Vous êtes ici

Lettre d’une paroissienne à son curé

Danièle CROUZATIER
Nouveaux prêtres
© CC0 Domaine public + © Marie-Lan Nguyen / Wikimedia Commons


Elle est personnelle, cette lettre, bien sûr, mais ne fait-elle pas écho à ce que nous sommes nombreux, trop nombreux, à ressentir ?

Bonjour Roland
Voici une lettre qui va sans doute te surprendre mais, même si tu peux y voir une expression de ma colère, sache qu’elle a été mûrement réfléchie.
Depuis plusieurs années déjà, j’aurais pu, avec tant d’autres, dire : « J’ai mal à mon Église. » Mais aujourd’hui je me surprends à penser de plus en plus souvent : « J’ai honte de mon Église. »
Je n’ai pas honte de mon Église parce que certains de ses membres sont pédophiles ─ on en compte malheureusement dans beaucoup de groupes institués, y compris dans les familles ─ mais j’ai honte d’une Église frileuse qui continue à pratiquer l’omerta et n’entreprend pas à ce sujet une vraie relecture à la lumière de la Parole de Dieu. Une Église qui se réfugie derrière le pouvoir de sa hiérarchie.
Je n’ai pas honte de mon Église parce qu’elle n’arrive pas à mettre en place une vraie doctrine sociale mais j’ai honte d’une Église dont la hiérarchie se complaît parfois plus avec les nantis qu’avec les plus démunis.
Je n’ai pas honte de mon Église quand les fidèles sont de moins en moins nombreux à se rassembler pour la prière mais j’ai honte d’une Église dont les liturgies ressemblent à celles de mon enfance, une Église qui retrouve petit à petit les fastes et les dorures, les gestes stéréotypés imposés par quelques « initiés »…
Avec le concile de Vatican II, nous avions rêvé d’une Église marchant d’un seul mouvement autour de son pasteur élu, l’évêque de Rome. Avec le concile de Vatican II, un grand vent d’espérance soufflait sur l’Église, un souffle de liberté, le souffle de Dieu « qui se complaît en la compagnie des hommes » et qui nous envoyait tous, prêtres et laïcs, hommes et femmes, répandre ce souffle d’amour dans le monde, en nous engageant ensemble dans la lutte contre l’injustice, la faim, la guerre…
Nous pouvions alors croire que certains évêques nostalgiques d’un pouvoir féodal étaient minorité mais aujourd’hui ils sont de plus en plus nombreux et quelques autres les laissent s’imposer, par peur du conflit, peut-être.
Ensuite, nous avons cru être au fond du gouffre avec Mgr Lefebvre mais aujourd’hui les cols romains fleurissent au cou de la plupart de nos jeunes prêtres qu’on croirait souvent tout droit sortis du séminaire d’Ecône ? À quand la soutane pour tous ?
Tous les jours, je constate un pas en arrière.
La paroisse saint Nicaise est loin d’être parmi les pires et je m’y suis trouvée bien pendant 4 ans mais depuis quelques mois j’ai beaucoup de mal à participer à des liturgies dont je ressors plus agacée que pacifiée (exemple d’agacement mais il y en aurait bien d’autres : un thuriféraire omniprésent à chaque messe. Pourquoi pas l’encens pour marquer une occasion spéciale mais chaque dimanche, cela perd de son sens, cela disperse l’attention et rompt le rythme de la célébration).
Je me posais, depuis presque un an, la question de mon engagement et puis il y a eu la messe du samedi 10 novembre. Les propos de Ludovic, franchement méprisants pour les laïcs, ont été pour moi comme un révélateur et je suis sortie avant la fin de la messe, bien décidée à laisser ces nouveaux prêtres se débrouiller sans moi, pauvre laïque et femme de surcroît… L’Église diocésaine n’est pas le seul endroit où il est possible de vivre sa foi et je vais de plus en plus vers des communautés dans lesquelles les liturgies me procurent de la joie. Ces communautés souvent vieillissantes ont besoin de soutien et je m’émerveille de voir combien ce sont les plus âgés qui ont le moins peur du progrès.
Il y a quelques temps, tu avais affirmé avec force, au cours d’une homélie, que les laïcs n’étaient pas là pour t’aider et j’avais apprécié… J’appréciais aussi quand le Père Chesne, reprenant une parole de saint Augustin, nous disait : « Je suis prêtre pour vous et chrétien avec vous. » Samedi, on en était bien loin.
Je suis revenue sur cet incident parce qu’il va sans doute délier quelques langues dans la paroisse mais aussi et surtout parce qu’il a été pour moi la goutte d’eau qui a fait déborder le vase.
Il est vrai qu’en quelques semaines les incidents se sont multipliés. Que dire de cette messe célébrée à Gasny par Julien Palcoux pendant laquelle non seulement Suzanne n’a pas pu endosser l’aube des « servants » d’autel mais où il a été dit au cours de l’homélie que quand Jésus disait « laissez venir à moi les petits enfants », cela voulait dire que chaque femme devait accueillir tous les enfants que Dieu lui donnait et que le contrôle des naissances était un très grand péché.
Ils sont bien loin de nous ces beaux textes du concile :
« La Mère Église désire beaucoup que tous les fidèles soient amenés à cette participation pleine, consciente et active aux célébrations liturgiques, qui est demandée par la nature de la liturgie elle-même et qui est, en vertu de son baptême, un droit et un devoir pour le peuple chrétien, "race élue, sacerdoce royal, nation sainte, peuple racheté". (l P 2,9 ; cf.2, 4-5) » (Sacrosanctum Concilium)
et : « Au milieu de tous les baptisés, les prêtres sont des frères parmi leurs frères, membres de l’unique Corps du Christ dont la construction a été confiée à tous. » (Presbyterorum ordinis, n. 9)

