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Pape François, ... avec Dominique Wolton

Antoine SONDAG
Pape François, Rencontre avec Dominique Wolton

Pape François, Rencontre avec Dominique Wolton, Politique et société,

Paris, Éditions de l’Observatoire, 425 p., 21 €

Le pape s’est laissé interviewer assez longuement – douze séances de deux heures – il vaudrait mieux dire un dialogue tant l’interviewer est actif et présent, avec des questions parfois plus longues que les réponses !

L’interviewer est très connu dans le milieu ; il s’agit du sociologue Dominique Wolton qui a déjà produit de semblables livres, grands succès de librairie : avec le cardinal Lustiger, Le choix de Dieu (1986 déjà), avec Raymond Aron ou Jacques Delors. Comme l’indiquent justement le titre du livre et la bande annonce, il s’agit plus d’une rencontre ou d’un dialogue que d’une banale interview. Wolton est très présent, avec ses intérêts de sociologue de la communication. Ce qui le fascine chez le pape, c’est précisément cette formidable capacité à communiquer « en vérité », sans donner le sentiment d’être influencé par un communicateur caché dans les coulisses, comme on le voit dans la vie politique. Wolton part à la recherche des secrets de communication chez le pape. Le pape ne semble pas trop intéressé par les centres d’intérêt du sociologue. L’initiative du livre revient à Wolton, selon qui la vraie communication suppose la liberté et l’égalité des partenaires. Communiquer, c’est parfois partager, mais le plus souvent, c’est négocier et cohabiter, dans un monde de pluralité des cultures. Le pape semble, aux yeux de Wolton, un expert dans cette communication, et il voudrait que le pape donne son avis sur ces points, et nous donne des leçons de bonne communication. Le pape répond à côté des questions et poursuit son propre projet. Un livre sur la communication marqué par beaucoup d’in-communication entre l’interviewé et l’interviewer !

Grand public : c’est à lui que le livre est destiné, public pas forcément catholique, et pas forcément très cultivé en matière religieuse. Mais Wolton vient au secours du lecteur et explique en note beaucoup de choses, comme la théologie de la libération, et aussi les Béatitudes ! Grand public ! Pas de jargon, pas de référence érudite à des auteurs (qu’on n’a pas lus). Dans ce livre, le pape parle comme il parle ailleurs et comme il parle tous les jours. Style oral, simple et compréhensible. Il parle en pasteur (« Jean-Paul II était un professeur d’université » remarque-t-il malicieusement, et Benoit XVI aussi).

Wolton, en bon Français, estime que son appartenance religieuse relève de sa vie privée et n’est pas très loquace sur ce sujet. Tout au plus révèle-t-il qu’il a reçu une éducation catholique et qu’aujourd’hui, il est un chercheur agnostique. Nous n’en saurons pas plus. Ses questions sont celles d’un sociologue, d’un homme intéressé par la politique, par la communication… À peu près rien sur la vie intérieure, sur la vie spirituelle, pas de question, et pas de réponse.

Contenu du livre. […] Huit chapitres donc sur la place de l’Église (catholique) dans le monde, dans la politique, à partir du premier pape jésuite, premier pape latino-américain. Wolton est très français, et le pape très pape. Il entre parfois difficilement dans les catégories utilisées, répond à côté des questions… Gauche-droite, tradition-modernité : le pape se coule mal dans ces petits casiers (et certains casiers sont très français). Le pape suit son chemin… ce faisant, ce pape se montre très humain, enraciné dans sa propre vie, dans son expérience, dans ses lectures aussi dont il ne fait pas étalage. De l’humour aussi.

Où sont les scoops ? On découvre que le pape est favorable à un pacte d’union civile (et non un mariage religieux ou civil) pour les personnes de même sexe souhaitant légaliser leur vie commune. Il préconise l’accueil des migrants et il ramène des réfugiés musulmans dans son avion depuis Lesbos. Il parle à des prostituées un 15 août et lave les pieds de migrants clandestins un Jeudi saint. Il dénonce « l’argent qui tue » et la « mondialisation de l’indifférence et de l’égoïsme». Il ne décolère pas contre les ravages du cléricalisme dans les séminaires et les paroisses. Il rappelle que les laïcs sont les protagonistes de l’évangélisation. Il appelle des femmes aux responsabilités. Il déclare « irréversible » et très bénéfique la réforme liturgique du concile Vatican II (et toc pour le cardinal Sarah !). Il invoque souvent Paul VI, le pape du dialogue et d’Evangelii Nuntiandi. Il demande la miséricorde pour les divorcés remariés. Il a consulté pendant six mois une psychanalyste juive à Buenos-Aires dans les années 70. […]

On pourra dire que ce pape est de gauche, ainsi que l’indique Le Figaro Magazine. Cela fait vendre la presse. Il est plus pertinent de remarquer que le pape n’entre pas dans nos catégories trop françaises ou trop classes moyennes distinguées. […]

Résumé. Le pape pourfend la rigidité, le cléricalisme, l’argent, le manque de cœur. Ses mots favoris sont la joie, la proximité, la prière. Wolton aimerait savoir comment on gère une Église multiculturelle, dans le monde fragmenté qui est le nôtre. Comment on communique à l’âge de l’immédiateté et du déluge de communication tous azimuts. Le pape ne répond guère à ces interrogations légitimes. Il se cale sur l’Évangile, c’est sa réponse aux questions. Accueillir, accompagner, discerner, intégrer. Ces quatre verbes résument Amoris Laetitia. Elles résument aussi le programme de gouvernement du pape. Et les conseils qu’il donne aux politiques qu’il rencontre. Et ces quatre verbes ressemblent furieusement aux quatre verbes à mettre en œuvre pour la politique migratoire : accueillir, protéger, promouvoir, intégrer.

Lacunes du livre. Ce livre, ainsi qu’il est indiqué et que le titre le laisse à penser, est très politique. Il traite des sujets qui concernent les relations entre l’Église et la société. La gestion de notre planète. Et pourtant il n’y a quasiment rien sur l’Asie et l’Amérique du nord. Il me semble que le mot Chine n’apparait pas. Tout se passe entre l’Amérique latine, l’Afrique et l’Europe (assimilée à l’Europe occidentale). Limites du pape ou limites de l’interviewer ? […]

Conclusion. Un livre à lire. À offrir à vos amis, plus ou moins chrétiens. Surtout à ceux qui sont décontenancés par le pape (« qu’il retourne dans sa pampa » peut-on lire sur facebook, sous la plume de gens très distingués). Pour saisir la cohérence d’une pensée, d’une action plus que d’une pensée. Enracinée dans l’évangile et la tradition de l’Église.
 

Antoine Sondag – 7 septembre 2017

http://www.mission-universelle.catholique.fr/sinformer/leglise-catholique-dans-le-monde/296352-livre-pape/

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