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Lettre d’une paroissienne à son curé ...

Évelyne TULLY
Prière
@ CC0 Creative Commons


Lettre d’une paroissienne à son curé qui appelle à “défendre notre Mère, la Sainte Église”

Monseigneur Aillet, évêque de Bayonne, Lescar et Oloron a demandé aux fidèles un temps de jeûne et prière. Demande aussitôt relayée par le curé d’Orthez. Mais voyez comme !

Monsieur le Curé,

Ce m’est un devoir fraternel, quoique pénible, de vous écrire cette lettre. Mais ne pas le faire serait lâche et indigne de ma part. Ce serait aussi un refus de ma responsabilité de baptisée.
Nous venons, vous et moi, de vivre la journée de prière et de jeûne du 16 novembre, mais sur des longueurs d’ondes opposées. J’aurais tant aimé vous exprimer ma joie plutôt que ma nouvelle déception profonde.

À l’occasion du centenaire de l’armistice du 11 novembre vous avez annoncé cette journée au dos de la demie feuille de messe, en citant des paroles du Pape : « Notre Mère est sainte mais nous, ses enfants nous sommes tous pécheurs... Le grand accusateur (le Diable) en profite pour nous accuser fortement... avec des accusations continues pour salir l’Église... C’est le moment de défendre la Mère car l’Église ne doit pas être salie. »

J’ai beau relire la Lettre du pape François au Peuple de Dieu, publiée le 20 août, où il nous invite, entre autres, à la prière et au jeûne, je n’y trouve pas cette citation. Je ne doute pas qu’il l’ait écrite ou prononcée, mais à une autre occasion. Est-ce honnête de la sortir ainsi de son contexte, et de donner au titre de l’annonce du jeûne-prière : « Défendre notre Mère, la Sainte Église » ? Et cela, non seulement devant les paroissiens de toutes les églises orthéziennes, mais également devant les autorités civiles et militaires, l’Harmonie municipale etc., le 11 novembre, et devant nos deux jeunes prêtres à la messe concélébrée le 16 novembre ?

J’ai du mal à croire que vous n’avez pas lu cette lettre du Pape adressée à tout le Peuple de Dieu, dont vous faites partie en tant que baptisé. Je m’interroge : est-ce intentionnellement que vous en détournez le message ? Est-ce que la négligence d’indiquer le sujet exact n’est pas une forme de mensonge par omission ? N’est-ce pas un abus de pouvoir et de conscience (mentionné 4 fois dans la lettre du Pape) ? N’est-ce pas prendre les paroissiens pour des ignorants ? (Ce serait injustifié et insultant !) N’est-ce pas signe du cléricalisme à l’origine de tous ces maux ? Ne deviez-vous pas exprimer clairement l’objet de la Lettre du Pape : « J’invite tout le saint peuple fidèle de Dieu à l’exercice pénitentiel de la prière et du jeûne, conformément au commandement du Seigneur, pour réveiller notre conscience, notre solidarité et notre engagement en faveur d’une culture de la protection et du "jamais plus" à tout type et forme d’abus » ?

Je suis convaincue, Monsieur le Curé, que la mise en œuvre de cette lettre courageuse du Pape serait la manière la plus efficace de défendre notre Mère, le saint peuple fidèle de Dieu. Cela pourrait devenir une véritable orientation pastorale, réfléchie en conseil pastoral, rédigée, communiquée et régulièrement évaluée, au cours des années à venir. Il n’est pas encore trop tard à condition de nous y engager « sans fuir et sans pusillanimité ».

En écrivant : « il est nécessaire que chaque baptisé se sente engagé dans la transformation ecclésiale et sociale », le Pape nous fait confiance. Pourquoi pas vous ? Ou mieux, pourquoi ne pas faire confiance à Dieu qui nous dit par Ezékiel : « Je répandrai sur vous une eau pure et vous serez purifiés... Je mettrai en vous mon Esprit... »
Telle est mon espérance ecclésiale, soutenue par mes frères et sœurs baptisé-e-s des États Unis.   

Avec mes sentiments fraternels, mais attristés, en Christ.


Évelyne Tully

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