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Marie, « c’est trop »

Anne SOUPA
Vitrail du Duomo de Sienne. © José Luiz Bernardes Ribeiro / CC BY-SA 4.0

Mercredi 15 août 2018 – Assomption de Marie

Quel est le trésor contenu dans la liturgie de ce 15 août ? Il tient en un maître mot impossible de manquer : résurrection.

En effet, « l’Assomption », décision du pape Pie XII en 1950, qui fait de Marie la « première rachetée parmi l’humanité », fruit direct de la résurrection du Christ, est une promesse de résurrection.

Si je ne sais pas plus que d’autres ce qu’est matériellement la résurrection, je sais que cela n’a aucune importance par rapport à ce que nous, chrétiens, éprouvons de la présence du Christ dans nos vies. Cette présence est le fruit de l’amour donné à la croix pour chacun de nous. La résurrection du Christ rend fort, d’une force irréductible. Elle est le pain quotidien de l’existence chrétienne.

Mais la fête de l’Assomption célèbre une résurrection bien plus difficile à comprendre et à admettre : celle de Marie, notre sœur, dont nous savons si peu de choses. Pourtant, l’Église, en posant cet acte de foi, considère que la vie de Marie est parfaitement accomplie. Avec les mots d’aujourd’hui, l’Église pourrait dire : « Marie, elle est trop », ou « Marie, c’est trop fort ». Mais « trop » quoi ? Qu’est-ce qu’une vie aussi discrète révèle de ce « trop » qui la rend exceptionnelle ?

Deux réalités vécues par Marie l’illustrent.

L’alliance, tout d’abord. Marie fait alliance avec l’ange venu lui annoncer qu’elle serait mère du Seigneur. Cette alliance est le modèle de la relation du peuple d’Israël avec son Dieu. Elle n’est ni un concept ni un slogan pour hommes politiques, mais elle est une vie vécue avec un allié. C’est un espace de confiance totale, un espace où l’on a baissé la garde des défenses, un espace qui ne connaît plus la peur car on n’a rien à craindre de son allié. Et lorsque la peur disparaît, on peut enfin être « présent » à soi-même et à l’autre, d’une présence pleine, faite de disponibilité et d’écoute, une présence génératrice de fruits, de « plus », de « trop ».

Le « trop » de Marie, c’est l’enfant. Marie, l’alliée du Seigneur, l’a porté dans son propre corps. Personne n’atteindra la proximité de chair qu’a connue Marie. Pourtant, une grossesse, quoi de plus simple, de plus typique aussi de notre humanité ?

Une grossesse, c’est d’abord, sauf viol ou contrainte, la conséquence d’un plaisir éprouvé dans une rencontre physique avec un être aimé.

C’est un corps qui se prête, une maison accueillante. Qui accueille-t-elle ? Un mystère caché pendant des mois. Objet ou sujet ? Est-il « Ma chose », « Mon faire valoir », celui sur qui je projette mes ambitions, celui qui rattrapera mes échecs, est-il « mon clone », ou quelqu’un « d’autre » ? À chacune de ces propositions, il y a des tensions, des conflits à résoudre et des leçons à tirer. Un enfant, c’est venu de soi, mais c’est destiné à partir. Il faut du temps pour comprendre cela « de l’intérieur ». D’ailleurs, Marie à Jérusalem s’étonne encore que son fils de 12 ans ne soit pas aux côtés de ses parents.

Une grossesse, accomplie dans l’amour, est donc un extraordinaire « apprentissage de l’autre », le plus fort qui soit. Elle l’a été pour Marie, elle l’est pour les mères et peut-être encore plus, autrement, pour les pères, pour lesquels cet enfant venu d’eux aussi, leur a été pris pour 9 mois et leur sera rendu radicalement « autre ».

Si je m’étends un peu sur ce qu’est une grossesse, ce n’est pas pour exalter ses bénéficiaires, les femmes – certaines femmes – et les futurs pères. C’est pour dire que la grossesse de Marie nous ouvre le chemin d’une expérience spirituelle que nous pouvons tous connaître. Expérience qui consiste à reconnaître qu’il y a en soi, dans le tout proche de notre être, un fruit de l’alliance appelé à grandir : il y a en nous de l’Autre, du différent. Toute la spiritualité chrétienne est un apprentissage de l’Autre par excellence, le Christ, proche et prochain.

La seconde caractéristique de Marie, c’est la foi : « Heureuse celle qui a cru à l’accomplissement des paroles », dit Elisabeth. Marie est « la croyante », modèle de foi proposé à chacun de nous, femme et homme, comme Paul VI l’a rappelé.

Regardons de plus près. Marie voit un ange, assume le trouble qu’il suscite, ose lui parler. Et surtout, Marie accepte sa proposition : défier la nature en ayant un enfant sans relation avec un homme, et défier la société en devenant enceinte sans être mariée. Elle devra donc se mettre en marge, aller à contre-courant de toute « sagesse humaine ». Quelle épreuve ! Et pour quel bénéfice ? Le même que celui de l’alliance : accueillir l’Autre, l’enfant des promesses faites à Israël, son salut. Dilater son cœur vers le «trop », le « plus », l’au-delà…

Marie choisit de croire à ce « trop » qui apporte le salut. Quel salut ? Celui, tout simplement, de devenir un être humain accompli. Car « Marie la croyante » exauce la nature humaine. Elle dit ce à quoi nous sommes appelés : croire à plus grand que nous, entrer en relation avec lui, et vivre de cette relation. L’être humain, c’est une vie ouverte vers l’infini.

Voilà quelques pépites de la fête que nous célébrons aujourd’hui. Marie est dans la gloire du ciel parce qu’elle est la gloire de l’humanité, notre gloire, celle de quelqu’un qui nous ressemble. Ce n’est pas pour rien que beaucoup d’entre nous portent dans leurs prénoms celui de Marie. Ils sont le signe que nous sommes tous voués à cet infini que Marie a accueilli. Bonne fête, donc à toutes les Marie !

Anne Soupa

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Commentaires
Monique Hamelin

Je suis abasourdie que des femmes en 2018 ne se permettent pas une petite gêne devant cette construction de la gente masculine sur Marie... «Marie accepte sa proposition...»
À surveiller sur le site de L'autre Parole (www.lautreparole.org) un article à venir qui portera un regard sur les quatre dogmes à l'égard de Marie.

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