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Ouvrez l’eucharistie !

Pascal RIOU
Grotte Sainte Baume
©. Disdero. Wikimedia Commons

Il est une montagne non loin de Marseille qui est aussi un lieu de pèlerinage séculaire : la Sainte Baume. La forêt qui y pousse est presque aussi célèbre que la tradition légendaire qui veut que ce soit là, dans une grotte à flanc de falaise, que Marie Madeleine vint finir ses jours, dans la prière et servie par des anges. L'attachement des Marseillais, entre autres, à ce lieu est profond. Ils y trouvent fraîcheur et grands espaces, ils apprécient le dimanche la table du monastère où les Dominicains officient depuis toujours. C'est ainsi le lieu d'une ferveur populaire : pèlerins, randonneurs et promeneurs du dimanche s'y croisent sans heurts. Un lieu d'Église comme il en est de moins en moins, car fréquenté par tout un chacun et pour des motifs divers. Fréquenté donc par des hommes, des femmes et des enfants dont la pratique religieuse peut être rare, voire à peine un souvenir mais qui ne sont pas sans respect pour une tradition religieuse et le lieu qui est le sien.

On se prend alors à rêver que dans un tel lieu, où la beauté de la nature reçoit l'éclairage spirituel d'une des figures les plus attachantes et profondes de l'Évangile, l'Église et ses servants n'aient d'autre désir que celui de l'accueil, de l'écoute de chacun et ce sans regarder à sa formation doctrinale ou à ses états de vie. On se dit qu'un sanctuaire consacré à Marie Madeleine serait bien le lieu où dire et méditer, entre autres phrases « choquantes » de l'Évangile, celle qui proclame que « les prostituées et les publicains nous précèdent dans le Royaume de Dieu ».

Mais voilà, il se trouve qu'il y a peu, je suis monté une nouvelle fois à la grotte (une heure de marche) pour participer à la messe. L'Évangile de ce jour était celui de la Samaritaine dont on sait qu'elle n'était pas juive, qu'elle vivait avec un homme qui n'était pas son mari et qu'elle en avait eu cinq avant lui ! On sait aussi que c'est bien à elle que le Christ annonça, en tout premier, la révélation de sa messianité. Or que se passa-t-il en ce jour, juste avant l'eucharistie ? Eh bien les marcheurs que nous étions eurent droit à un long rappel de l'officiant nous signifiant que, pour communier, il nous fallait être non seulement en parfaite conformité d'esprit avec le dogme catholique quant à l'eucharistie, mais aussi dans un état de vie strictement conforme à la morale catholique. Exit donc les réformés, les luthériens et autres orthodoxes, exit les divorcés remariés, les épouses et époux de ces divorcés. Du coup, parmi tous les participants de cette messe, une seule personne se présenta pour communier. Oh certes, elle arborait tous les signes de la parfaite convenance : à genoux, langue tirée, tête baissée !

Ah mon très révérend frère, quelle belle leçon de théologie et d'humanité vous nous avez donnée là ! Et combien je dois vous remercier de nous avoir enfin révélé que Jésus avait certainement exclu de sa table : Madeleine, la Cananéenne, la Samaritaine, Pierre qui allait le renier, sans oublier Judas, et qu'Il avait exigé des quelques « happy few » restants, pour qu'ils communiassent, tout un traité de théologie sur la présence réelle, et de s'être confessés au préalable ! Et voyez-vous, ce merci j'aurais aimé vous le dire de vive voix dans une saine et sainte colère ! Mais à peine la messe finie, vous avez filé dans votre couvent et en avez fermé la porte à clef. Votre ministère se prolongeait ainsi par un grand sens de l'accueil, en toute et bonne logique. Oui, ainsi avez-vous procédé, dans la fermeture de l'esprit et du cœur, et sans même vous rendre compte des dégâts que vous causiez, car vos paroissiens d'une heure, et pas seulement l'auteur de ces lignes, sortirent de l'office emplis de colère et plus encore de chagrin devant ce visage insupportable de l'Église.

Oh ce n'est pas contre vous, personnellement, cher frère, que j'en ai, ni contre l'ordre qui est le vôtre et dont je connais la grandeur. Mais c'est bien contre un système qui ne se pense jamais comme système mais fonctionne ainsi, clos sur lui-même, suffisant, et contre sa prétention à moitié inconsciente de construire une Église de purs ou de se croyant tels. Dans son aveuglement, ce système ne veut ni ne peut voir ni le désert qu'il engendre, ni les drames qu'il produit à foison chez tant d'hommes et de femmes de bonne volonté, et même chez tant de prêtres, pris qu'ils sont dans faisceaux ravageurs d'injonctions contradictoires.

Alors oui, cela suffit. L'absence d'hospitalité eucharistique envers nos frères chrétiens appartenant à d'autres confessions, ou son si rare octroi du bout de lèvres épiscopales, ce scandale doit s'arrêter. Et vite, très vite. De même que doivent cesser ces insupportables arguties pseudo théologiques voulant à toutes forces justifier l'exclusion des sacrements pour les divorcés remariés.

À la Samaritaine, que je sache, le Christ n'a pas demandé de croiser les bras pour recevoir sa bénédiction, mais il lui a demandé et donné à boire l'eau profonde en qui s'étanchent non seulement la soif mais aussi le plus haut de tous les désirs. Combien de temps encore, Église qui est la mienne, refuseras-tu à tous les Samaritains d'aujourd'hui le pain de la vie et la coupe du salut donnés pour la multitude ?
 

Pascal Riou – Dimanche de Pâques 2017

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