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Mgr Cattenoz : enquête sur un désastre épiscopal

Christian TERRAS
Avignon. Pont saint Bénézet. © Domaine public.

Depuis quinze ans, Jean-Pierre Cattenoz occupe la dignité d’archevêque d’Avignon. Rien ne laissait présupposer une telle nomination lorsqu’en 2002, à 57 ans, il est promu archevêque dans le Vaucluse, tant son parcours est éclectique et suscite questionnement, naviguant entre diverses congrégations religieuses, officiant dans le diocèse où il a été nommé évêque, suscitant partout où il est passé un large scepticisme quant à sa personnalité. Lorsque son nom est sorti en 2002, ce fut un coup de tonnerre local. Jean-Pierre Cattenoz, curé en paroisse puis membre responsable au sein de l’Institut Notre-Dame de Vie depuis 2000, a aussi été professeur au grand séminaire d’Avignon. Selon de nombreux témoignages, il était loin de faire l’unanimité de la part de ses confrères et des séminaristes. Facilement querelleur, sachant colporter sur les autres, cultivant de sérieuses inimitiés, jugé médiocre quant à son enseignement. L’histoire nous a appris qu’il n’était pas le candidat attendu puisque Mgr di Falco tenait la corde pour ce poste laissé libre après le départ pour limite d’âge de Mgr Bouchex (1978-2002). Pour des raisons d’actualité du moment, Mgr di Falco [il devint finalement évêque de Gap en 2003, charge qu’il occupa jusqu’en 2017, NDLR] n’a pas pu être nommé et dans l’urgence le nom de Jean-Pierre Cattenoz est sorti du chapeau.

Son ministère était frappé de vices au départ : 1/ Il était du diocèse et trop connu pour avoir cultivé des relations difficiles avec certains de ses confrères et démontré son absence de charisme en matière de relation. 2/ Il possède un caractère entier, « un bulldozer » comme il se définit lui-même, très emporté mêlant facilement séduction et destruction souvent vis-à-vis des mêmes personnes selon une logique récurrente et implacable. Après les premières périodes dites d’état de grâce, le naturel est revenu au galop. Jean-Pierre Cattenoz a installé un système personnel dans lequel sont remontées toutes ses incapacités à être un pasteur, un père, un frère. Très vite il a voulu se démarquer de l’ère de Mgr Bouchex, son prédécesseur qui avait conduit avec méthode et constance sur plus de dix ans une démarche synodale traçant avec le peuple de Vaucluse, en parfaite collaboration avec son clergé, les conditions pour affronter le changement d’époque.

Il a demandé à certains prêtres qu’il jugeait inaptes à pouvoir travailler avec lui de quitter le diocèse : « C’est toi ou c’est moi ! » Très vite il a considéré sa position d’évêque comme une place forte où il pourrait gouverner à sa main, ne référant à personne, doublant les organes de conseil de l’évêque du diocèse, engageant de profondes réformes et des travaux somptuaires dont la fermeture du séminaire du diocèse d’Avignon pour le transformer en un vaste palais épiscopal après voir vendu l’évêché rue d’Annanelle. Très vite encore, il a imposé sa marque en voulant mettre au pas l’enseignement catholique en instituant une charte de l’enseignement catholique. Très vite toujours, il a été inquisitorial avec ses prêtres dans des démarches intrusives, colportant à l’un ce qu’il savait de l’autre, instituant un climat étrange de papotages et de rumeurs qui en ont ébranlé plus d’un. La tension est vite montée et a atteint un paroxysme en 2009 au sein du conseil épiscopal lorsque le vicaire général notamment a démissionné, dont un prêtre qui est maintenant évêque de Montauban [depuis 2007, NDLR], Mgr Ginoux. Le conflit qui avait été porté au grand jour a conduit à un déferlement médiatique sans précédent. Un collectif de prêtres s’est organisé pour tenter de résister et de faire connaître leur vécu.

