Vous êtes ici

Pédophilie, l’Église doit aussi écouter les victimes

Isabelle de GAULMYN
Paru-sur-la-Toile/dans la presse: 
Paru sur la Toile
By Pamputt (Own work), via Wikimedia Commons

C’est désormais à la justice de dire, puisqu’elle est saisie, si le cardinal Philippe Barbarin a ou non fait une erreur d’appréciation dans la manière dont il a géré le cas du P.  Bernard Preynat. Ce n’est donc pas l’objet de ce blog, même si on peut rappeler que dans cette affaire, qui remonte à 1991, les coupables sont nombreux. Les premiers d’entre eux, après le P. Preynat, sont les responsables diocésains de l’époque qui n’ont pas respecté la parole donnée aux parents à qui ils avaient promis d’éloigner définitivement le prêtre des enfants. On peut s’étonner aussi du silence assourdissant, si longtemps, d’une partie des prêtres lyonnais, des parents et de toute la communauté.

Un réflexe d’appareil

L’Église de France affirme qu’il s’agit d’une vieille affaire, qui fut gérée avec les critères d’autrefois. Qu’aujourd’hui, les règles sont claires, l’évêque doit faire un signalement à la justice, et qu’un prêtre coupable de pédophilie ne peut rester prêtre. C’est vrai. Mais se mettre au clair avec la justice n’est pas suffisant. Cela pourrait être compris comme un réflexe d’appareil, si cette démarche s’arrête là. Car il y a, au cœur de ces affaires, des personnes, des victimes, que l’Église semble avoir encore bien du mal à écouter.

Ce qui s’est passé à Lyon est particulièrement monstrueux, et sans doute jamais un prêtre de l’Église catholique n’a-t-il abusé, en France, d’autant d’enfants, si longtemps. La responsabilité en incombe largement à la hiérarchie ecclésiale de l’époque. Pourtant, depuis des semaines, on attend en vain un geste d’Église, en direction des victimes, pour aller écouter leur témoignage, prendre en compte leur douleur. Ils sont considérés, au mieux, comme des gens bien encombrants. Au pire, comme des fomenteurs d’un complot contre l’Église.

Car ces victimes ne sont pas des «  corps étrangers  », ni des «  ennemis de l’intérieur  ». Ils sont baptisés, pratiquants, se sont souvent mariés à l’Église. Ils sont, eux aussi, l’Église : comme enfants de cette Église, leur parole a du poids et droit à la considération. Ils doivent être au cœur de la démarche de réparation. Ce n’est pas à un blog associatif de recueillir leurs témoignages, mais à l’Église. Ce qu’a fait par exemple le diocèse de Boston, aux États-Unis, après la découverte des scandales en 2002.

Les larmes de Benoît XVI

Celui qui n’a jamais entendu une victime exprimer sa souffrance a du mal à se rendre compte de l’ampleur des dégâts provoqués par un tel abus. En 2008, aux États-Unis, Benoît  XVI n’avait pas caché avoir pleuré en rencontrant des victimes d’abus sexuels, et sans doute le choc qu’il a alors ressenti explique-t-il la fermeté dont il a fait preuve ensuite. Le pape François, l’an dernier, dans sa lettre aux conférences épiscopales ne disait pas autre chose : «  les évêques doivent être disponibles pour rencontrer les victimes et leurs proches  », écrivait-il alors.

La semaine dernière, les évêques se sont rendus au Salon de l’agriculture pour, disaient-ils, «  écouter les souffrances »» du monde agricole. Les victimes de prêtres pédophiles ont aussi des souffrances à faire entendre. Il y a eu assez de silence comme ça…

Isabelle de Gaulmyn

http://religion-gaulmyn.blogs.la-croix.com/pedophilie-leglise-doit-aussi-ecouter-les-victimes/2016/03/13/

Rubrique du site: 
Les actualités
Commentaires
Claudine ONFRAY

Oui il est non seulement temps qu'ils entendent les victimes mais aussi qu'ils entendent des soignants non catholiques ou catholiques qui n'ont pas peur de dire .
La gynécologue que je suis pense qu'ils ne sont pas armés suffisamment car souvent un pédophile a un double visage . Il est souvent séducteur surtout s'il est prédateur . Il ment et se ment . Il peut être intelligent .Même dans le coeur des victimes il peut y avoir un mélange de haine et d'attirance, sans parler de leur culpabilité induite par un acte qu'ils pressentent  anormal sans parler des menaces de leurs bourreaux ( tu ne dois pas dire ........c'est entre nous .....).
Oui il y a urgence et il ne devrait pas avoir prescription dans ces actes .
Entendre ce qui paraît impensable , aider les victimes à être reconnues et surtout empêcher de nuire à jamais .
Aussi  leur enlever tout poste d'autorité car c'est toujours en autorité qu'ils sévissent.

Ajouter un commentaire