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Max Bobichon, un prêtre dans la cité

Jacques JOSEPH
Max Bobichon
ÉDITIONS LIBEL - Lyon

Max Bobichon, un prêtre dans la cité. Entretiens avec Jean-Dominique Durand & Thomas Montmessin.
Éditions Libel. – 20€. – Mai 2017.

Tout le monde y peut pas être de Lyon, il en faut bien qui soyent d'ailleurs !
Ainsi parle la sagesse populaire lyonnaise, mais en ces temps où le concept d'identité est brandi à tout bout de champ par les champions du repliement national et sous un aspect qui pourrait sembler xénophobe a priori, ce dicton ne signifie pas qu'il faille mettre des barrières entre la ville, célèbre par sa gastronomie, et le reste du monde, bien au contraire ! C’est le constat qu'entre Saône et Rhône, la présence de l'étranger est une nécessité et un gage d'enrichissement pour les autochtones. Et c'est bien cela que nous font découvrir entre autres choses les historiens Jean-Dominique Durand et Thomas Montmessin dans leurs entretiens avec Max Bobichon, prêtre bien connu de la métropole lyonnaise, qui ne sont pas sans rappeler le travail (plus modeste) de la Conférence pour recueillir et garder la Mémoire des prêtres âgés.

C’est entre les pentes ouvrières et rebelles de la Croix-Rousse et la colline pieuse et dévote de Fourvière que Max Bobichon a exercé son ministère depuis 1956, et qu’il a vu passer en moins de 50 ans 6 archevêques (cardinaux). Il est né en 1930 à Saint-Julien-Molin-Molette sur les versants sud du massif du Pilat, entre Loire et Ardèche, dans la ceinture verte de Lyon, une région catholique, fervente, fidèle, plutôt conservatrice, mais ouverte cependant aux innovations techniques, intellectuelles et sociales, qui a fourni jusqu'à un passé récent des bataillons de vocations religieuses qui ont alimenté les séminaires petits et grands de la capitale des Gaules et des ordres religieux (de femmes et d'hommes) qui ont essaimé aux quatre coins de la planète.
Max Bobichon appartient à cette génération de prêtres formés aux choses de Dieu (et de l'Église) dès leur berceau, mais nourris dès leur entrée au petit puis au grand séminaire de la doctrine sociale de l’Église, dans la mouvance de Marc Sangnier, d'Emmanuel Mounier et de tant d'autres, sous la conduite de professeurs de la catho de Lyon ou du séminaire saint Iréné, tels qu'Henri Denis ou Joseph Vialatoux.
Engagé dans le siècle il le fut, témoin direct des bouleversements, des clivages et des déchirements qui ont marqué la société française dans l'immédiate après-guerre, se manifestant jusque dans les paroisses, notamment dans les débats parfois violents qu'ont suscités la guerre d'Algérie et les problèmes de conscience ayant mené des chrétiens à s'engager contre la torture à la grande indignation des milieux conservateurs.
C'est bien le mérite et le professionnalisme des deux historiens d'avoir permis à Max Bobichon (Bob) de raconter sa vie de prêtre dans diverses paroisses de Lyon et des environs, avant, pendant et après le Concile, d'évoquer sa conception du rôle du prêtre dans la cité, l'exercice de la coresponsabilité avec les laïcs, la possibilité d'ordonner des hommes mariés, le rôle des femmes et sa conviction que l’Église se trompe en les écartant du ministère ordonné : « Quand le Christ a fait la multiplication des pains il a dit à ses disciples de les distribuer. Mais comme il y a 6000 personnes, je pense que ce n'est pas seulement les douze disciples, mais d'autres avec eux qui ont pris part à la distribution. On n'a jamais précisé s'il y avait ou non des femmes pour distribuer. En tous cas, on n'a jamais dit qu'il n'y en avait pas. »
Max Bobichon dit aussi sa révolte face à certaines pratiques qui tendent à se généraliser en désignant par exemple ceux qui ne peuvent accéder à la communion au seul motif qu'ils "vivent dans le péché" (jeunes couples non mariés, divorcés-remariés…).
Ses responsabilités et son implication à la Paroisse Universitaire et les contacts avec des universitaires chrétiens engagés comme Henri-Iréné Marrou, André Mandouze ou Marcel Légaut ont nourri sa réflexion sur la laïcité et les relations que l’Église doit entretenir avec le monde intellectuel : « Quand j'ai été vicaire ou curé j'ai pris l'habitude lorsque j'arrivais dans un quartier de toujours me présenter aux directeurs de l'école publique en disant on va avoir à faire aux mêmes enfants donc je me permets de venir. »
Activement engagé dans le dialogue interreligieux, il a été à l'origine de nombreuses initiatives. Il fut l'un des organisateurs de la rencontre de Jean-Paul II avec les représentants des religions monothéistes à Lyon lors de sa visite en 1982, qui a été suivie plus tard par les rencontres d'Assise.
Bon pied, bon œil, la foi chevillée au corps, Max Bobichon se révèle au fil de ces entretiens comme un témoin toujours actif et engagé au contact du peuple chrétien et des acteurs de la cité sans restriction, avec ses doutes et ses espoirs dans les mutations de l’Église : le Concile et la réforme liturgique, la promotion du rôle des laïcs dans l’Église pré et post-conciliaire, les rapports au monde dans le diocèse de Lyon, qui a été l'un des laboratoires où se confrontèrent les idées et s'expérimentèrent des pratiques novatrices dont hélas certaines sont systématiquement et ouvertement battues en brèche par un clergé néo-conservateur porté par l'air du temps. Bien sûr l'évocation du milieu lyonnais limite un peu la portée plus universelle de cette tranche de vie. Mais c'est bien un message d'espoir à travers cet humanisme chrétien lyonnais dont il se revendique et qui continue à irradier la société que nous livre Bob.
 

Jacques Joseph

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