Le mouvement « Chrétien en Vaucluse »

Le mouvement « Chrétiens en Vaucluse » (CEV) est né de l’initiative de nombreux catholiques du Vaucluse qui ont réagi au fil des années au comportement personnel de l’évêque d’Avignon. Les sympathisants du mouvement ont pris des initiatives soit individuelles soit plus collectives pour faire connaître aux autorités ecclésiastiques cet état de fait et ont demandé le départ de l’évêque. A partir du début de l’année 2010, le mouvement encore très informel a pris acte de la difficulté de se faire entendre. Constatant le fait que la situation risquait de durer et mesurant la constance de la brutalité du mode de gouverner de l’évêque, le mouvement a pris un certain nombre d’orientations pour davantage se structurer, pour mieux fédérer ceux qui le rejoignaient et pour rendre plus lisible et plus constructive son action.

La manifestation publique du 9 janvier 2011 contre l’archevêque, du jamais vu ! Mgr Cattenoz comme il l’a fait à plusieurs reprises, depuis son arrivée, a supprimé les missions d’un prêtre particulièrement investi dans la pastorale auprès des plus démunis. Devant cet acte incompréhensible, environ 250 personnes ont manifesté devant l’évêché d’Avignon sous l’œil des caméras de toutes les chaînes de télévision et nombre de représentants de la presse écrite. Quelque temps avant, le porte-parole des évêques des France [Mgr Podvin, NDLR] avait été interpellé publiquement à Lille en pleines journées des Etats Généraux du Christianisme (organisés par l’hebdomadaire La Vie), sur l’attitude de Mgr Cattenoz. À la suite de cela, une journaliste du Monde était venue faire une enquête et avait publié en pleine page un article intitulé « Le prélat de la discorde »1 qui donnait bien le ton du climat local.

Mgr Cattenoz a fait se succéder les situations de tensions : champion des interventions tonitruantes, il s’en prend à la maire d’Avignon (1995-2014), Marie-Josée Roig, l’accusant d’appartenir à un réseau franc-maçon. Il s’offusque à propos d’une œuvre d’art au sein d’un musée d’Avignon. Il s’en prend à une campagne de publicité qu’il considère comme prônant le libertinage. Il transforme un fait divers d’agression d’un frère de Saint-Jean en une affaire avec les musulmans. Il refuse de recevoir le P. Christophe Roucou, responsable au sein de la CEF du Service national pour les relations avec l’islam : il considérait que ce dernier n’avait rien à faire dans son diocèse et qu’il connaissait lui-même parfaitement l’islam pour avoir vécu en pays d’Afrique du Nord. Il tente de s’emparer des chalets d’un centre de vacances géré par l’association éducative de Ceillac pour en faire une opération immobilière, ceci au cours d’une assemblée générale houleuse où il a été hué. Il se sépare d’un prêtre africain qui ose lui dire ce qu’il pense de sa gouvernance. Il diffuse à tous ses prêtres des informations très intimes et personnelles concernant son ancien vicaire général. Il réalise ou tente de réaliser des opérations immobilières dans le diocèse dans ce qui semble être une quête inlassable d’argent.

Favorable à la consécration des villes de Bollène et de Camaret au Sacré-Cœur de Jésus, Mgr Cattenoz a des relations très ambigües avec l’extrême droite. Ceci a conduit Chrétiens en Vaucluse à rédiger, en février 2017, un manifeste pour rappeler les dangers de cette mouvance notamment dans le département2, Mgr Cattenoz ayant lui en mars 2017 cultivé cette ambiguïté dans son message de mars 2017 à quelques jours des élections3. Il n’a pris aucune réelle disposition pour répondre à l’appel des évêques de France pour travailler et faire travailler son diocèse sur la diaconie. Il a fait de même à l’occasion des Synodes sur la Famille. Le conseil de la solidarité est en panne totale. L’accueil des migrants par le diocèse est resté totalement théorique. Il a fermé les portes à un véritable dialogue interreligieux et s’est affronté pendant des années à la pasteure d’Avignon très en pointe dans le dialogue œcuménique. Il privilégie les soirées collectives de prière avec des prêcheurs extérieurs en vue des guérisons. A Bollène, il participe à une séance d’exorcisme dans l’église le même jour que la journée du patrimoine, église ouverte à tous.