Ces excès de cléricalisme de plus en plus nombreux sont graves, non seulement parce qu’ils donnent une image de l’Église que je ne peux pas défendre mais parce qu’à mon sens, ils sont avant tout un abus de pouvoir qui ouvre la porte à de nombreuses déviances.
Je ne veux plus être complice de tous ceux qui remettent en place la féodalité dans l’Église. Je ne suis pas là pour être au service du clergé. Ceci est donc une lettre de démission.

  • Je ne viendrai plus aux réunions de l’EAL ni au conseil paroissial ;
  • Je ne représenterai plus la paroisse auprès des associations de solidarité ;
  • Je ne ferai plus partie de l’équipe funérailles ;
  • Je ne ferai plus partie du comité de rédaction du saint Nicaise ;
  • Je ne distribuerai plus le saint Nicaise dans les boîtes de Château sur Epte…

Je ne suis fâchée avec personne et je peux, si tu le souhaites, animer le groupe prévu pour la rédaction du livret du pèlerinage à Rome mais le travail est suffisamment avancé pour que je le transmette en l’état. À toi de voir.
Je continuerai, bien sûr, les samedis de Berthenonville qui sont fréquentés par des paroissiens de plusieurs diocèses dont majoritairement celui de Nanterre. Libre à toi de déconseiller à ceux d’ici de continuer à y participer mais sache que je serai discrète et que rien de ce qui est dit dans cette lettre n’y sera divulgué.
Voilà, j’ai préféré te dire tout cela par écrit pour plus de précision et aussi parce que cette décision est sans appel. Tu feras ce que tu veux de cette lettre. Je n’attends aucune réponse sur le fond.
Je souhaite bon vent à toute la paroisse. J’y ai fait de belles rencontres dont celle de son pasteur.
 

Danièle Crouzatier

Rubrique du site: 
Les actualités
Commentaires
Marie

Combien cette lettre fait écho à mon ressentiment. Pour l'instant, je décide de rester active au sein de la paroisse et du diocèse. Est-ce par manque de courage ? Peut-être!!! mais aussi et surtout parce que, naïvement, je me dis que j'ai une toute petite influence auprès des jeunes chrétiens (je m'occupe entre autre du catéchuménat).
Notre oncle, Jean Debruynne, avait senti ce retour en arrière et s'en désolait.
N'abandonnons pas notre Eglise et soyons des résistants

Sylvain

J'admire le courage de cette devise "ni partir, ni se taire." je partage complètement ces regrets depuis longtemps, à tel point qu'on n'est jamais allé à la messe dans notre paroisse (même si on y est depuis 4 ans). Et comme le hasard des partages d'internet fait drôlement les choses, il s'avère que nous sommes de la même paroisse. J'ai pourtant fait tout le "cursus", j'ai maintenant 25 ans de scoutisme et tous les sacrements possibles pour mes 35 ans, mais comment ne pas regretter l'éloignement croissant entre l'institution et les gens normaux ?! On aurait pourtant tellement de messages à porter, dans ce siècle qui sera spirituel ou ne sera pas, avec l'urgence de la maison commune à sauver, tous les messages de frugalité, de partage et de fraternités à porter... Quand je lis un évangile et que je vois qui fréquente les messes... Moi aussi, j'ai honte de mon Église. Il y a tellement à faire, le message de Jésus répond tellement aux enjeux environnementaux et sociaux... C'est triste, mais le catholicisme est en voie de disparition parce qu'il n'a pas réussi à s'adapter. Et peu le regretteront.

Olivier MARTIN

Il n'y a rien à regretter : si Jésus finit par mourir comme il en prend le chemin à l'instar d'Osiris en Egypte, on peut espérer que le haut-clergé arrête enfin de nous donner des leçons et de nous bassiner avec sa théorie de "l'efficacité des sacrements" qui légitime depuis bien longtemps sa paresse intellectuelle, sa dureté et son ressentiment haineux à l'égard de ses contemporains. Quoiqu'il en soit, l'évangile ne mourra pas et restera un monument de la littérature occidentale, toujours source d'enseignement et d'inspiration. Quant à Jésus, il est dans l'histoire et il y restera. A ce moment là, l'Eglise sera devenu arienne tout simplement,

Mic

Danièle, je me retrouve très bien dans ton analyse de la situation de notre Eglise et finalement j'ai démissionné aussi car je ne veux pas la cautionner. Michel

Anne-Joële PHIL...

