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La folie des grandeurs

Patrick ROYANNAIS
Enfants
© CC0 Creative Commons


Dimanche 23 septembre 2018 – 25e dimanche du temps – Mc 9, 30-37

Dimanche dernier, avec la confession de foi de Pierre à Césarée, une première annonce de la passion (Mc 8, 27-38) nous avait permis d’entendre un peu ce que signifie « Christ » : victime parmi les victimes, et parmi les victimes, victime des puissants. Avec ceux des Douze, nos rêves de réussite et de gloire en avaient pris un coup. La suite de Jésus passe par la croix, non par la réussite. Cela vaut aussi pour l’Église. On peut se demander qui d’entre nous ici est disciple… Une porte étroite.

Le lectionnaire une nouvelle fois nous joue un tour. La lecture continue de Marc n’est pas… continue. On a sauté, « six jours plus tard », la transfiguration et la guérison d’un enfant. Il y a une semaine, nous lisions ce qui s’était passé une semaine avant ce que nous lisons aujourd’hui, une deuxième annonce de la passion (Mc 9, 30-37).

Cette fois, pas de réaction de Pierre ou de l’un des Douze. « Ils ne comprenaient pas cette parole et ils craignaient de l'interroger. » Chat échaudé craint l’eau froide ! Puis l’on semble passer à autre chose : « Ils vinrent à Capharnaüm ; et une fois à la maison, il leur demandait… » Changement de lieu, changement de sujet.

Mais non, on est toujours à la même affaire : qui est Jésus ou que signifie Christ ou être de ses disciples. Et Jésus, une nouvelle fois, entraine les siens vers la fin du rêve, infantile ou archaïque, de toute puissance, qui nous hante toute la vie. Comment notre Église peut-elle se rêver puissante sinon à être infantile, pervers polymorphe ?

Comme dans tous les contes, il y aura une troisième fois (Mc 10, 35-45). C’est ainsi que monte la tension dramatique, que l’auditeur est pris dans la tension. Nous entendrons dans un mois la troisième annonce de la passion. Plus Jésus répètera, moins les disciples comprendront. Avons-nous compris ? L’Église au terme de deux mille ans a-t-elle compris ? « Vous le savez : ceux que l’on regarde comme chefs des nations les commandent en maîtres ; les grands leur font sentir leur pouvoir. Parmi vous, il ne doit pas en être ainsi. »

Alors que l’on cherche à déterminer qui est le plus grand entre nous, c’est un enfant que Jésus met au centre. Accueillir les petits, c’est ainsi qu’on accueille Jésus et celui qui l’a envoyé. Se vouloir le plus grand, c’est donc rater le coche, littéralement pécher. La grandeur doit être abandonnée et le petit accueilli. Une conversion pour le monde et pour chacun.

À l’époque de Jésus, contrairement à aujourd’hui, l’enfant n’est pas roi, l’enfant n’est pas adulé. Il n’a pas de droits. Le même mot, paîs, peut servir à le désigner lui et le serviteur, c’est-à-dire l’esclave ; on vend le second sans vergogne. De surcroît, le mot utilisé ici est un diminutif, il faudrait peut-être traduire non pas même « prenant un petit enfant », mais « prenant un petit ». On entendrait plus encore l’opposition entre la préoccupation des Douze de savoir qui est le plus grand, et le petit que Jésus place au milieu. Le choix de l’enfance, la petite voie thérésienne, n’est ni régressive ni mièvre, c’est l’évangile ; point de gâtisme béat, mais la transmutation des valeurs, adulte, exigeante et radicale.

Jésus ne se sert pas de l’enfant, fût-ce pédagogiquement. Il l’embrasse. Il fait ce qu’il dit, il l’accueille. C’est à l’accueil des petits que l’on reconnaît les grands. Je vous laisse deviner ce que Jésus pense de nos gouvernants, ce que Jésus pense de nos évêques qui, pendant des années et encore aujourd’hui parfois, font taire les victimes de prêtres criminels.

Ce n’est pas qu’il faille tout ramener aux scandales de pédocriminalité dans l’Église. C’est l’évangile qui est d’une actualité toujours saisissante, ou intempestif, si on ne le supporte pas. Notre Église a une chance d’avancer. Elle est confrontée à la mort. On va voir si elle croit à la résurrection. Elle a l’opportunité de la vivre et d’en témoigner.

Jésus s’assoit. Est-ce pour enseigner, comme dans une chaire ? Est-ce pour se mettre à hauteur d’enfant ? Est-ce pour que, alors que les Douze sont debout, il leur apparaisse petit, les oblige à regarder en bas, leur apprenne à regarder en bas. C’est assis à vos pieds que j’aurais dû prêcher, non pour singer l’humilité, mais comme un exercice, nous apprendre à regarder en bas, vers les petits. L’enjeu est de taille, si l’on peut dire : « « Quiconque accueille [au nom de Jésus] un petit comme celui-ci, c’est [Jésus] qu’il accueille. Et celui qui l’accueille, ce n’est pas [lui] qu’il accueille, mais Celui qui [l]’a envoyé. »
 

Patrick Royannais – royannais.blogspot.fr

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