L'idée d'une enquête canonique

Une tentative de dialogue entre des représentants de « Chrétiens en Vaucluse » et des représentants de l’archevêque a échoué après quelques réunions du fait de la limite de marge de manœuvre de la délégation épiscopale. Pour tout cela et bien d’autres affaires, le mouvement « Chrétien en Vaucluse » a attiré l’attention des autorités de l’Eglise en France. CEV a envoyé un dossier complet au pape François. Après plusieurs tentatives, des délégations de CEV ont été reçues par le nonce apostolique le 9 juin 20154, le président de la CEF et archevêque métropolitain de Marseille [dont Avignon est suffragant, NDLR], Mgr Pontier le 5 juillet 20155 et par le cardinal André Vingt-Trois, alors archevêque de Paris le 17 septembre 20156. Ces trois autorités, devant plusieurs témoins, dans un dialogue franc et précis, ont indiqué combien la personnalité de Mgr Cattenoz interrogeait et que le dossier qui était présenté devait permettre de pouvoir l’extraire du diocèse d’Avignon. Le nonce apostolique, Mgr Ventura, a même avancé l’idée d’une enquête canonique. Mgr Pontier a reconnu que Mgr Cattenoz posait des problèmes dans la région apostolique qu’il préside et qu’il avait un comportement inquiétant. Le cardinal Vingt-Trois a indiqué devant trois témoins qu’à l’occasion du second Synode sur la Famille, il demanderait audience au pape pour enclencher une procédure. Les membres de CEV ont rendu compte de toutes ces actions en publiant au fur et à mesure tous les éléments relatifs à leurs démarches sur leur site. Ils ont écrit à une trentaine d’évêques en France dont certains leur ont apporté leur soutien. C’est avec une totale surprise et une profonde tristesse qu’ils ont reçu la lettre du cardinal vingt-trois qui leur indiquait que l’affaire était perdue et qu’il faudrait supporter Mgr Cattenoz jusqu’au terme de son mandat le 17 décembre 2020, jour de ses 75 ans7. Les termes de la lettre étaient en totale contradiction avec ceux employés lors de la rencontre le 17 septembre 2015. CEV a cependant espéré que leur action pouvait cependant porter des fruits et calmer les ardeurs du velléitaire. Point du tout. Mgr Cattenoz est quelqu’un qui se nourrit du conflit et de la provocation.

Après un temps calme, les affaires ont repris !

Un séminaire Redemptoris Mater (Chemin néo-catéchuménal) de 13 millions d’euro8 ! Le diocèse d’Avignon fait paraître tous les mois une revue sur papier glacé nommé Le Bloc-Notes dont on retrouve tous les numéros sur le site du diocèse. Sur les trois numéros des mois d’avril, mai et juin 2018, une série d’articles traite de ces séminaristes et de leur formation. L’archevêque pose avec une trentaine de jeunes en formation qui ne sont pas tous destinés au diocèse d’Avignon mais dont il facilite la présence dans le Vaucluse, les uns relevant du néo-catéchuménat, d’autres de divers mouvements religieux, d’autres enfin de jeunes qui ont vocation à être incardinés en Vaucluse9. La lecture des trois numéros est fort intéressante car y est développée toute la stratégie mise en place par l’archevêque pour que le diocèse devienne une place forte du Chemin néo-catéchuménal. Chacun connaît l’engagement de Mgr Cattenoz dans cette mouvance de l’Eglise. C’est en effet à cette occasion que l’on apprend le projet pharaonique de Mgr Cattenoz de construire un grand séminaire Redemptoris Mater à Sorgues, sur un terrain d’un ancien monastère de religieuses dont les bâtiments actuels hébergent une école catholique. On y voit les croquis des futurs bâtiments, le développement du projet en deux phases (la seconde étant divisée en deux tranches) et surtout l’annonce du coût du projet fixé à 13 millions d’euros. Il est bien indiqué que les constructions ne se feront qu’au fur et à mesure des apports financiers et tout au long des articles, il est fait appel aux dons. La réalité est que le diocèse est en difficulté financière et que Mgr Cattenoz fait feu de tout bois pour récolter de l’argent. Il a demandé à son économe de réunir tous les responsables financiers des paroisses pour leur demander d’intervenir auprès des paroissiens afin que ceux-ci s’engagent, au cours des quêtes, à être généreux dans une sorte d’engagement moral avec une certaine somme d’argent. Il a augmenté substantiellement les casuels de l’Eglise (prix des messes, baptêmes, enterrements, mariages). Il a publié sur la revue mensuelle du diocèse un tableau de toutes les paroisses du diocèse en indiquant les sommes récupérées par chacune et en les stigmatisant par des codes couleur (cf. le Bloc-Notes d’avril 2018, p. 410).

