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La loi et la tendresse, pour vivre et faire vivre

Hubert CORNUDET
Tendresse
© CC0 Creative Commons

Dimanche 6 mai 2018 – 6e dimanche de Pâques –  1 Jn 4, 7-10 ; Jn 15, 9-17

Disons-le d'emblée, le mot « commandement » est souvent mal compris. Il ne s'agit pas d'un ordre venant de Jésus qui se comporterait comme un chef militaire. Il ne rend pas compte de l'immense prodigalité de notre Dieu que Jésus nous a appris à nommer Père. La Loi donnée aux Hébreux dans le désert n'était pas une litanie de contraintes mais en premier lieu un don fait par notre Seigneur. Dieu nous donnait les routes à suivre et les pièges à éviter pour que son peuple ne dérape pas. De même Jésus nous donne ce commandement de l'amour pour que nous réussissions à vivre ensemble, et qui plus est que nous soyons dans la joie. La philosophe américaine Martha Nussbaum qui, à partir des tragédies grecques, constate amèrement que nous sommes des chiens et des salauds entre nous, n'est pas loin de la vérité si on constate que sur la croix nous pouvons contempler autant l'homme manipulateur, menteur, que l'homme humilié. Ce que l'homme peut faire à son frère est épinglé, et cloué sur la croix !

Le langage de la première lettre de saint Jean est simple : Dieu est amour. Les chapitres 14-17 de l'évangile sont si denses qu'ils sont difficiles à appréhender. Le leitmotiv qui parcourt la première lettre de saint Jean ainsi que la prière sacerdotale de Jésus se concentrent autour du mot « agapé ». Une bonne traduction de ce mot est plutôt la tendresse que de la charité ! Relisez 1 Cor 13 avec le mot « tendresse » : « Quand je parlerai en langues et celles des anges, s'il me manque la tendresse… »

Aujourd'hui Jésus nous donne une consigne mais il l'accompagne d'un préambule essentiel : « Vous êtes mes amis. » C'est notre socle pour nous aimer les uns les autres. Impossible d'aller au bout de l'amour pour les autres sans ce portique, ce viatique, sans cette conviction qu'il nous faut croire en l'amour.

Car aimer, c’est faire vivre. Aimer, c’est vivre pour que l’autre vive, pour qu’il puisse se chercher, se trouver, se dire ; pour qu’il se sente le droit d’exister et le devoir de s’épanouir. Aimer, c’est faire exister l’autre, les autres, à perte de vue, à perte de vie, malgré nos limites et les handicaps de l’autre, malgré les frontières sociales et culturelles. Paradoxalement, la seule façon de savoir si nous aimons, que ce soit de l'amitié, de l'amour érotique ou autre, c'est que nous souffrirons. Nous sommes complexes, précaires, inconstants et les perturbations vont pleuvoir. Dès lors aimer, c'est consentir à être déchiré.

L’Église, selon saint Jean, est le rassemblement des amis de Dieu. Nous sommes très différents les uns des autres : nous soutenons des partis politiques divergents, appartenons à des « races » distinctes, avons des revenus différents, des champs d’intérêt qui ne sont pas les mêmes... Malgré ces divergences, nous formons l’Église de Dieu. Ce qui nous rassemble, c’est l’amitié que Dieu a pour nous et c'est celle-ci qui nous donne le courage d'offrir notre amitié. Le tissu de l'Église c'est le don : celui de Dieu d'abord et ensuite celui que nous accomplissons. Le moindre petit geste de tendresse que nous accomplissons nous place en Dieu lui-même. Cherchons d'abord le bonheur des autres et le nôtre adviendra par surcroît.

La souffrance est la signature irréfutable de l'amour. Vous en doutez ? Pensons à nos enfances pleines de complexités ! Contemplez l'angoisse du Seigneur ! L’une des plus belles images que nous ayons de l'amour de Jésus pour ses amis est celle du lavement des pieds. À genoux devant ses apôtres, il est à leur service. « Vous m’appelez Maître et Seigneur, et vous dites bien car je le suis. » Et il ajoute : « dès lors, si je vous ai lavé les pieds, vous devez vous aussi vous laver les pieds les uns aux autres. » (Jn 13, 13).
 

Hubert Cornudet

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