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L’ordination d’hommes mariés au ministère de prêtres

Jean Rigal

Suite à une interview du pape François, la question de l’ordination presbytérale d’hommes mariés vient de resurgir. Ce n’est donc pas une nouveauté, mais la diminution brutale du nombre de prêtres, du moins en Occident, lui donne un nouveau relief.

Un premier principe demande à être rappelé : aucun empêchement dogmatique ne s’oppose à une telle ordination comme le prouvent la pratique de l’Église au cours des siècles et aujourd’hui celle des Églises d’Orient unies à Rome. Autrement dit, c’est essentiellement une question d’opportunité pastorale. Au XIIIe siècle, Thomas d’Aquin écrivait : « Dieu n’abandonnera jamais son Église au point qu’on ne puisse trouver des ministres qualifiés en nombre suffisant pour pourvoir aux nécessités des fidèles ». Le pape François s’inscrit dans cette ouverture lorsqu’il déclare prudemment qu’une réflexion à ce sujet « pourrait être utile ».
La résurgence de cette question ne remet pas en cause la signification du célibat pour les prêtres, en tant qu’il donne un visage au Christ, le Bon Pasteur, entièrement livré au service de l’Évangile. Mais elle rappelle qu’il importe de distinguer l’exercice du ministère et un état de vie déterminé (en l’occurrence celui de célibataire ou de marié), même si l’état de vie colore forcément l’exercice du ministère.
L’appel au diaconat permanent auprès d’hommes célibataires ou mariés est devenu une réalité. Pourquoi ne pas envisager une procédure analogue pour le presbytérat par rapport à des « viri probati », c’est-à-dire à des hommes « ayant fait leurs preuves ». Un essai pourrait être tenté et évalué sous la responsabilité des conférences épiscopales, en tenant compte du contexte local, bien différent selon les régions. Ce serait un retour à l’ancienne tradition. Je n’y vois pas une « solution miracle », d’autant moins que les questions concernant la foi dans notre monde sécularisé me paraissent plus importantes et plus profondes.
Cette pratique amènerait à redessiner un autre profil de prêtre, et à prévoir une formation adéquate dont il faudrait définir les exigences, comme pour le diaconat permanent.
Il me paraît important que cette ouverture soit attentive à la mission spécifique de ces nouvelles formes de ministère. On connaît le danger d’ordonner des prêtres seulement « pour la messe », en dehors de toute perspective ecclésiale et missionnaire. Le ministère des prêtres est fondamentalement une fonction pastorale qui inclut formellement mais dépasse la présidence eucharistique. Présider à la construction de l’Église, c’est servir en même temps la dimension prophétique, liturgique et missionnaire dans le monde tel qu’il est. Le service de la Parole de Dieu et la célébration des sacrements sont des lieux privilégiés de « la communion ecclésiale ». Ordonner des prêtres simplement pour « dire des messes » reflète une piètre conception de l’eucharistie et du ministère.
« Des prêtres pour quoi ? », c’est, à mes yeux, une question majeure.
 

Jean Rigal

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Laïcs, messagers de l’Evangile
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