Il a fermé le service des pèlerinages considérant qu’il coûtait trop cher en raison des nécessaires contraintes administratives et juridiques à respecter lorsqu’on veut organiser un pèlerinage. Au passage, il licencie les deux salariées. Des projets immobiliers de ventes de biens appartenant à l’Eglise. sont annoncés Il n’a que deux ans et trois mois pour mettre en œuvre ce projet avant de devoir renoncer à sa charge mais chacun dans le diocèse craint que cette construction ne soit sa position de repli pour rester dans le Vaucluse. Nous enquêtons pour en savoir plus.

Son attitude peu respectueuse des personnes fait l’objet de très nombreuses anecdotes, tant de la part des laïcs que des prêtres, et non des moindres dans la hiérarchie du diocèse, qui parlent sous le manteau craignant sa propension à agir impulsivement. Certains parlent même d’une détestation générale pour le personnage. Un événement, parmi tant d’autres, a choqué dernièrement. Deux prêtres du diocèse, particulièrement aguerris, et reconnus ont accompagné longuement une jeune femme au catéchuménat. Quelques instants avant la cérémonie de l’appel décisif présidée par Mgr Cattenoz, celui-ci s’est fait présenter la liste des candidats. Il a demandé quelle était la situation matrimoniale d’une candidate. Apprenant qu’elle vivait en concubinage il a demandé qu’on l’écarte sur-le-champ des appelés. La violence de cette décision, sans aucun dialogue ni accompagnement, a créé un choc immense auprès de la jeune femme et de sa famille qui sont partis jurant ne plus jamais vouloir affaire à l’Eglise. Un des deux prêtres a refusé de concélébrer avec l’archevêque, n’étant pas en communion avec lui, et l’autre vit toujours très mal cet épisode.

Conflit à Apt

La région d’Apt est plongée dans un conflit du fait de l’attitude du nouveau curé. Le père Kameni a remplacé l’ancien curé atteint par la limite d’âge. Dés son arrivée, le père Kameni, originaire du Cameroun, a voulu marquer son territoire et a commencé dés le jour de son arrivée à annoncer que les choses seraient différentes en s’en prenant aux membres du conseil pastoral, en remettant en cause toutes les activités développées autour de l’orgue de la cathédrale (concerts, animation le samedi jour de marché). Il s’en est pris personnellement au président de l’association proférant des médisances. En chaire, ses propos sont souvent incohérents, choquants. Il s’affiche comme proche de l’archevêque, celui-ci vient d’augmenter le terrain d’intervention du père Kameni sur des paroisses voisines en particulier sur Saint-Saturnin-lès-Apt en mutant contre l’avis de tous les paroissiens le prêtre en fonction. Ceci dans le but évoqué de reprendre le presbytère, ce qui s’est avéré impossible car dans le cas où le presbytère (prêté à l’Eglise sous conditions) ne serait plus occupé régulièrement par un prêtre, le presbytère devrait revenir aux héritiers ; une réunion très houleuse s’est déroulée au sein du conseil paroissial étendu à laquelle s’était invité sans prévenir l’archevêque qui a du revoir totalement revoir ses plans.

Une longue lettre anonyme signée par deux personnes (Antoine et Jean) a été envoyée à l’archevêque avec copie au nonce apostolique, à la CEF et au mouvement « Chrétiens en Vaucluse ». Cette lettre calomnieuse est à la gloire du père Kameni et profère une demande de pardon auprès de l’archevêque pour tout ce qui se passe sur Apt. Dans le même temps, nombre de paroissiens remontés contre le père Kaméni et l’archevêque écrivent et envoient des pétitions pour que cesse ce grand trouble.

