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N'ayez pas peur ! Écoutez, voyez, et comprenez !

Michel MENVIELLE
Le semeur de Vincent van Gogh
Vincent van Gogh [Public domain], via Wikimedia Commons

Dimanche 16 juillet 2017 – 15e dimanche du temps ordinaire Mt 13, 1-23 – Is 55, 10-11 – Ps 64, 10-14

Un semeur sortit pour semer. Ce que deviennent les semis dépend de là où ils sont tombés : au bord du chemin, ils sont dévorés ; sur un sol pierreux, ils dessèchent ; sur les épines, ils sont étouffés ; sur la bonne terre, ils donnent du fruit. Le récit est factuel : le semeur sème, chaque semis tombe là où il tombe, son évolution dépend de là où il est tombé. Qui est le semeur ? Et que sème-t-il ? Semailles mystérieuses au premier abord !

Seuls avec Jésus, ses disciples lui demandent pourquoi il parle en parabole à la foule. En réponse, Jésus cite une prophétie d’Isaïe : « En effet le cœur de ce peuple fut épaissi, et ils entendirent difficilement par les oreilles et ils fermèrent leurs yeux de peur qu’ils voient par les yeux et qu’ils entendent par les oreilles et qu’ils comprennent par le cœur et qu’ils se convertissent et que je les guérisse. » (Is 6, 9-10) Et il leur dit que eux sont bienheureux parce qu’il leur est donné de connaître les mystères du Royaume des cieux alors que cela n’a pas été donné à la foule.

Puis Jésus leur explique la parabole. Elle concerne ceux qui entendent la parole du Royaume. Et la nature du terrain où tombe la semence est métaphore de la façon dont la parole entendue est reçue et gardée. Un ne la comprend pas. Un autre la comprend et l’accueille avec joie, mais oppressions et persécutions le font chuter. Pour un autre, encore, étouffée par les tromperies du monde, elle ne porte pas de fruit. Un autre, enfin, l’entend et la comprend, elle produit du fruit en abondance. De même que la parabole, ce que dit Jésus à ses disciples est factuel. Simples constats, sans jugement sur la façon dont ce qui concerne le Royaume est reçu et gardé.

Un… Un autre… Un autre... À qui, à quoi Jésus fait-il ainsi référence ? J’ai un jour rencontré à Taizé un moine qui avait coutume de dire que chacun porte une parole de l’évangile. En utilisant la métaphore de la parabole, il disait que chacun est « bonne terre » pour une – ou plusieurs – de ces paroles. J’y entends que, probablement, chacun est également rocaille, épines, ou bord du chemin, pour telle ou telle autre parole de l’évangile. Le texte grec permet cette lecture. Dans l’explication de la parabole, ce qui est habituellement traduit par « celui qui a été semé sur… » peut en effet être traduit, au plus près du grec, par « le ayant été semé sur… » : le texte grec n’explicite pas ce qui a été semé.

Dans cette perspective de lecture, ce qui a été semé, ce n’est pas une personne mais une parole (en grec : logos, mot masculin) de l’écriture. Le semeur, c’est le divin : le dieu d’Israël, Jésus ou son Père. Le terrain sur lequel la parole tombe, c’est celui qui entend la parole. Et chacun reçoit de façon différente chacune des paroles : à chaque façon différente de recevoir et garder une parole correspond un terrain différent. Le semis qui tombe sur un terrain est ainsi métaphore d'une attitude spirituelle d’écoute de la parole.

Lue ainsi, la parabole est métaphore de notre rapport personnel à l’évangile, de notre vie spirituelle de chrétien. Elle nous invite à la regarder avec lucidité, et nous aide à le faire aussi sereinement que possible. La prophétie est alors invitation à nous engager sur un chemin de conversion vers un but eschatologique, le Royaume, sans avoir peur. Elle est promesse que celui qui nous y invite nous accompagnera, pour guérir notre vie spirituelle. Promesse annoncée par les prophètes et le psalmiste, ainsi que l’illustrent les autres textes du jour,
 

Michel Menvielle

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