il soit et quoi qu'il ait fait, telle est la bonne nouvelle, se trouve situé à égale distance de l'autre, même le plus différent, le plus insupportable, le plus étrange, de sorte qu'il est frère et que nous sommes frères et sœurs à jamais. L’identité chrétienne, protestante, évangélique, délibérément fraternelle, accepte l'altérité en confiance et avec intelligence. Et ensemble nous préparons demain où une fête nous attend. Dieu vous bénit !

Amen.

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