L’archevêque, loin de régler le problème, fait des réponses alambiquées rappelant le dialogue qu’il convient d’avoir avec son curé. Il laisse prospérer ce conflit qui oppose désormais des groupes au sein de la communauté catholique. L’association en charge de l’orgue, atteinte par les basses accusations contenues dans la lettre anonyme, a porté plainte auprès du procureur de la République d’Avignon afin que soit recherchés les auteurs. Il y aura certainement des rebondissements dans cette affaire dans les temps prochains, tellement les intérêts divergent mais surtout démontrent une fois de plus la propension de Mgr Cattenoz à créer des zones de conflits et son incapacité ensuite à les gérer.

Une attaque pendant le festival d’Avignon : avide de notoriété, se complaisant dans le conflit, Mgr Cattenoz a saisi l’opportunité de la diffusion sur France Culture de la messe dite du Festival pour présider la célébration et prononcer l’homélie. Traditionnellement c’était le recteur de la cathédrale (Notre Dame des Doms) qui prêchait chaque année. Dix jours avant l’événement, l’évêché a fait savoir à France Culture le changement de présidence de la cérémonie. Le responsable des émissions religieuses sur France culture, le dominicain Jérôme Rousse-Lacordaire s’en est expliqué : France Culture a été obligée d’accepter malgré la réputation du personnage. Ils n’ont pas été déçus ! Profitant de la tribune offerte et dans une homélie fourre-tout sans grand lien avec les textes de la messe du jour, Mgr Cattenoz s’en est pris au thème du festival d’Avignon et a déroulé toute sa pensée extrémiste en lâchant des attaques, en faisant des allusions sournoises, en s’en prenant à Simone Veil, en détournant la pensée profonde de l’Eglise par rapport à l’accueil de chacun, en usant du registre de la condamnation en totale contradiction avec l’exhortation apostolique Amoris Laetitia du pape François. Cette homélie a fait l’effet d’une douche froide. Immédiatement, toute la presse a repris cette folle déclaration pour la critiquer. En plein festival, les journaux ont titré en une : Vaucluse Matin, « Une homélie de Mgr Cattenoz sur le festival crée la polémique. Sous le feu des critiques » ; La Provence, « Cattenoz dérape ». La presse nationale, les radios et télévisions se sont emparées du sujet. La directrice de France Culture a demandé une audience à Mgr Pontier. Une avalanche de plaintes a été déposée auprès du Conseil supérieur de l’audiovisuel (CSA).

Un pasteur loin de l'Evangile

Dans Avignon qui regorgeait de festivaliers, cela a alimenté les conversations renforçant le rejet de l’Eglise pour son intransigeance et son manque d’humanité. La référence à Simone Veil a été très commentée et jugée scandaleuse. Le directeur du Festival, Olivier Py, fervent catholique, s’est fendu d’une interview sur le net où il met en cause ce pasteur si loin de l’Evangile indiquant : « Ce n’est plus un prêtre qui parle, c’est une personne réactionnaire. » Cependant, Mgr Cattenoz persiste et signe. Il a déclaré sur le site Riposte catholique : « Tous les prophètes ont eu des propos terribles par rapport à la société de leur temps. Et nous, on devrait se contenter de bondieuseries ou de langages pieux ?? Mais ça, c’est une erreur complète ?!? L’anthropologie chrétienne est une des dimensions de la foi de l’Église. »

Devant cette confusion générale qui continue de régner dans le diocèse (et sans encore connaître l’épisode de l’homélie du 15 juillet) le mouvement «  Chrétiens en Vaucluse » a écrit le 27 juin 2018 à Mgr Cattenoz en lui demandant des explications sur tous les points posant problèmes (les finances, la construction du séminaire du néo catéchuménat, la situation sur le plateau d’Apt, l’affaire de l’appel décisif, les projets immobiliers, les relations tendues avec les prêtres et les mouvements d’église, l’absence de dialogue interreligieux et œcuménique, l’absence d’action relatives à la présence auprès des plus démunis et de politiques d’accueil des migrants…). La lettre était signée par 63 personnes dont de nombreux responsables de mouvements. L’archevêque tardant à répondre, « Chrétiens en Vaucluse » a saisi de nouveau le nonce apostolique et Mgr Pontier, président de la CEF.

