Vous êtes ici

Prendre soin sans dominer ni humilier

Michel MENVIELLE
Steffen Heilfort (Own work) via Wikimedia Commons

Jeudi 29 mars 2018 – Jeudi Saint – Jn 13, 1-15

Avant la fête de la Pâques. Jésus sait que l’heure est venue pour lui de passer vers le Père, et que le Père lui a tout donné dans les mains. Durant un repas avec les siens (littéralement : ceux qui lui sont particulièrement attachés), Jésus se lève, quitte le repas, dépose ses vêtements, se ceint avec un linge, verse de l’eau dans une bassine et lave les pieds de ses disciples. Il arrive devant Simon Pierre, qui refuse tout net, par deux fois : « Quoi, toi, me laver les pieds ? », puis de nouveau, malgré l’insistance de Jésus : « Ah ça non, jamais de la vie ! »

Le lavement des pieds appartient aux lois de l’hospitalité, pour permettre au visiteur de se rafraichir à son arrivée (cf. par exemple, Gn 43, 24 ou Lc 7, 44-46). Outre revêtir le sens d’une purification (Ex 40, 31), laver les pieds de quelqu’un pouvait aussi être considéré comme une action humiliante, comme, a contrario, exprimer la piété la plus éminente – par exemple vis-à-vis d’un maître. La réaction de Simon Pierre est donc très compréhensible !

Jésus invite d’abord Pierre à accepter sans comprendre : tu comprendras plus tard, à la suite de ce qui va se passer. Puis il lui dévoile l’enjeu : « Si je ne te lave pas, tu n’as pas part avec moi. »

Après avoir terminé, Jésus reprend ses vêtements, revient à table, et explique à ses disciples ce qu’il a fait pour eux. Lui, l’enseignant et le maître dont ils reconnaissent l’autorité, leur a montré l’exemple afin qu’à leur tour ils le fassent les uns les autres. J’y entends que Jésus invite ses disciples – ceux qui sont avec lui ce jour-là et ceux qui le seront ensuite – à établir entre eux des relations dont le lavement mutuel des pieds est métaphore, des relations basées sur la juste conscience et l’absolu respect de l’identité et de la dignité, pour soi et pour l’autre. Ni humiliation, ni domination.

Jésus donne ensuite un nouveau commandement, « afin que vous aimiez les uns les autres comme je vous ai aimés, afin que vous vous aimiez les uns les autres » (v. 34). Un nouveau commandement... Le mot grec est celui utilisé lorsqu’il est question des commandements d’Adonaï (cf. Gn 26, 5 ; Ex 15, 26 ; 16, 28 ; Dt 4, 2 ; 6, 1, par exemple). Des indices suggèrent un lien étroit entre ce commandement et ce qu’ont vécu Jésus et ses disciples lorsqu’il leur a lavé les pieds : Jean présente l’initiative de Jésus comme l’accomplissement de l’amour - agapé - (mot grec toujours utilisé dans ces versets, désigne un sentiment différent de l’amour entre époux, de la passion et de l’amitié) de Jésus pour les siens (v. 1) ; Pierre n’a pas part avec Jésus s’il refuse de se laisser laver les pieds (v. 8). L’expérience vécue par chacun lors d’un lavement mutuel des pieds apparait ainsi comme un chemin vers l’objectif eschatologique proposé par Jésus aux siens : pratiquer entre eux un amour - agapé -à l’image du sien.

Jésus et ceux à qui il a lavé les pieds ont vécu une expérience où le corps tient une place centrale. Ce dont il est question nous concerne donc ici et maintenant, comme le souligne le présent utilisé par Jésus dans sa réponse à Pierre (Si… tu n’as pas part avec moi). J’y entends que cette - agapé - peut advenir durant des moments fugaces, lorsque nous arrivons à suivre l’exemple du lavement des pieds. Ces moments ne sont-ils pas traces de la présence du divin en nous, qui nous dépasse ?

Michel Menvielle

 
 
Rubrique du site: 
Commentaires des lectures dominicales
Ajouter un commentaire