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La parabole, parole d’évangile ou bonne nouvelle à questionner ?

Anne-Joëlle PHILIPPART
© Portable Antiquities Scheme from London, England / Wikimedia Commons

Dimanche 12 novembre octobre 2017 – 33e dimanche du temps – Pr 31, 10-13.19-20.30-31 ; 1 Th 5, 1-6 ; Mt 25, 14-30

Étrange parabole. Il y aurait donc des humains à 5, 2 et 1 talents. De plus, celui qui n’en a qu’un est paresseux, idiot et il se fait réprimander par Dieu. Hum, cette histoire ne semble pas très évangélique ! Où est donc passé ce Dieu généreux, plein d’amour et de miséricorde ?
Bizarre ! Vous avez dit bizarre ? Eh bien c’est normal ! Quand un texte d’évangile dérange, c’est qu’il doit être réfléchi au-delà d’une compréhension superficielle. Il doit être lu avec les yeux de Dieu. La Bible n’est heureusement pas composée de livres auxquels il faudrait croire sur parole, ou pire, sur mesure, en fonction de nos désirs ou de nos peurs. La Bible est un livre qui nous questionne.

Quant à notre première question, Saint Paul nous amène un élément de réponse en disant que nous sommes tous des fils de la lumière. Nous sommes tous des enfants de Dieu. Nous avons de la valeur à ses yeux et il nous fait confiance. Il nous demande de faire connaître son Église, composée de sœurs et de frères égaux qui s’aiment et se respectent (Mt 22, 39-40). Pour cela, il nous donne des outils, des talents. Mais peu importe le nombre. Confiants en Dieu, et en nous-même, nous avons juste à les faire fructifier. La logique du Royaume n’est pas une compétition. Il ne s’agit pas d’être au pouvoir, de gagner la course et d’être plus riche, plus fort, plus connu. Nous avons reçu des talents pour être au service des autres (Mt 20, 26-28 ou Mt 23, 11-12). Davantage de talents signifierait donc… davantage de services. La logique humaine nous siffle alors, à l’oreille, qu’il vaudrait mieux ne pas en avoir reçu de trop… pour pouvoir rester planqué. Eh non, tout faux ! La parabole explique que même quand on n’a reçu qu’un talent, Dieu attend que nous osions faire ce que nous pouvons. Pour lui, peu importe. Il nous demande, en confiance, d’essayer. Ce que Saint Paul confirme en disant « ne restons pas endormis, soyons vigilants ». De plus, qui, de nous, a reçu 5 talents valables dans tous les domaines ? Certains seront des intellectuels, d’autres des manuels, ou des créatifs ou de brillants communicateurs… Bref, c’est ensemble que nous formons un arc-en-ciel de talents. Nous représentons, ensemble, toute la palette des couleurs, là où une seule couleur, même brillante, n’arrivera jamais à couvrir tout le spectre.

Pour terminer, regardons le personnage qui décide de ne pas faire fructifier son talent. Étrange comportement, fort peu naturel. Qui refuserait d’essayer de faire ce qu’il fait bien s’il n’avait été préalablement saboté, empêché d’agir, bloqué dans son élan ? Don de Dieu gâché, le talent s’éteint. À qui la faute ? Quels ont été ces mécanismes d’enfermement qui nie à l’autre le don reçu de Dieu ? Délit de sale gueule, sexisme et discrimination de tout genre, moqueries diverses et assignation unilatérale cassent le rêve de Dieu, son plan pour notre humanité. Les exemples autour de nous sont nombreux et parfois subtils, comme en creux. Ainsi en est-il de cette première lecture des proverbes où, par trois fois, sont supprimés les passages où les femmes sont valorisées dans des fonctions d’autorité, revêtues de sagesse et de splendeur (Pr 31, 14-18 et 24-26). Il ne reste, dans la version écourtée, qu’une femme avec sa quenouille en train de filer la laine et le lin. Étrange censure qui cache alors ce Dieu généreux, plein d’amour et de miséricorde qui appelle ses filles et ses fils à le célébrer.
 

Anne-Joëlle Philippart

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