Les laïcs sous le coup du mépris

Entre-temps, l’archevêque d’Avignon a répondu, le 16 juillet 2018, par une lettre qui vaut son pesant d’or. Il écrit : « Sur bien des points, vous ne semblez pas savoir ce qui se vit de beau dans le diocèse et nous voudrions que vous puissiez le découvrir. Aussi dés septembre, nous vous invitons à venir à deux ou trois pour que nous puissions partager avec vous sur la vie du diocèse. » Dans la foulée, le nonce apostolique a répondu le 25 juillet 2018 : « La nonciature apostolique accuse réception de vos différents courriers électroniques, prend note des informations transmises et vous invite à répondre à l’invitation au dialogue de votre Evêque, selon la copie du courrier jointe à votre envoie. Salutations distinguées. » La réponse de Mgr Ventura qui a largement circulé dans le diocèse a scandalisé chacun. Comment la hiérarchie catholique peut-elle répondre de la sorte à des laïcs, qui depuis des années alertent sur la situation du diocèse, après les déclarations intempestives de l’archevêque en plein festival ? Les laïcs le ressentent comme un profond mépris, une captation de l’Eglise par les clercs, un abandon renouvelé du diocèse du Vaucluse, une inconsistance dans la pensée des hiérarques, une désertion de leur ministère qui devrait les conduire à rechercher l’apaisement, la médiation, voire prendre des solutions plus radicales si besoin. Elle démontre une inaptitude dans ce cadre, à être des pasteurs pour l’Eglise de notre temps. Le mouvement « Chrétiens en Vaucluse » réfléchit aux réponses à donner à l’archevêque et au nonce, des actions qui vont être engagées car tout cela ne peut rester en l’état.

Golias suivra très attentivement l’évolution de la situation du diocèse d’Avignon si caractéristique de l’état dans lequel se trouve l’Église de France dans sa gestion des difficultés et dans l’accompagnement du monde qui vient.

p Christian Terras

1. https://www.lemonde.fr/societe/article/2011/01/06/avignon-le-prelat-de-l... (article payant).

2. Cf. Manifeste du mouvement « Chrétiens en Vaucluse » à l’occasion des élections de 2017 : http://chretiens-en-vaucluse.com/manifeste-de-chretiens-en-vaucluse/

3. Cf. https://www.mgr-cattenoz.diocese-avignon.fr/Declaration-de-Mgr-Cattenoz-...

4. Cf. http://chretiens-en-vaucluse.com/audience-chez-le-nonce-le-9-juin-2015/ et http://chretiens-en-vaucluse.com/communique-sur-la-rencontre-avec-le-non...

5. Cf. http://chretiens-en-vaucluse.com/3eme-communique-rencontre-avec-monseign... et http://chretiens-en-vaucluse.com/4eme-communique-concernant-la-rencontre...

6. Cf. http://chretiens-en-vaucluse.com/5-eme-communique-rencontre-de-cev-avec-... et http://chretiens-en-vaucluse.com/6eme-communique-compte-rendu-de-la-renc...

7. http://chretiens-en-vaucluse.com/lettre-de-mgr-vingt-trois/ et http://chretiens-en-vaucluse.com/reponse-a-mgr-vingt-trois/

8. Cf. https://www.crossmedia.diocese-avignon.fr/Bloc-Notes-Mai-2018.html, p. 4. 1re phase : 3 M€ ; 2e phase, 1re tranche : 6 M€, 2nde tranche : 4M€.

9. Cf. https://www.crossmedia.diocese-avignon.fr/Bloc-Notes-Avril-2018.html, https://www.crossmedia.diocese-avignon.fr/Bloc-Notes-Mai-2018.html et https://www.crossmedia.diocese-avignon.fr/Bloc-Notes-Juin-2018.html

10. Voici ce qu’indique le commentaire : « Le TOP 5 des paroisses qui ont le plus progressé en pourcentage : 1 St Paul à Avignon, 2 St Agricol à Avignon, 3 Aubignan et villages, 4 Sarrians Loriol, 5 Cucuron. Pour rappel, il nous faut 16 000 euros par prêtre et par an, pour son traitement et les charges sociales. Ainsi, par exemple, la paroisse de Mazan et villages qui collecte 89 833 euros nourrit plus de 5 prêtres, comme Orange. »

Cet article publié dans Golias le 9 septembre 2018, est reproduit avec l'aimable autorisation de la rédaction du journal.

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