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Pédophilie, action molle et paroles verbales ...

François et Marie-Marthe DRESS
petit acarien ciron
Joel Mills @ Wikimedia Commons


Pédophilie, action molle et paroles verbales : ne faut-il pas en arriver à couper les subsides à une institution cléricale qui ne veut pas se réformer ?

Monsieur le curé,

Voici revenir l'époque où habituellement nous vous adressons le chèque du denier du clergé.
Nous n'allons pas poursuivre cette pratique annuelle ne varietur. Après avoir longuement approfondi nos motivations, et pesé les avantages et les inconvénients de notre rupture, nous allons diviser cette année la somme en trois.
Un premier tiers est sur le chèque joint à cette lettre.
Un deuxième tiers sera adressé à la Conférence catholique des baptisé-e-s francophones.
Un troisième tiers sera adressé à La parole libérée, association d'aide aux anciens du groupe saint Luc et aux victimes de pédophilie en général.
Cette modification dans nos habitudes est motivée par l'attitude de l'Église vis-à-vis des victimes de clercs abuseurs et pédophiles. On pourrait dire bien des choses sur la pédophilie dans l'Église, nous supposons que vous le savez aussi bien que nous. Nous n'allons certes pas égrener des fais délictueux mais simplement préciser ce que nous, laïcs de Peuple de Dieu, attendons de la hiérarchie.
Le pape François a dit : « Tolérance zéro. » Pascal avait pris le petit acarien appelé ciron comme symbole du plus petit imaginable. Tolérance zéro ? La montagne a jusqu'à présent accouché d'un ciron : la réduction de Fernando Karadima à l'état laïc. Nous ne pouvons pas nous satisfaire d'aussi peu.
Vous imaginez sans peine le cœur de notre motivation. Mûrie personnellement, elle est excellemment résumée par la citation que nous empruntons à La Vie, n° 3810 (6 septembre 2018), p. 23 : « Dans sa Lettre au peuple de Dieu, [le pape François] martèle l'importance de la lutte contre le cléricalisme. […] Mais nous attendons des faits. […] Il faut trouver un ancrage dans le réel, et il serait bon que le pape définisse une feuille de route précise. Si certains ne sont pas démis de leurs fonctions avec fracas, si les questions en suspens depuis des décennies ne trouvent pas de réponses, si l'on n'aborde pas la question du dédommagement des victimes, à quoi serviront cette affliction, cet appel au repentir ? La prière et le jeûne ne sont utiles que s'ils s'accompagnent d'actions concrètes. »
Notre opinion personnelle sur le pape François est qu'il préférerait se comporter ainsi, mais qu'il est pris dans un tel écheveau de pressions et de contraintes qu'il ne le peut pas. Si nous avons des réactions fortes, peut-être cela l'aidera-t-il un peu…
Dans notre longue réflexion sur la question, nous nous sommes progressivement convaincus de la responsabilité écrasante des évêques. S'il y a peu d'évêques abuseurs (adjectif que nous préférons à pédophile, trop restrictif, et qui par exemple convient parfaitement à Theodore McCarrick), le corps épiscopal est collectivement responsable du laxisme et de l'omerta. La Conférence des évêques de France a enfin accueilli et écouté les victimes, mais elle n'a pas suivi le judicieux conseil de Véronique Margron : non seulement écouter les victimes, mais ensuite les inviter à rester en séance plénière, pour discuter avec elles des mesures à prendre.
Il y a une erreur d'appréciation sur la responsabilité. Que les prêtres abuseurs soient coupables est une évidence. Mais qu'ils aient été protégés par leurs évêques fait de ceux-ci les responsables de la crise que vit aujourd'hui l'Église. Le pape reconnaît la faute et demande le pardon. C'est gentil mais on attend l'aveu des évêques qui ont couvert et protégé la pédophilie. Car c'est bien à cause d'eux que les curés et les aumôniers doivent mettre en place tout un système de mesures de précautions ostensibles pour rassurer les parents, c'est bien à cause d'eux que les inscriptions au catéchisme chutent dramatiquement, c'est bien à cause d'eux que de nombreux chrétiens qui se posaient des questions sur leur foi et sur l'Église ne s'en posent plus et se détournent, c'est bien à cause d'eux que toute la société perçoit l'Église comme une institution honteuse.
Nous faisons partie de ceux qui se posent des questions sur leur foi et sur l'Église, mais nous avons choisi de ne pas partir. Nous avons vibré au Concile Vatican II, et nous nous sommes désolés de voir nos espoirs progressivement éteints par une partie de la hiérarchie, mais nous avons choisi de ne pas partir. Nous restons mais nous crions, nous exhortons notre famille et nos amis à crier, à réagir, à participer à tous les mouvements qui émergent aujourd'hui pour exiger que la tolérance zéro ne reste pas une pieuse parole mais devienne une purification réellement à l'œuvre.
Nous croyons au Christ et à l'Évangile, mais nous rejetons – avec le pape François – le cléricalisme. Si vous ne l'avez pas encore fait, lisez l'article de la sociologue Danièle Hervieu-Léger « Pédophilie dans l'Église : " C'est le système clérical qu'il faut déconstruire " » dans le Télérama n° 3592 (14 novembre 2018), p. 3-8 (on peut le trouver notamment à http://www.ccb-l.com/medias/files/telerama-n-3592-17-11-2018-d.-hervieu-...). Cet article est en accord parfait avec notre ressenti le plus profond. Lisez et écoutez Danièle Hervieu-Léger, croyez-la.

Nous vous prions d'agréer, monsieur le curé, avec toute notre sympathie, l'expression de nos sentiments respectueux.
 

François et Marie-Marthe Dress - Paris, le 20 novembre 2018

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