Franchement, oui, je peux comprendre et j'y ai déjà pensé. Il y a des jours où j'ai l'impression que la place des femmes dans l'Eglise n'avance qu'à reculons. Aujourd'hui, je suis certaine que rien n'empêche les femmes d'être prêtre. Les règlements, la symbolique et la théologie sacramentelle ont été imaginé.es par des hommes et pour des hommes dans une culture misogyne. La violence même du refus d'envisager que les femmes soient prêtres est significative des raisons du refus. Les sacrements sont un peu la vie, la force, la grâce, le symbole visible de la force invisible de Dieu qui coule dans les veines de l'Eglise catholique. Et, malheureusement, les clercs tiennent les laïcs par les sacrements. Les sacrements sont devenus des grâces utilisées comme des chaines, une main basse mise sur un bien commun.

Visiteur

Franchement, oui, je peux comprendre et j'y ai déjà pensé. Il y a des jours où j'ai l'impression que la place des femmes dans l'Eglise n'avance qu'à reculons. Aujourd'hui, je suis certaine que rien n'empêche les femmes d'être prêtre. Les règlements, la symbolique et la théologie sacramentelle ont été imaginé.es par des hommes et pour des hommes dans une culture misogyne. La violence même du refus d'envisager que les femmes soient prêtres est significative des raisons du refus. Les sacrements sont un peu la vie, la force, la grâce, le symbole visible de la force invisible de Dieu qui coule dans les veines de l'Eglise catholique. Et, malheureusement, les clercs tiennent les laïcs par les sacrements. Les sacrements sont devenus des grâces utilisées comme des chaines, une main basse mise sur un bien commun.

Denis SCHIFFMANN

Vous partez Danièle OK et compte tenu de ce que vous dites on peut le comprendre ! (ha ces cartes de visite sous le menton comme elles sont agaçantes !!!)

Mais SVP partez... à la rencontre du monde comme François nous le demande !
J'espère que vous allez vous inscrire dans une association de quartier, que vous allez militer pour le salut de la planète (ça y est maintenant avec la crise écologique on sait concrètement ce que cela veut dire, le "salut du monde" .....), que vous interpellerez tous ceux qui restent et se taisent, que vous chercherez tous les moyens, numériques notamment, pour vous exprimer encore et encore etc.
Partir à la rencontre de l'autre, c'est vivre notre foi autrement

Cappa magna

Cette lettre ouverte est affligeante.
Priez plutôt pour vos prêtres et séminaristes. Ils ne sont pas les sauveurs du monde, mais ils donnent leur vie pour le Salut du monde en configurant leur vie à l'Unique Sauveur.

Roger Simon

Bonjour Danièle;
Merci pour tes remarques.
Je trouve cependant dommage que tu aies l'aire si aigrie. Il y a de saints prêtres qui sont mis sur nos chemins non pas pour diriger une association de militants, mais de nous édifier et de nous conduire à la sainteté.
Il me semblait aussi que Vatican II rappelait l'importance des évêques, et non seulement du pape comme un monarque unique. Souvenons-nous que Jésus les a faits successeur des apôtres. Il y a sans doute des raisons.
Si les communautés sont remplies de cheveux blancs, c'est sans doute que nous sommes passés à côté de la jeunesse. Ces jeunes prêtres sont eux issus de la jeunesse, et ils donnent leur vies. De nouveau interrogeons nous pourquoi même les familles de 40/50 ans ne viennent plus à la messe, alors que les jeunes de 20 ans y retournent avec ces nouveaux prêtres.

Je prie bien pour toi Danièle, en souhaitant qu'un jour nous puissions tous chanter ensemble la gloire céleste.
Bonne journée à toi.
Fraternellement
Roger

Roger Simon

Bonjour Danièle;
Merci pour tes remarques.
Je trouve cependant dommage que tu aies l'aire si aigrie. Il y a de saints prêtres qui sont mis sur nos chemins non pas pour diriger une association de militants, mais de nous édifier et de nous conduire à la sainteté.
Il me semblait aussi que Vatican II rappelait l'importance des évêques, et non seulement du pape comme un monarque unique. Souvenons-nous que Jésus les a faits successeur des apôtres. Il y a sans doute des raisons.
Si les communautés sont remplies de cheveux blancs, c'est sans doute que nous sommes passés à côté de la jeunesse. Ces jeunes prêtres sont eux issus de la jeunesse, et ils donnent leur vies. De nouveau interrogeons nous pourquoi même les familles de 40/50 ans ne viennent plus à la messe, alors que les jeunes de 20 ans y retournent avec ces nouveaux prêtres.

Je prie bien pour toi Danièle, en souhaitant qu'un jour nous puissions tous chanter ensemble la gloire céleste.
Bonne journée à toi.
Fraternellement
Roger

Ajouter un commentaire