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Je suis

Hubert CORNUDET
Aube
© CC0 Creative Commons

Dimanche 19 août 2018 – 20e dimanche du temps – Jn 6, 51-58

Pensons aux nombreuses épithètes qui complètent ce Je suis : la lumière, la porte, la vie, le pain, le berger... Ce sont des termes inégaux. Certains ont l'air de désigner des choses, d'autres des personnes ; une porte c'est une chose, un berger c'est une personne. La lumière, c'est quoi ? Chacun de ces mots a besoin d'être repensé, et une façon de le repenser, c'est de s'aider de l'infinitif.

« Je suis la lumière » = « Je suis "donner à voir" » ; « Je suis Celui qui vous permet de VOIR » ; « Je suis Celui qui vous rend clairvoyants ».

« Je suis la vie » = « Je suis "vivre" » ; « Je suis "donner à vivre" » ; « Je suis donné pour vous FAIRE VIVRE et pour que vous soyez, vous mes disciples, des semeurs de Vie ».

Le discours sur le « pain de la vie » ou « pain vivant » crée donc un lien entre le pain et la vie. Il y a d'autres expressions désignant « quelque chose de la vie » : par exemple, nous trouvons en fin de chapitre : « Tu as les paroles de la vie. » Dans le début de la première lettre de Jean nous lisons : « au sujet du logos de la vie », c'est-à-dire de la parole de la vie. Il y a l'expression « la lumière de la vie » une fois dans l'évangile de Jean.

Bien entendu l'affaire de la résurrection est sous-jacente quand saint Jean rédige son évangile. Nous sommes dans le même chapitre que la multiplication des pains. À la lumière du dernier repas, Jean qui fut le premier à VOIR le tombeau vide et à CROIRE, condense, concentre, contracte, resserre, coagule, résume et solidifie dans ce discours sur le pain de vie ce qu’il comprend du « Faites ceci en mémoire de moi ». L’eucharistie est bien le don de la vie du Christ et la force qui peut se multiplier pour la vie du monde.

« Il dit : Le pain que je donnerai, c'est ma chair (ma vie) pour la vie du monde. » Reprise de la thématique du pain et du verbe donner : la liaison est pleinement établie : le pain ça se donne ; le pain, on le partage ; on fait des miracles en donnant du pain à ceux qui n’en n’ont pas. Nous avons quand même une autre révélation ; c’est le fait que le pain en question c'est l'homme, c'est Jésus : « C'est ma chair  (c'est moi-même» dit-il ; « Donne-nous aujourd’hui notre pain de ce jour », disons-nous régulièrement.

Le dernier terme indique « pour la vie du monde ». Voilà bien un sujet qui devrait préoccuper les hommes.

Que veut dire « la vie du monde » ? Il s’agit bien de transformer ce monde aujourd’hui. C'est cela qui s'appelle la vie ici : la vie, « aïônios » chez saint Jean, est mal traduit par "vie éternelle". C'est la nouveauté de vie. Cette vie, c’est celle des matins nouveaux, une terre nouvelle, où les règles et les lois ne sont là que pour assurer la justice, c’est-à-dire la répartition harmonieuse de l'extravagante générosité, du royaume, de ses fils et de leur souverains. Jésus nous demande de communier à son corps pour que nous soyons renouvelés dans l’accomplissement du désir de Dieu qui depuis toute éternité est un Dieu de vie.

Quand on a reçu, par tradition familiale, ou par une rencontre, la chance de camper aux bords des sources du sens, on a peut-être une responsabilité particulière dans ce monde. « L'heure est venue de sortir de votre sommeil », disait saint Paul.

« Ce lien entre la vie quotidienne et le repas du Seigneur trouve sa signification ultime grâce à l’annonce de l’évangile, pain de vie pris sur la table de la parole, car toutes les fois que vous mangez ce pain et buvez à cette coupe, vous annoncez la mort du Seigneur, jusqu’à ce qu’il vienne (1 Cor 11,26) » (Christoph Theobald, Urgences pastorales, Bayard, 2017, p. 356)
 

Hubert Cornudet, op.

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