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Parole qui éclaire nos choix ou savoir qui nous les impose ?

Michel MENVIELLE
Denier commémorant les conquêtes gauloises de Jules César
Par cgb [CC BY-SA 3.0 (https://creativecommons.org/licenses/by-sa/3.0)], via Wikimedia Commons

Dimanche 22 octobre 2017 – 29e dimanche du temps Mt 22, 15-21

Ce texte fait suite à une série de paraboles que, nous précise Matthieu, les pharisiens ont compris comme métaphores de leur comportement (Mt 21, 45). Ils prennent conseil, afin de prendre Jésus au piège de ses paroles. Ils envoient vers Jésus leurs disciples, avec des partisans d’Hérode, pour lui demander s’il est permis ou non de donner le cens (un impôt romain) à César. En réponse, Jésus leur fait constater que la monnaie de l’impôt est à l’effigie de César avant de les inviter à rendre à César ce qui est à César et à Dieu ce qui est à Dieu.

Bref dialogue, où chacun manifeste sa vision du rapport à Dieu.

Les envoyés des pharisiens appellent Jésus : maître. Un maître dont l’enseignement est juste, attentif à chacun, qui qu’il soit. Un maître qui enseigne les chemins de Dieu en vérité. Mais le mot grec qu’ils utilisent (didaskalos) désigne un maître qui enseigne et transmet un savoir, et non un maître dont la parole est souveraine (kurios, mot grec généralement utilisé dans les évangiles lorsqu’il s’agit de Jésus). Et ils posent leur question sous une forme impersonnelle : est-il permis de… ? Ce qui concerne les chemins de Dieu serait-il, pour eux, un savoir normatif et impersonnel qui permet de décider ce qu’il faut faire dans telle ou telle situation ?

Jésus se rend compte de leur méchanceté et sa question, concernant l’impôt, va dévoiler à elle-seule leur duplicité : voici que des partisans du tétrarque, établi par Rome, demandent s’il faut payer l’impôt romain !

« Montrez-moi la monnaie du cens. » Jésus indique que son enseignement, sur les chemins de Dieu, est une parole qui éclaire les choix et non pas seulement un savoir, une réponse « prête à l’emploi ». Le mot grec utilisé par Jésus (peirazo, « éprouver, tenter ») pour caractériser la question qui lui est posée est celui utilisé lors de la tentation au désert (Mt 4, 1-3). Indice d’une similitude entre demander à Jésus une réponse « prête à l’emploi », afin de le prendre au piège de ses paroles, et les demandes du tentateur au désert.

Et il conclut : « Rendez (litt. : donner à qui de droit) à César les [choses] de César et au dieu les [choses] du dieu. »

Les choses de… Donner à qui de droit… Jésus invite ses interlocuteurs à mettre César à sa juste place, celle d’un homme, empereur de l’empire auquel appartient leur pays et dont ils doivent respecter les lois. Et il invite chacun de nous, lecteurs de l’évangile, à discerner entre ce qui concerne le pouvoir temporel, et ce qui est de l’ordre du divin, de la vie spirituelle. Cet appel de Jésus est pour moi indissociable d’une métaphore du jugement dernier proposée par Jésus en Mathieu 25 : ceux qui recevront le royaume en héritage sont ceux qui auront été très concrètement présents auprès de l’humanité en souffrance. Donner à Dieu les choses de Dieu, n’est-ce pas en particulier se laisser guider, au cas par cas et dans chacune de nos actions, par la reconnaissance de la présence du divin au plus intime de chacun de nous ?
 

Michel Menvielle

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