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La foi qui reste, Jean-Claude Guillebaud

Geneviève BUSSAC
La foi qui reste, Jean-Claude Guillebaud

La foi qui reste, Jean-Claude Guillebaud
Éditions de l’Iconoclaste, septembre 2017, 254 pages, 15€

Ce livre est une sorte d'essai en 10 chapitres, composé selon un mouvement ascensionnel qui va du constat de la déchristianisation (en France surtout) à une réflexion sur ce qui « reste » d'espérance chrétienne compatible avec notre monde, dont les bouleversements sont évidents, et l'avenir peu prévisible.
Ni apologie du christianisme, ni confession, ni expression de regrets, l'ouvrage se présente davantage comme une analyse sociétale et une tentative de réponse au « nihilisme content de lui-même », qui inspire une bonne part de nos contemporains, les poussant à faire fi (souvent très volontairement) d'une culture occidentale que l'auteur considère comme un mélange de la pensée grecque et des influences judéo-chrétiennes.
Ce nihilisme ambiant prendrait prétexte des déviances islamistes pour renvoyer dos à dos les religions et nier même le fait religieux, pourtant respecté par la loi de 1905 dans sa forme atténuée.

Mais comment tenir compte de nos « origines » et en faire profit, sans céder au repli identitaire ? C'est une question centrale pour Guillebaud, un chrétien recommençant, comme on dit, qui voit dans l'Évangile une dynamique et non une « citadelle » où se réfugierait la foi.
Cela suppose quelques réflexions, développées sous plusieurs formes : négative/positive

  • Le constat des faiblesses qui entachent l'histoire de l'Église-Institution et actuellement contrastent avec l'esprit du pape François ;
  • La médiocrité-confort des chrétiens. À nous, Bernanos !
  • La violence, ou au contraire le caractère insidieux du discours dominant contre la foi, assimilée au mieux à une « croyance ».

Mais aussi,

  • Le souci de définition, devenu nécessaire, de mots dont l'usage appartient désormais à la langue de bois ; ainsi « valeurs » et « sécularisation », selon que cette dernière est comprise ou non dans la continuité d'un héritage – l'auteur pense que le contenu du mot « République » est en jeu, corrélativement ;
  • La claire prise de conscience de ce qui est en cause chez nous et dans le monde : règne de la marchandise ; partialité du discours médiatique, voué à désigner régulièrement des coupables (dont les religions) pour sauver ce système ; accélération du temps devenu « invivable », inhabitable en chacun de ses moments ;
  • La redécouverte possible de la force du message évangélique, susceptible d'inspirer ou au moins de recouper les pensées les plus novatrices, comme l'écologie. Ce message, « parole » (par opposition à « communication » ou « éléments de langage »), est à la fois esprit d'enfance et réflexion, ouverture à la métamorphose en cours, effectivement im-pensable (« métanoïa », disent les orthodoxes) sans le secours d'une confiance : « ce qui reste, c'est ce qui vient. »

Propos ferme et clair, quoique parfois en sauts et gambades (écarts intéressants d'ailleurs). Multiples références, et bien développées, n'entachant pas la liberté d'une pensée personnelle.
 

Geneviève Bussac

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