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Pour le mariage et l’adoption pour les couples homosexuels

Aurélien DUPOUEY-DELEZAY

Pour le mariage et l’adoption pour les couples homosexuels

Une réponse au Conseil Famille et société de la Conférence des Évêques de France

La CEF a publié un document destiné à mettre en ordre les arguments des autorités de l’Église de France contre le mariage et l’adoption pour les couples homosexuels. On peut reconnaître à ce texte plusieurs qualités, en particulier une certaine mesure dont d’autres adversaires de cette réforme ne se sont pas encombrés. Il reste néanmoins truffé d’erreurs, d’approximations et de raccourcis.

La première erreur apparaît dès l’exposé des positions en présence. Le Conseil écrit en effet que, pour les partisans du mariage homosexuel, « le mariage […] n’aurait pas une nature propre ou une finalité en soi ; il ne serait chargé que du sens que l’individu […] voudrait bien lui conférer ». C’est l’erreur que je dénonce depuis le début de ce débat ; je ne suis pas d’accord avec l’idée que se fait le Vatican de la nature du mariage, mais cela ne signifie pas que pour moi, il n’a aucune nature propre !

Que l’altérité sexuelle soit fondamentale dans l’humanité est une évidence que peu de gens mettent en question. Que cette altérité soit une richesse, je n’en disconviens pas. Qu’elle soit différente par nature, et pas seulement par degré, des autres formes d’altérité qui traversent l’humanité, on peut encore l’admettre. Mais comment passe-t-on de ce constat à l’idée que le mariage doive forcément être réservé aux personnes de sexes différents ? Pourquoi le mariage devrait-il n’être fondé que sur cette altérité fondamentale ? Il y a là un prétendu lien de cause à conséquence qui n’est jamais explicité.

Une tentative est bien lancée avec l’idée que « l’accueil des enfants nés de cette union de vie fait partie intégrante de cet engagement » dont la profondeur «confère au mariage sa haute valeur symbolique ». Mais cet argument est intenable. Il est basé sur l’idée que mariage est un lien devant obligatoirement contenir la possibilité au moins de donner la vie. En toute logique, et avec une telle définition, le mariage devrait donc être fermé aux personnes stériles, que la stérilité soit due à un problème physiologique ou tout simplement à l’âge : en effet, une femme ménopausée est tout aussi incapable qu’un homosexuel de donner la vie. Un couple entre un homme et une femme ménopausée, ou un couple dont l’un des membres est stérile, devra, pour donner naissance à une vie nouvelle, avoir recours soit à la technique, soit à une tierce personne, exactement de la même manière qu’un couple homosexuel. Si les évêques dénoncent la « vision très individualiste du marriage » qui serait celle des couples homosexuels « au regard de la procréation naturelle » (aucune autre raison n’étant invoquée pour justifier cette qualification), que ne font-ils de même envers les personnes stériles ?

C’est ce manque de cohérence qui fait s’écrouler comme un château de cartes tout le reste de l’édifice théorique que prétend construire la CEF. Car tout le reste en découle : ainsi, l’idée selon laquelle « il ne faudra pas que le législateur prenne l’initiative d’organiser l’impossibilité de connaître [les parents des enfants] ou [qu’ils soient] élevés par eux » devrait en toute logique s’appliquer tout autant aux couples stériles qu’aux couples homosexuels.

Par ailleurs, la CEF nous accuse de « gommer » la différence entre hétérosexuels et homosexuels, entre mariage homosexuel et mariage hétérosexuel. Mais nous ne cherchons certainement pas à « gommer » quoi que ce soit. Oui, les différences existent, et oui, elles sont une bonne chose ! Nous ne le nions pas, mais nous affirmons que la différence entre l’union de deux hommes, de deux femmes ou d’un homme et d’une femme, pour réelle qu’elle soit, n’est pas suffisante pour refuser d’appeler les deux premières « mariages ». Un chêne et un sapin, ce n’est pas la même chose, mais ce sont deux arbres. On peut parfaitement revendiquer le même traitement pour des choses qu’on reconnaît différentes !

Contrairement à ce que prétendent les autorités ecclésiastiques, nous ne passons sous silence ni les réalités anthropologiques, ni les droits de l’enfant, et nous ne pensons pas que le bien commun se réduise à la somme des intérêts individuels ; mais de toutes ces notions, nous avons seulement une autre vision qu’eux.

Enfin, le Conseil Famille et société examine les conséquences juridiques potentielles de la réforme, en particulier la question de la présomption de paternité. Mais c’est là encore un faux problème. Dans un mariage hétérosexuel, lorsque le père est stérile, que se passe-t-il ? Je ne suis pas juriste, mais de deux choses l’une : ou bien la présomption de paternité continue à s’appliquer, auquel cas on est déjà dans le « mensonge sur les origines de la vie » que dénonce la CEF, et on voit bien que le problème n’a rien à voir avec la question de l’homosexualité ; ou bien elle ne s’applique pas, et alors on a déjà « deux types de mariages », toujours sans que cela ait quoi que ce soit à voir avec l’orientation sexuelle des parents. Les questions connexes de la PMA et de l’adoption plénière se régleront donc exactement de la même manière.

Pour ma part, il me suffit de voir que les opposants à cette réforme n’ont en fait à l’appui de leur refus pas le moindre argument qui tienne un tant soit peu face à un examen rigoureux. Si une réforme va dans le sens d’une plus grande égalité entre les hommes et ne s’oppose en rien à un intérêt supérieur, elle doit être tenue pour bonne, voilà tout.

Ajoutons une dernière chose : bien sûr, les autorités catholiques craignent que la prochaine étape soit la revendication par les homosexuels catholiques de pouvoir recevoir le sacrement du mariage. J’ose le dire : ils ne se trompent probablement pas. Mais cela ne devrait pas nous faire peur : les arguments qui vont dans le sens du mariage civil pour les couples du même sexe sont tout aussi valides pour étayer l’idée que le sacrement du mariage pour ces couples serait parfaitement légitime.

Aurélien Dupouey-Delezay

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