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Johnny le chanteur, Dieu et l’Église catholique

Isabelle de GAULMYN
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Paru sur la Toile
© Clément Bardot / Wikimedia Commons

Cet article paru le 9 décembre 2017 dans La Croix  est reproduit sur ce site avec l'aimable autorisation du journal.

La France reste un pays catholique. Ce que la célébration de ce matin, pour les funérailles du chanteur Johnny Hallyday, vient une nouvelle fois de montrer. Un pays catholique ne signifie pas, comme on le répète à l’infini à coup d’enquêtes sociologiques angoissantes, un pays où 90 % des habitants vont à la messe. C’est un pays imprégné de l’histoire, de la culture, des symboles – des sacrements –, catholiques. Un pays où l’Église reste présente au moment des grands passages de la vie des gens, et en particulier pour le plus grand de ces passages.

Foi et pratique

Le chanteur n’allait vraisemblablement pas tous les dimanches matin sur les bancs d’une paroisse. À vouloir emprisonner la foi dans une série d’interdits et de dogmes, on finit par oublier qu’elle n’est pas réservée à un petit nombre de parfaits, une sorte d’élite de croyants, mais doit toucher tout un chacun. Ce risque menace toujours la religion. On se souvient d’une époque où l’Église refusait de célébrer les funérailles des « saltimbanques ». Aujourd’hui, la sécularisation fait courir un autre risque : celui de confondre pratique et foi, de ne s’adresser plus qu’à une petite minorité, qui se retrouve dans des communautés fermées.

La cérémonie de l’église de la Madeleine, ce matin, et la ferveur qui l’a entourée, montre que le catholicisme a encore cette vertu de rejoindre dans notre pays, bien au-delà des pratiquants, les gens dans leur quotidien, dans ce qu’ils ont de plus profond de ce quotidien. Dans son dernier livre, L’Urgence pastorale, le théologien Christoph Théobald parle d’une « foi élémentaire », abondante dans notre pays, et qui s’exprime à travers tous ces gestes de fraternité, de solidarité, d’amitié, que Johnny savait si bien chanter. Une piété qu’on dit « populaire », mais qui réunit bien davantage d’hommes et de femmes que les chrétiens « confessants », et qui sait s’inscrire dans tout un ensemble de symboles et de rites.

L’essentiel du christianisme s’est dit à la Madeleine

Au fond, dans la célébration des funérailles du chanteur, il s’est dit l’essentiel de la foi chrétienne : l’espérance. Car l’émotion, le chagrin, l’amour qui transparaissaient dans cette foule immense, exprimaient mieux que tout discours que la mort n’aurait pas le dernier mot. C’est bien à ce moment où nos perspectives humaines sont atteintes par la mort que l’on a besoin d’éprouver, collectivement, cette radicalité lumineuse qui veut que l’on « espère contre toute espérance ». Le rapport à la mort représente aujourd’hui le problème majeur de nos sociétés. Il est heureux que l’Église sache encore être présente dans ces moments-là.
 

Isabelle de Gaulmyn – Publié le samedi 9 décembre 2017à 18h40

http://religion-gaulmyn.blogs.la-croix.com/

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