Vous êtes ici

Pour intégrer les personnes divorcées ...

Nathalie MIGNONAT
quelle conversion


Pour intégrer les personnes divorcées et divorcées engagées dans une nouvelle union : quelles conversions ?

Tel était le titre du weekend organisé les 24 et 25 novembre dernier par le réseau mission de France pour tous ceux qui accompagnent les personnes divorcées et les couples engagés dans une nouvelle union. Car le sous-titre du chapitre VIII d'Amoris Laetitia, « accompagner, discerner, intégrer », s'adresse en premier lieux aux communautés et à leur pasteurs ! En effet en réponse au désir d'intégration d'une personne doit être clairement exprimée la volonté de la communauté de lui redonner toute sa place, ce qui nécessite « parfois » quelques conversions.

Depuis le concile Vatican II qui a rappelé fortement le primat de la conscience, un certain nombre de chrétiens divorcés-remariés ont repris le chemin de l’Eucharistie. Si d’aucuns n’avaient jamais cessé de communier, ils avaient surtout été nombreux à quitter l’Église plus ou moins discrètement.
Jusqu’à l’exhortation apostolique Amoris Laetitia, cette situation a perduré, mettant tout de même ces chrétiens en tension par rapport à la norme régulièrement rappelée, en particulier par Jean-Paul II dans Familiaris Consortio.
À l’issue des deux synodes sur la famille et de la sortie de Amoris Laetitia, il est clair qu’une petite porte s’est ouverte dans les murailles bien défendues de la doctrine (laquelle d’ailleurs ?). Le pape François encourage des chemins de discernement qui peuvent conduire à la réception des sacrements. Rappelez-vous : déjà dans Evangelii Gaudium il disait : « Même la porte des sacrements ne devrait pas se fermer pour n’importe quelle raison. »

Au cours de ce weekend, c’est bien la question du « comment » qui a mobilisé les participants. Plusieurs témoignages ont été présentés pour amorcer la discussion.
Après un apport au plan pastoral, nous avions besoin d’un éclairage théologique. C’est Hélène Bricout, une théologienne qui a participé au guide de lecture d’Amoris Laetitia édité par la CEF, qui est venue nous présenter les différents points de blocages théologiques qui verrouillent encore la pastorale d’ouverture du pape François, en avançant des pistes pour élargir les vues théologiques sur les sacrements, en particulier sur l’eucharistie et le sacrement du mariage. Elle a également pointé nos limites, nos préjugés, nos conditionnements dans notre manière d’appréhender des situations pastorales nouvelles, afin d’être en capacité de nous convertir sans cesse, de nous « déplacer » ou de nous laisser « déplacer ».
Le père Guy de Lachaux a présenté son dernier livre Nouvelle union après un divorce à la lumière du pape François, une réédition de deux petits ouvrages pastoraux sur les temps de prières. Mais avec tous les développements sur les fondements de la pastorale des personnes séparées, divorcées, et remariées renouvelée par la lecture minutieuse du chapitre VIII d’Amoris Laetitia, peut-on parler encore de réédition ? Il a relu son travail avec les apports du réseau SeDiRe de la mission de France dont il fait partie.


 


Il a, en particulier, bien montré en quoi la relégation des personnes divorcées hors de la vie ecclésiale prive toute la communauté de dons et de charismes (cf A.L. 299) et qu’il est donc fructueux pour tous de leur redonner leur place. L’épreuve du divorce qu’ils ont traversée comme une Pâque personnelle actualise pour la communauté la résurrection toujours possible et la manifestation du travail de l’Esprit Saint à l’œuvre. Ne pas les intégrer revient à priver la communauté de cette manifestation de l’espérance chrétienne.
Dans les questions pastorales pratiques, la recherche des modalités de « retour éventuel aux sacrements » a tenu une place importante, ainsi que la question d’une plus grande offre de propositions pour mettre en place des accompagnements vers des temps de prières. Un couple d’une paroisse de Lyon a témoigné du chemin que toute la paroisse a entrepris depuis deux ans pour accompagner une équipe de discernement en utilisant les « cheminements Bartimée » mis au point par les équipes Reliance et le groupe SeDiRe-Lyon depuis la sortie d’Amoris Laetitia. Ils ont accompagné plusieurs personnes à retrouver le chemin de l’eucharistie au cours d’une assemble dominicale. D’autres témoignages ont montré que ces chemins sont bien personnels et qu’un processus unique doit guider les accompagnateurs en posant la question de Jésus à Bartimée : « Que veux-tu que je fasse pour toi ? », en la déclinant à l’occasion en : « Que veux-tu que l’Église fasse pour toi ? » Le pape François ne cesse de nous monter la voie, celle de l’Évangile et de l’audace pour aller jeter nos filets dans les eaux profondes. Soyons inventifs, ne tombons surtout pas dans le piège de construire de nouvelles normes et ne laissons pas non plus d’autres le faire, même avec les chemins que nous aurons nous-mêmes tracés, car ils ne seront pas nécessairement adaptés aux personnes qu’ils accompagneront alors !
Au cours du Forum du samedi soir, quelle joie de voir les différentes propositions pastorales novatrices qui commencent à voir le jour dans les diocèses ! Ce qui rend d’autant plus douloureuse l’impossibilité de les mettre en place dans d’autres diocèses. C’est impressionnant de voir comment un même texte peut être compris différemment !
Après ces temps de témoignages, d’ateliers, de carrefours, d’enseignements et de prières, nous avons rassemblé le travail de ces deux journées en réfléchissant à ce qui nous avait « déplacés ».
Au cours d’une eucharistie finale, nous avons confié au Seigneur toutes ces réflexions ainsi que toutes les personnes qu’il mettra sur notre route. La célébration était présidée par Arnaud Favard, le vicaire général de la Mission de France qui nous avait rejoints dans la journée et qui s’est glissé avec bonheur dans notre dynamique de weekend.
À l’offertoire, nous avons été invités à vivre un geste pour manifester notre conversion : dans un mouvement de retournement physique, tournant les yeux vers le fond de la nef, puis accompagnant du regard la procession des offrandes vers l’autel, nous sommes montés dans le chœur à la suite des porteurs d’offrandes. Nous avons entouré l’autel pour la prière liturgique et sommes resté ainsi jusqu’à la fin de la messe !
Au cours de ces deux jours, il nous a semblé qu’une étape avait été franchie dans la réception de l’exhortation. Ici et là des initiatives commencent à voir le jour. Il est maintenant temps « d’aller dire » les bons fruits de ces propositions car « on n’allume pas une lampe pour la mettre sous le boisseau ».
Le blog « au fil des jours, dans la suite du synode de la famille » s’efforce de mettre en lumière ces bons fruits, mais aussi les freins puissants que toute avancée suscite.


Nathalie Mignonat

Rubrique du site: 
Les actualitésL’accueil des divorcés-remariés
Commentaires
Olivier MARTIN

Cet article nous propose un voyage sur la lune.

Ajouter un commentaire