Vous êtes ici

Le relèvement de notre Église

THÉOPHILE
femme_adultere

« Les scribes et les pharisiens lui amènent une femme surprise en train de commettre l’adultère… » Et si cette femme représentait l’Église ? L’Église de ce temps et de tous les temps, souillée par des scandales, traînée à terre, montrée du doigt, mais composée de gens comme vous et moi… aimante et adultère !

Tout au long de la Bible, Dieu et son peuple forment un couple aux relations difficiles, tout en rêvant de noces éternelles. L’Époux fidèle attend la réciprocité d’Israël, dont les prophètes cependant ne cessent de dénoncer les trahisons, comparant ce peuple livré aux idoles à une prostituée qui court après ses amants. Dans le livre de l’Apocalypse, c’est Babylone, alias Rome, la capitale de l’empire, qui est présentée comme « l’adultère », le haut-lieu de la dépravation. 
Symboliquement, l’Église peut se dire de deux manières : elle est l’épouse que le Christ « voulait se présenter à lui-même toute resplendissante, sans tache ni ride ni rien de tel, mais sainte et immaculée » (Ep 5,27) ; mais elle est aussi  l’adultère qui a trompé sa confiance, prise comme ici en flagrant délit d’infidélité. 
Si elle est adultère, doit-elle être lapidée ? Et nous, aujourd’hui, devrions-nous choisir entre Jésus et l’Église ? Le Christ nous tire du piège de cette alternative. 
Voyez la scène ! Il ne cherche pas d’abord à défendre cette femme : si les faits sont les faits, la Loi est aussi la loi. Mais est-ce une raison suffisante et nécessaire pour la juger, pour la condamner ? Jésus refuse l’impasse dans laquelle les théoriciens de la religion et de la morale voudraient l’enfermer : 
– Que celui d’entre vous qui est sans péché lui jette la première pierre ! Il appartient à chacun de chercher en soi la vérité.

Nous sommes entrés dans une période de profonds bouleversements. Les institutions que nous pensions les plus immuables sont ébranlées. La crise n’est pas seulement économique, elle est politique, culturelle, familiale, éducative et religieuse. Pour comprendre ce qui se passe, il faut d’abord changer nos clés de lecture, ce qui est le moindre prix à payer pour accéder au changement considérable qu’est la mondialisation.
 D’autres critères de fonctionnement se mettent en place, de nouvelles références éthiques se cherchent et les constitutions doivent être remodelées pour une gestion plus adéquate de la vie publique. C’est une mue sérieuse, harassante, qui doit s’accomplir et nous n’en verrons pas les fruits sans traverser beaucoup d’épreuves, de doutes et de temps. Mais une telle mutation est aussi une chance extraordinaire : on peut espérer qu’au delà des heurts et des tournants obscurs, se dessinera une humanité plus juste et plus fraternelle. Laissons aux vautours les prédictions de malheur ! 
Paul ne nous dit-il rien d’autre en ce dimanche ? « Certes, je ne suis pas encore arrivé, je ne suis pas encore au bout, mais je poursuis ma course pour saisir tout cela comme moi-même j’ai été saisi. Une seule chose compte : oubliant ce qui est en arrière, et lancé vers l’avenir, je cours vers le but pour remporter le prix auquel Dieu nous appelle là-haut dans le Christ Jésus. » Cette course est aussi la nôtre, et celle de tous les hommes de bonne volonté, s’il est vrai que le Christ nous offre à tous « la puissance de sa résurrection ». Mais pour mener cette course à bien, il faut que l’Église, comme chacun de nous, ose se remettre en question. L’Évangile y appelle, qui n’a pas vieilli d’un brin.
Pour Jésus, tout peut être sujet à débat, même la Loi de Moïse, surtout cette Loi quand l’homme veut en faire un code d’expulsion. C’est pourquoi, dans le Royaume, il y a des prostituées et des publicains qui pourront se trouver au premier rang. Ce renversement de perspectives se veut stimulant. Aussi chacun doit se repenser, non pas tant du dehors, selon des codes, mais du dedans. Jésus propose ici un regard de pardon, non de jugement.  Ainsi l’Esprit souffle comme il veut, où il veut, à tout moment.

Est-ce le renouveau du christianisme parce que tous les médias de la planète se sont tournés vers Rome, le temps de quelques heures, guettant une cheminée, à l’affût d’une fumée, d’un nom et d’une bénédiction ? Certes non.
Jésus s’était baissé et, du doigt, il traçait des traits sur le sol…
On attendait de lui une affirmation. Quand il se redresse, il n’y a plus devant lui qu’une femme seule, qui n’ose pas lever la tête. Alors il lui dit doucement : – Personne ne t’a condamnée ? Moi non plus. Alors va, et ne pèche plus ! »
Pour redonner joie et confiance, il suffit parfois d’un simple regard et d’une parole de relèvement. Ce qui s’appelle une rencontre. 
Maintenant la femme n’a plus peur. Si elle tremble encore, c’est d’émotion et de surprise : elle ne va pas mourir ! Sa réputation et ses vêtements sont déchirés, mais qu’importe. Jésus lui a dit de se relever et de reprendre sa marche.
Comme à Lazare, à qui il a dit : «Viens dehors ! Sors du tombeau !», on l’entend dire à cette femme : « Déliez-la et laissez-la aller ! » (Jn 11,43-45).
Le temps est venu pour l’Église – que l’on dit souvent adultère et moribonde – de se défaire des bandelettes qui l’enveloppent et la paralysent, de reprendre sa marche et d’aller à la rencontre des hommes : de ceux qui la jugent et la condamnent comme de ceux qui l’accueillent et veillent sur elle. 
Le temps qui conduit à Pâques est celui de l’espérance : on peut y voir la vie se lever d’entre les morts.

THEOPHILE

5ème dimanche de Carême C : Is 43, 16-21 ; Ph 3, 8-11 ; Jn 8, 1-11.

 

 

 

Rubrique du site: 
Commentaires des lectures dominicales
Ajouter un commentaire