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Pour qui, « l’institution divine » ?

Marcel METZGER
Grenoble - Assises des jeunes catholiques
Par Vincent Guilly (Travail personnel) [CC BY-SA 4.0-3.0-2.5-2.0-1.0 (http://creativecommons.org/licenses/by-sa/4.0-3.0-2.5-2.0-1.0)], via Wikimedia Commons

L’Église catholique pratique plusieurs langages. Sans souci de cohérence, du moins en France. Le langage le plus pratiqué, et qui devrait être reconnu « sommet et source », est celui de la liturgie, selon le concile Vatican II (Constit. sur la Liturgie n° 10). Il est à l’usage de tout le peuple chrétien. Or des théologiens en pratiquent un autre, qui s’infiltre dans les catéchismes et les déclarations officielles. Ce double langage jette le trouble. Par exemple à propos du Peuple de Dieu et des communautés chrétiennes locales et autres.

Le langage utilisé dans la liturgie suffit

Ainsi, le terme « laïc » est-il absent de la liturgie eucharistique telle qu’elle est enregistrée dans le missel. On en trouvait une seule occurrence, à savoir dans l’une des prières eucharistique dites « des Synodes de Suisse » : « renforce les liens d’unité entre laïcs et prêtres. » Mais dans la version révisée, dite « pour des circonstances particulières », le texte a été modifié pour devenir : « resserre les liens de notre unité avec le pape N. et notre évêque N., avec l’ensemble des évêques, les prêtres, les diacres et ton peuple répandu dans tout l’univers. » Au lieu d’utiliser le terme « laïc », absent de la liturgie, disons donc : « les baptisés », comme la « Conférence catholique des baptisés ». De même, le mot « clerc » est absent des textes de la liturgie eucharistique ; certes, « clergé » s’y trouve, du moins dans la version latine ; dans les traductions il a été rendu par l’énumération des ministères : « l’évêque, les prêtres et les diacres ». Or, depuis quelques années, la théologie francophone évite ce vocabulaire, « clerc, clergé », pour le remplacer par l’expression « ministres sacrés » ; mais ce langage est absent, lui aussi, du missel, qui réserve au Christ l’expression « ministère sacré » (préface de la messe chrismale) : « C’est lui, le Christ, qui donne à tout le peuple racheté la dignité du sacerdoce royal ; c’est lui qui choisit, dans son amour pour ses frères, ceux qui, recevant l’imposition des mains, auront part à son ministère. » (dans le texte latin : sacri sui ministerii participes)

Revenir à un langage communautaire

La liturgie suscite et favorise le sens communautaire par son langage : « ta famille entière » (prière euch. 1), « rassemblés en un seul corps » (prière euch. 2), « ton peuple » (prière euch. 3), « notre assemblée » (prière euch. 4), etc. Le concile Vatican II l’avait reconnu en définissant l’Église prioritairement comme « Peuple de Dieu » (Constitution sur l’Église, n° 9), et en la présentant comme « une communauté de foi, d’espérance et de charité », et comme « Corps mystique » du Christ. Le Catéchisme de l’Église catholique (version de 1998) a été fidèle à ce langage, présentant l’Église comme « la communauté de ceux qui croient au Christ », tant dans les Églises locales que dans la communion universelle (n° 751).

Or dans les deux dérivés du Catéchisme, L’Abrégé publié en 2005 et le Youcat (version pour les jeunes des JMJ) publié en 2011, les propos sur l’Église comme communauté ont disparu. C’est surprenant ! Certes, le titre de « Peuple » subsiste dans L’Abrégé, mais avec cette particularité : il y aurait dans l’Église, par institution divine, les ministres sacrés, et les autres, appelés laïcs (n° 178). Or, ce n’est ni le langage, ni l’esprit de la liturgie. Du fait de cette dissociation, toutes les missions des chrétiens sont présentées dans ces documents de façon morcelée, par répartition de ce qui reviendrait respectivement aux clercs et aux laïcs, alors que ces missions sont confiées aux communautés en tant que telles.

Une affaire de pouvoir ?

Les commissions épiscopales qui ont approuvé ces manuels ont donc perdu de vue la dimension communautaire. Or c’est bien elle qui, dans le Peuple de Dieu, est « d’institution divine », puisque mise en œuvre depuis le temps d’Abraham. Mais peut-on vraiment considérer, au sens strict, les ministères comme étant « d’institution divine » ? En effet, le Christ, Fils de Dieu, a institué les apôtres, et ce sont eux qui ont institué les évêques, les prêtres et les diacres : il s’agit donc là d’une « institution apostolique ». Pourquoi, dans ces dernières décennies, donc après le concile Vatican II, la hiérarchie en est-elle venue à qualifier les ministères comme étant d’institution divine ? Ne serait-ce pas pour assurer et verrouiller son « pouvoir » ?

La publication de L’Abrégé et du Youcat est manifestement un retour en arrière dans la présentation de l’Église. Or les déficiences de ces deux manuels à cet égard proviennent de leur dépendance du code de droit canonique (1983) : c’est là qu’on trouve cette qualification des « ministres sacrés, d’institution divine » (can. 207 § 1). Les fidèles laïques sont cependant admis à « coopérer à l’exercice du pouvoir de gouvernement » (can. 129, § 2). Pourtant dans ce même code la définition de la paroisse tient un autre langage : « La paroisse est la communauté précise de fidèles qui est constituée d'une manière stable dans l’Église particulière, et dont la charge pastorale est confiée au curé, comme à son pasteur propre. » (can. 515, § 1)

La juxtaposition de ces langages différents fait désordre, cela ressemble trop à la tour de Babel (Gn 11,3-9). Voilà à quoi a conduit la production de doctrines et de catéchismes, qui ont remplacé la proclamation de la Bible dans la liturgie et sa lecture personnelle ou en groupe.
 

Marcel Metzger

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Commentaires
onfray

"Or dans les deux dérivés du Catéchisme, L’Abrégé publié en 2005 et le Youcat (version pour les jeunes des JMJ) publié en 2011, les propos sur l’Église comme communauté ont disparu. C’est surprenant ! "

OUI hélas on régresse et de plus on fausse le message pour une religiosité empreinte de superstition !!

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