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Les pauvres invités au festin des noces

Patrice SAUVAGE
Repas à l'association Zébédée
Association Zébédée

Les pauvres invités au festin des noces
Comme chaque été au cours du mois d’août, le pèlerinage national organisé par les assomptionnistes à Lourdes a été célébré par les journaux catholiques, qui ont par contre passé sous silence un pèlerinage certes moins prestigieux, mais beaucoup plus innovant pour une Église en quête de sens : celui organisé par le Réseau Saint Laurent pour les personnes en précarité du 6 au 11 août dernier.
Soutenu par le Secours Catholique depuis une dizaine d’années, le réseau Saint Laurent « met en relation des groupes chrétiens diversifiés qui partagent en Église un chemin de fraternité et de foi avec et à partir de personnes vivant des situations de grande pauvreté et d’exclusion sociale. Il a à cœur que ce chemin devienne celui de toute l’Église » (extrait de sa charte). Sur toute la France, il existe ainsi près d’une centaine de groupes qui partagent la prière et la Parole de Dieu avec les plus pauvres, le plus souvent à la suite de l’enseignement du père Joseph Wresinski, fondateur d’ATD Quart Monde. Ce réseau, qui a joué un grand rôle dans la préparation et l’animation de la rencontre Diaconia 2013, se réunit tous les deux ou trois ans à Lourdes à la Cité Saint Pierre du Secours Catholique (voir son site reseau-saint-laurent.org).
Cette année, ce sont environ 700 personnes, pour la plupart en grandes difficultés, qui sont venues à Lourdes méditer le texte des noces de Cana (Jn 2, 1-11), qui leur a fait parcourir un itinéraire spirituel. D’abord investis comme serviteurs à ces noces, après avoir obéi à l’ordre de Marie (« faites ce qu’il vous dira ») et contemplé le miracle accompli par Jésus, les participants en sont devenus les invités au dernier jour, animant une joyeuse parade dans les rues de la ville. Plusieurs pièces de théâtre ont été interprétées à partir de ce thème par des personnes fragiles ; un festival des talents, de la danse à la céramique, de la gestuation de la Parole à la décoration florale, a manifesté leur incroyable créativité ; bien sûr, se sentant très proches de la petite Bernadette, la plupart ont participé aux différentes propositions des sanctuaires, en particulier la prière à la grotte, les piscines et la procession mariale, mais à travers toutes ces activités c’est d’abord une ambiance exceptionnellement fraternelle et festive qu’on retiendra de ces journées : il est clair que le partage avec les plus pauvres, dans la simplicité, nous fait communier au Christ et à son amour si lumineux.
 
C’est cette expérience que le pape François nous invite à vivre à l’occasion de la deuxième journée mondiale des pauvres, qui aura lieu le 18 novembre prochain, en même temps que le dimanche du Secours Catholique. « Un pauvre crie ; le Seigneur entend », tel est le titre du texte qu’il a écrit le 13 juin dernier pour préparer cette journée, un texte qui, comme celui de l’an dernier, n’a semble-t-il pas eu jusqu’à présent beaucoup d’écho. Voici notamment ce qu’il écrit au paragraphe 6 de son message :
« En cette Journée Mondiale, nous sommes invités à donner corps aux paroles du Psaume : "Les pauvres mangeront : ils seront rassasiés" (Ps 21, 27). Au Temple de Jérusalem, nous savons qu’après le rite du sacrifice, un banquet avait lieu. C’est une expérience que de nombreux diocèses [sic !] ont faite l’année dernière, qui a enrichi la célébration de la première Journée Mondiale des Pauvres. Beaucoup ont trouvé la chaleur d’une maison, la joie d’un repas festif, et la solidarité auprès de ceux qui ont voulu partager la nourriture d’une façon simple et fraternelle. Je voudrais que cette année encore, et à l’avenir, cette Journée soit placée sous le signe de la joie et d’une capacité renouvelée à se retrouver. Prier ensemble en communauté et partager le repas du dimanche, cest une expérience qui nous ramène à la première communauté chrétienne, dont l’évangéliste Luc décrivait l’originalité et la simplicité : "Ils étaient assidus à l’enseignement des Apôtres et à la communion fraternelle, à la fraction du pain et aux prières. […] Tous les croyants vivaient ensemble, et ils avaient tout en commun ; ils vendaient leurs biens et leurs possessions, et ils en partageaient le produit entre tous en fonction des besoins de chacun" (Ac 2, 42.44-45). »
Le site Servons la Fraternité (https://servonslafraternite.net/qui-sommes-nous), créé par la Fondation Jean Rodhain, présente quelques récits d’expériences vécues l’an dernier dans les diocèses, ainsi que quelques pistes méthodologiques dont nous pourrions nous inspirer pour vivre vraiment ce « festin des noces » qui, pour François, devrait être chaque année « un moment privilégié de nouvelle évangélisation » : « Les pauvres nous évangélisent, en nous aidant à découvrir chaque jour la beauté de l’Évangile. Ne passons pas à côté de cette occasion de grâce. »
Patrice Sauvage
 

Rubrique du site: 
Fraternité – diaconie, service des frères
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